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Editorial : L’hôpital aux mains des fermiers

La nouvelle est tombée le mercredi 19 octobre dernier. Comme à l’accoutumée, le Conseil hebdomadaire des ministres a accouché de plusieurs décisions. L’une des résolutions phares qui fait jaser, c’est le changement du mode de gestion de certains établissements hospitaliers publics. Désormais, et ce jusqu’à nouvel ordre, les hôpitaux de zone de Covè, de Djidja et de Djougou seront gérés sur la base d’un contrat d’affermage consacré par le droit administratif. Ce mode de délégation des services publics sur lequel le gouvernement a jeté son dévolu suscite moult interrogations. En sollicitant les opérateurs privés pour s’occuper de la gestion du service public dans les hôpitaux précités, le gouvernement est habité par le souci d’une meilleure qualité des soins administrés aux malades. Et pour cause !
En droit administratif, l’affermage est un contrat par lequel la collectivité publique confie à une personne morale tierce (de droit privé ou de droit public) la gestion d’un service public. Le cocontractant de l’administration exploite et entretient l’ouvrage à ses risques et périls. Selon la loi n° 2009-02 du 07 août 2009 portant code des marchés publics et des délégations de service public en République du Bénin, l’affermage est un « contrat par lequel une personne morale publique (autorité affermante) charge une autre personne morale (fermier) de l’exploitation sous sa responsabilité d’un service public ou d’ouvrages qui lui sont remis et verse en contrepartie des redevances à la personne morale publique cocontractante ». Le rôle des fermiers pour le cas des hôpitaux concernés sera donc de les gérer avec efficacité afin de générer des ressources pour le gouvernement.
Ce choix qui est celui du Conseil des ministres obligera les agents de santé en service dans ces hôpitaux à revoir leur comportement vis-à-vis du bien public. Dans bien de cas, les Béninois se soucient peu du bien commun à tous. La négligence, le mauvais entretien voire le vandalisme des infrastructures ou équipements publics sont monnaie courante. Il fallait trouver le moyen d’arrêter la saignée d’autant plus que les équipements et appareils médicaux coûtent excessivement cher et nécessitent une maintenance pointue et régulière. La moindre défaillance entraîne des pannes répétées. Le management des pouvoirs publics dans les centres de santé en général ne favorise pas une utilisation efficiente des appareils acquis à coût de milliards. Quid de l’entretien des infrastructures physiques qui présentent quelques mois après leur érection ou réhabilitation des signes de délabrement ?
La présence des opérateurs privés aux commandes de ces hôpitaux de zone contribuera à la préservation du plateau technique. Sans complaisance, le privé qui a une obligation de résultats fera feu de tout bois pour que les équipements et appareils médicaux soient utilisés à bon escient et bien entretenus. Ce nouveau mode de gestion de ces hôpitaux fera conjuguer au passé le mauvais accueil des patients, le racket des malades, le détournement et la vente illicite des médicaments et consommables médicaux… Autant de pratiques qui ont détourné les Béninois des hôpitaux publics. Maintenant que le privé est appelé à la rescousse, nul doute qu’il cherchera à rétablir la confiance des populations vis-à-vis des centres de santé publics. Une fois encore, le gouvernement de la rupture a surpris l’opinion publique en misant sur l’affermage. Reste à savoir si cette option portera ses fruits.

24-10-2016, Moïse DOSSOUMOU


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