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Editorial : Dans la perspective du vote du code pénal

Le vrai visage des prisons, commissariats et brigades de gendarmerie est désormais connu des députés. En prélude à l’étude et au vote de la loi portant code pénal en République du Bénin, certains élus du peuple ont effectué la semaine écoulée un périple dans certains centres pénitentiaires et quelques unités de police et de gendarmerie. La découverte est effarante. Les services de police judiciaire manquent de tout et les cellules des gardés à vue sont dans un état lamentable. Poussant leur curiosité un peu plus loin malgré l’affreuse découverte, ils sont tombés sur l’horreur dans les maisons d’arrêt. A chaque étape de ce périple psychologiquement éprouvant, que ce soit à Cotonou, Lokossa, Porto-Novo, Aplahoué, Abomey, les députés ont touché du doigt les réalités des détenus.
Mais avant d’en arriver là, ils ont pris le soin de parcourir les brigades et commissariats. Ces unités de police judiciaire spécialisées dans la traque des personnes en conflit avec la loi végètent dans un dénuement total. Véhicules d’intervention branlants, manque de carburant et d’eau potable selon le cas, matériels informatiques inexistants ou défectueux, insuffisance de personnel, locaux exigus, vieillissants et inappropriés… tels sont quelques-uns des problèmes récurrents auxquels les forces de sécurité publique font face au quotidien. D’une localité à une autre, ces difficultés sont allégées ou amplifiées selon le cas. Mais dans les maisons d’arrêt, la situation des détenus est critique. Livrés à eux-mêmes, ils tirent le diable par la queue au cours de leur séjour carcéral, et au lieu que cette expérience leur fasse changer de comportement vis-à-vis de la société à laquelle ils ont fait du tort, ils en ressortent endurcis, prêts à commettre de nouvelles infractions.
C’est un secret de polichinelle. Les prisons béninoises sont des mouroirs. Les députés l’ont constaté par eux-mêmes. La surpopulation carcérale, dénoncée à plusieurs reprises, n’est pas le seul problème des maisons d’arrêt. Ces dernières, en fonction de leur situation géographique, présentent différentes facettes avec en toile de fond le récurrent problème de dénuement très avancé et de la dégradation des conditions de détention. Déjà que la prison civile de Cotonou qui retient les attentions ne répond à aucune norme, on peut déjà deviner l’état dans lequel végètent les autres maisons d’arrêt. A Lokossa par exemple, en plus de la vétusté des bâtiments, la prison n’est pas clôturée et les gardiens qui ne bénéficient d’aucun logement abattent un travail titanesque pour empêcher toute velléité de fuite. Comment peut-on exiger des résultats à ces agents dont les conditions de travail ne sont pas inconnues des autorités compétentes ?
La vive émotion voire l’indignation qu’a suscitée cette visite dans les rangs des députés devra maintenant se traduire en actions concrètes. Que feront-ils au parlement lorsque, dans un proche avenir, ils seront appelés à voter la loi portant code pénal ? Qu’exigeront-ils du gouvernement quant à l’amélioration sensible des conditions de travail des services de police judiciaire ? Que proposeront-ils pour que les prisonniers, où qu’ils soient détenus sur le territoire national, bénéficient d’un meilleur traitement voire d’un brin d’humanité ? Le fait qu’ils soient au ban de la société ne les prive pas de certains droits intimement liés à la personne humaine. Déjà, quand il s’agira d’amender ce code, il leur faudra réserver la prison qu’aux individus coupables de vol avec violence et d’assassinat et privilégier le remboursement des fonds détournés pour ce qui est des crimes économiques. Le service d’intérêt général humiliant et dégradant pourra aussi être préféré par les juges lors du prononcé des sentences pour des fautes qui demandent réparation expresse.

14-09-2016, Moïse DOSSOUMOU


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