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Editorial : L’excellence au nom de la patrie

La célébration de la fête nationale rimera désormais avec l’excellence. Ainsi en a décidé le chef de l’Etat qui a annoncé les couleurs le 31 juillet dernier. Dans le but de promouvoir une saine émulation et dans le souci d’aiguiser les compétences dans tous les secteurs d’activités, Patrice Talon a choisi de prendre fait et cause pour le mérite. « … J’ai décidé d’instaurer, pour compter de l’année 2018, l’Initiative présidentielle de promotion de l’excellence. Il s’agit ainsi, pour stimuler les talents, de décerner chaque année, à la veille de la célébration de la fête nationale, des prix d’excellence aux plus méritants. Nos meilleurs élèves et étudiants, agriculteurs, artisans, artistes, journalistes, hommes et femmes de lettres, et d’autres encore, se verront décerner ce prix, sur la base des critères de qualité et de compétence qui auraient permis de les identifier ».
Belle initiative en somme qui permettra aux corps constitués de la nation de se surpasser afin de donner le meilleur d’eux-mêmes. Le chef de l’Etat a vu juste en prenant fait et cause pour le mérite par ces temps où la facilité et les fourberies ont pignon sur rue. L’assertion selon laquelle seul le travail libère l’homme est bafouée au profit des voies peu honorables. Les raccourcis, la ruse, les jeux de couloir sont préférés au travail bien fait. Cet état de choses en vogue attise les frustrations dans le rang de ceux qui ne jurent obstinément que par leur gagne-pain. Les paresseux sont promus alors que les plus compétents sont dans l’ombre parce que victimes de leur volonté de ne pas prêter flanc à la médiocrité. Dans ce contexte où la vertu n’est plus vraiment recherchée par tous, il fallait la restaurer coûte que coûte pour limiter la saignée.
L’initiative présidentielle de promotion de l’excellence tombe à pic. Mais elle permet de faire le lien avec les bourses d’excellence attribuées chaque année aux bacheliers ayant réussi l’exploit d’obtenir une moyenne donnée à cet examen. En effet, ces boursiers qui s’inscrivent dans les universités nationales sont entièrement pris en charge par l’Etat qui s’occupe de leur scolarité et leur verse en sus une allocation mensuelle durant toute leur formation. Ainsi, pendant trois ans, cinq ans ou sept ans selon le cas, leurs études supérieures sont supportées par le budget national. Quant aux plus méritants, ils obtiennent des bourses d’études à l’extérieur notamment en Afrique, en Europe ou en Amérique. Le but recherché est de leur offrir les meilleures conditions d’études afin qu’ils reviennent mettre les connaissances acquises au service de leur pays. Mais cet objectif n’est pas souvent atteint.
Déjà, au plan national, les boursiers qui ne voyagent pas, sont livrés à eux-mêmes à la fin de leur formation. L’Etat qui a financé leurs études de bout en bout ne se préoccupe plus de leur insertion professionnelle. Le mal est plus profond dans le rang de ceux qui étudient hors du pays. Très vite, ils sont sollicités par leurs pays d’accueil qui leur offrent des conditions de travail nettement meilleures à celles qu’ils pourraient avoir chez eux. Les hommes et les femmes étant toujours à la recherche du mieux, ils cèdent facilement à ces propositions mielleuses. Pendant tout ce temps, le Bénin qui a investi des dizaines de millions dans leur formation n’obtient rien en retour. Ce sont au contraire les pays riches qui s’accaparent de ces cerveaux dont le pays a grand besoin. Le chef de l’Etat en misant sur l’excellence devrait songer à repenser ce système pour que désormais les boursiers béninois soient astreints pendant une période donnée à prêter leurs compétences à leur pays ou a contrario à verser une indemnité compensatoire au Trésor public. Ce ne serait que justice.

3-08-2017, Moïse DOSSOUMOU


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