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Editorial : Le calme après la tempête

Ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. L’Assemblée nationale et le gouvernement ont des vues divergentes sur le processus devant aboutir à la révision de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990. Initiateur de la réforme, le gouvernement a sollicité du parlement qu’il joue son rôle « en procédure d’urgence ». Mais les députés ne l’entendaient pas de cette oreille. A l’unanimité, ils ont rejeté cette demande gouvernementale qui avait tout l’air d’une marche à pas forcés vers un but précis. En exprimant ce vote dont l’issue était très attendue, les élus du peuple ont fait baisser la tension. Depuis le 15 mars dernier où le projet de loi portant modification de la Constitution a été validé par le Conseil des ministres puis transmis à l’Assemblée nationale, la polémique a enflé.
Les députés auraient adhéré à la dynamique gouvernementale que les positions se seraient davantage cristallisées. Mais ils ont eu le mérite de calmer le jeu et de prouver qu’ils ne sont pas à la solde du pouvoir, en tout cas jusqu’à vendredi dernier. Maintenant le débat doit se poursuivre avec beaucoup plus de sérénité et de clairvoyance. L’urgence n’a plus droit de cité. Et même si les députés sont en session extraordinaire, c’est par une procédure normale que le projet de révision sera étudié. Et si le délai de deux semaines imparti pour une session extraordinaire ne suffit pas pour étudier le texte dans tous ses contours et proposer les amendements subséquents, une autre session extraordinaire sera ouverte. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que le processus aille à son terme si les députés sont d’avis que les modifications proposées par l’Exécutif en valent la peine.
Le chef de l’Etat l’a d’ailleurs rappelé dans son discours à la nation diffusé dans la soirée du jeudi 23 mars dernier. Il s’est voulu rassurant quant aux intentions qui sont les siennes en se jetant en pâture à l’opinion dans le cadre de cette réforme constitutionnelle. Dans sa démarche d’apaisement de la tension, il a formulé quelques interrogations auxquelles il a trouvé la réponse appropriée. « Les modifications proposées renforcent-elles la démocratie ? Préservent-elles nos libertés ? Permettent-elles une meilleure reddition de comptes ? Organisent-elles mieux la vie politique ? Favorisent-elles le développement économique et social ainsi que l’épanouissement individuel et collectif ? Chaque fois que la réponse à l’une de ces questions sera négative, pour l’une quelconque des propositions de modification, celle-ci pourra être rejetée ». Il reste alors que les personnes de bonne volonté fournissent de la matière aux députés afin qu’ils soient suffisamment outillés pour opiner dans le sens de l’intérêt général.
A l’heure actuelle, dans l’intérêt de tous, le débat devra se faire sans passion afin que les corrections à effectuer se fassent dans le plus grand discernement. Il est normal et c’est à l’actif des Béninois que l’opinion veuille exercer des pressions sur les députés, mais ce serait encore mieux si des amendements sont proposés et portés à l’attention des élus du peuple qui sont les seuls mandatés pour apporter des corrections au texte à eux transmis par le gouvernement. C’est à l’aune de la pertinence des amendements que les arbitrages se feront en commission et en plénière. Le rejet de la procédure d’urgence n’aura son sens que si les forces vives de la nation s’approprient ce projet pour le toiletter et le rendre meilleur au texte actuellement en vigueur. Evidemment, tout ceci se fera si les députés, au vu des conclusions de la commission des lois, décident de recevoir le projet ou de le rejeter. En attendant cette étape cruciale, que chacun joue son rôle de veille citoyenne, pour qu’à terme, seule la République en sorte grandie.

27-03-2017, Moïse DOSSOUMOU


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