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Chronique judiciaire : Isidore Goussiga condamné à 14 ans de travaux forcés pour meurtre

Conducteur de taxi-moto et âgé de 47 ans, Isidore Goussiga a été condamné par la Cour d’Assises le vendredi dernier à 14 ans de travaux forcés pour avoir tué en 2004 Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpo à Attotinga, commune d’Allada. Pour ce 19e dossier inscrit au rôle, le Président de Céans est Malik Cossou, avec comme assesseurs Maximilien Kpèhounou et Freddy Yèhouénou. Le ministère public a été représenté par Kpègounou Seïdou et Me Désiré Sèmèvo a occupé le fauteuil du greffier.
Les faits remontent au 26 février 2004. Aux environs de 17h 30mn dans le village d’Attotinga, commune d’Allada, Roger Sognonnahoundé partageait un plat de poulet avec sa femme, lorsque Isidore Goussiga a surgi dans sa cour. Ce dernier, en les voyant manger, a conclu que c’est Roger Sognonnahoundé qui est l’auteur du vol de ses quatre poules disparues quelques jours plus tôt et l’en a accusé. Sur ces entrefaites, une bagarre est survenue entre eux, bagarre au cours de laquelle Isidore Goussiga, armé d’un coupe-coupe, s’est mis à pourchasser Roger Sognonnahoundé. Celui-ci parvient à s’échapper à la hauteur de la concession de François Aïtchéou Sognonnahoundé, grâce à l’intervention de ce dernier et de son fils Samuel Aïtchéou qui s’est interposé entre eux. Le chef de la collectivité Sognonnahoundé, Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpon, venu de Sékou, pour présider dans la matinée la séance de prières traditionnelles à l’intention des défunts de la collectivité était en ce moment dans la concession de François Aïtchéou Sognonnahoundé.
Pour empêcher Isidore Goussiga d’agresser dans sa furie, le chef de leur collectivité, Samuel Aïtchéou, aidé par certains voisins, dont Etienne Sètondji, alertés par le vacarme, ont réussi à le maîtriser et à lui arracher son coupe-coupe qui aurait été remis à Valentin Doko Houessou. Contre toute attente, Isidore Goussiga qui avait été reconduit à deux reprises chez lui par Etienne Sètondji, est revenu sur les lieux, armé du même coupe-coupe, et a asséné un coup à la tête de Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpo, qui s’est écroulé aussitôt dans une mare de sang. Transporté d’urgence au Centre national hospitalier universitaire (Cnhu) de Cotonou, Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpo est décédé le lendemain.

A la barre
Poursuivi pour meurtre et complicité de meurtre, Isidore Goussiga s’est présenté à la barre. La Cour n’a fait que constater l’absence de Valentin Doko Houessou qui, selon le Ministère public représenté par Kpègounou Seïdou, est décédé. Le cas a été disjoint et l’audience a été poursuivie avec la déposition de Isidore Goussiga. A la barre, l’accusé a reconnu les faits. « Je lançais le coupe-coupe à Roger mais c’est Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpo qui a été atteint à la tête. Je ne sais comment il s’est retrouvé dans le champ », a-t-il souligné. Témoin des faits, Samuel Aïtchéou invité à la barre contredit l’accusé. Pour lui, Isidore Goussiga a asséné le coupe-coupe à la nuque de Cossi Sognonnahoundé Kpèyékpo en toute conscience avant de prendre la fuite. La confrontation avec d’autres témoins invités à la barre fera ressortir de nombreuses autres contradictions prouvant la mauvaise foi de l’accusé.

Débats
Dans son réquisitoire, le Ministère public fera remarquer que les trois éléments constitutifs du meurtre, c’est-à-dire les éléments légal, matériel et intentionnel, sont réunis. Pour lui, l’infraction est prévue et punie par les articles 295 et 304 du code pénal. En se focalisant sur les documents médicaux, Kpègounou Seïdou fait remarquer que le certificat souligne un état de choc, des traumatismes crâniens, des plaies laissant apparaitre le crâne et une hémorragie. « L’accusé a causé des actes de nature à donner la mort », martèle-t-il. Sur l’élément intentionnel, le Ministère public note l’insistance avec laquelle l’accusé voulait en découdre avec Roger Sognonnahoundé. « Il a été ramené par deux fois dans sa case, pourtant… ». Le Ministère public a alors requis 20 ans de travaux forcés, avec bien sûr la prise en compte des circonstances atténuantes.
En réponse, la défense a essayé de jouer sur la sensibilité des jurés. Pour Me Fagbémi, Rousseau a parfaitement raison quand il déclare que l’Homme naît naturellement bon, c’est la société qui le corrompt. Selon la défense, né dans famille de 47 enfants dont il est le 7e, l’accusé aurait pu ne pas en arriver là s’il avait grandi dans un environnement favorable. Me Fagbémi demande à la cour d’être un peu social pour ne pas le condamner au-delà du temps qu’il a déjà passé en prison. Dans son délibéré, la Cour en finalement condamné Isidore Goussiga à 14 ans de travaux forcés, lui faisant ainsi recouvrer sa liberté.
Cependant, Cocou Sognonnahoundé Kpèyékpo constitué en partie civile a demandé qu’il soit condamné à payer 10 millions de Fcfa pour les dommages et préjudices causés. La Cour a trouvé ce montant exagéré et condamné Isidore Goussiga à payer deux millions de Fcfa.

30-04-2018, Fulbert ADJIMEHOSSOU


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