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Editorial : La dynamique locale en question

Fin 2002, début 2003, c’était la ferveur générale, la grande mobilisation. 15 ans plus tard, la désillusion est au rendez-vous. La troisième génération des maires est aux commandes de nos collectivités territoriales décentralisées. Et la pauvreté n’a jamais été aussi pesante. Elle demeure, en dépit de tous les efforts, une préoccupation lancinante. C’est peu dire que les populations, installées un peu partout sur l’ensemble du territoire national, manquent de tout. Pas d’infrastructures socio-économiques, pas d’assistance sociale, et plus grave, l’espoir en des lendemains meilleurs a foutu le camp. Fatiguées d’attendre et d’espérer des gouvernements locaux, les réponses à leurs problèmes existentiels, les populations s’en remettent de plus en plus au sort, convaincues qu’aucune autorité publique n’a à cœur l’amélioration de leurs conditions de vie.
La décentralisation était censée être une réponse à la lourdeur de la centralisation. Ce procédé d’administration de la cité vise essentiellement la promotion de la démocratie à la base et l’impulsion du développement local. L’Etat central qui régente toute la nation et qui décide de tout, même des solutions à apporter aux difficultés qui affectent les habitants du plus petit hameau ou de la plus petite portion du territoire a montré ses limites. Il fallait alors le déposséder d’une partie de ses attributions pour la confier à des organes élus au niveau communal. Ce procédé a l’avantage d’impliquer les populations dans la gestion de leurs localités, car elles ont le pouvoir de désigner des personnes qu’elles connaissent, avec qui elles vivent et à qui elles peuvent demander des comptes. L’idée qui sous-tend la décentralisation, c’était d’amener les forces vives de nos localités à s’impliquer activement dans la résolution de leurs problèmes.
A peine désignés, les élus communaux et locaux se sont contentés de transposer au niveau local les réalités du gouvernement central. Chacun d’eux, dans sa commune, a pris le soin de s’offrir une garde rapprochée et un véhicule de luxe avant de s’enfermer dans une tour d’ivoire. Le paradoxe est si saisissant que dans certaines communes, les populations ne voient leurs élus, notamment leurs maires, qu’à l’occasion des grandes manifestations ou des rencontres officielles. Et là encore, les échanges se limitent aux salutations d’usage et aux bains de foule. Les groupes organisés habités par le souci du développement de leurs localités accomplissent généralement un véritable parcours du combattant avant d’avoir l’opportunité de discuter à bâtons rompus avec leur maire. Pis, les séances dites de reddition de comptes, qui sont de puissants outils de participation citoyenne, se limitent à des exposés plats et soporifiques de la part de l’autorité locale ponctués d’acclamations vides et stériles des participants.
De manière éparse, la dynamique locale se résume encore pour beaucoup d’élus à la construction de salles de classe çà et là, de maternités, de dispensaires, l’ouverture ou la réfection des pistes de desserte rurale ou encore de voies pavées dans les communes qui peuvent se vanter d’avoir un budget a priori conséquent. Même les plans de développement communaux (Pdc) censés être de vraies politiques publiques locales ne sont qu’un ramassis d’actions disparates sans véritable impact sur les populations. Le plus gros défi après ces 15 années de tâtonnement et de remise en cause du développement local, c’est la participation citoyenne. En amont comme en aval, elle doit intervenir dans toute action locale. C’est à l’aune de cette exigence fondamentale que sera apprécié l’intérêt de chacun et de tous pour l’essor de nos collectivités locales. On a suffisamment tourné en rond. Maintenant, il faut se concentrer davantage sur l’essentiel. Pendant que les populations et leurs élus sont parties prenantes à des marchés de dupe, la pauvreté qui demeure teigneuse gagne inexorablement du terrain, alors qu’il faut la combattre, à tout prix.

22-02-2018, Moïse DOSSOUMOU


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