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Editorial : La manne culturelle en suspens

Le gouvernement a tranché. Les événements culturels ne seront plus spontanément financés par les ressources publiques comme ce fut le cas il y a peu. Présent au démarrage de l’édition 2016 de la fête de la Gaani à Nikki, Sacca Lafia, ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, a refroidi les ardeurs des promoteurs de manifestations culturelles. La générosité débordante dont a inlassablement fait montre le précédent régime pour assurer une bonne organisation des grandes rencontres culturelles ne sera pas d’actualité sous la rupture. Sacca Lafia a été on ne peut plus clair. Sans le vouloir, le gouvernement vient d’asséner un coup de massue à certains réseaux dont la spécialité des animateurs est de s’en mettre plein les poches au nom des communautés qui s’évertuent depuis des lustres à perpétuer des traditions ancestrales.
« Si le gouvernement s’y mêle, il va changer la philosophie. Qui donne l’argent va dicter sa volonté et… pour garder la pureté de nos cultures, la sincérité, l’authenticité de nos valeurs, il faut faire en sorte que le politique ne s’y mêle pas ». La motivation du refus du gouvernement de prêter officiellement main forte à l’organisation de la fête de la Gaani et à d’autres rassemblements culturels identiques est tout trouvée. Par le passé, les ressources publiques injectées dans ces types de manifestations ont toujours servi pour une cause politique. Fondamentalement, l’essence même de ces événements ne préoccupe pas les politiciens. Tout ce qui les intéresse, c’est de se pavaner et de jouer aux grands seigneurs au vu et au su de tous, à des fins électoralistes évidemment. Le Nonvitcha, le Wémèxwé, la fête de l’igname à Savalou ou encore le festival du Danxomè à Abomey ont toujours servi de cadres d’exhibition pour les hommes politiques en quête de popularité.
Pour éviter que ce comportement ne devienne la norme au point de prendre le pas sur les manifestations culturelles en question, le gouvernement a pris ses responsabilités. Le fonds d’aide à la culture pourra jouer valablement le rôle de sponsor de ces événements. Mais dans le même temps où les promoteurs de la rupture ont décidé d’assainir le milieu culturel, ils doivent aussi avoir à l’esprit que les rassemblements culturels identitaires n’ont pas de prix et que l’Etat est appelé à les promouvoir et à les sauvegarder. Il ne s’agit pas nécessairement d’injecter des sous au niveau de l’organisation mais de trouver les mécanismes pour que ces fêtes identitaires gagnent en notoriété ici et ailleurs. Nombre de communautés ont réussi aujourd’hui à fédérer un très grand nombre de personnes autour de leurs initiatives culturelles à telle enseigne que celles-ci ont pris une envergure nationale.
Le gouvernement est donc appelé à conserver et à renforcer ces acquis qui sont aussi sources de captation de devises. Toutes les fois que des populations se déplacent en masse d’un point à un autre pour une cause ponctuelle, elles ne manquent pas de mettre la main à la poche, car le séjour implique forcément des dépenses. Les touristes notamment pourraient être aussi attirés par ces rencontres cultuelles et culturelles si le gouvernement travaille pour susciter leur intérêt. La promotion des hôtels mobiles participe d’ailleurs de cette volonté de donner une nouvelle dimension à nos creusets culturels. C’est bien que le gouvernement refuse de s’immiscer dans les affaires culturelles, identitaires, religieuses. Mais ce serait encore mieux s’il avait à cœur la promotion de la culture béninoise tant à l’interne qu’à l’international.

15-12-2016, Moïse DOSSOUMOU


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