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Editorial : Le refus du dialogue

« Le gouvernement n’aime pas la paix ». Ainsi s’exprimait la semaine écoulée, Michel Adjaka, qui, quoiqu’on dise, reste droit dans ses bottes. Qu’on l’aime ou pas, l’opinion est unanime à reconnaître qu’il fait de la lutte syndicale et partant, la sauvegarde des intérêts de sa corporation, une préoccupation de tous les instants. Le président de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) ne veut faire aucune concession au gouvernement. Lorsqu’il s’agit des questions touchant à l’indépendance de la magistrature et au respect des textes régissant ce prestigieux corps de métier, Michel Adjaka et ses pairs sortent des muscles comme s’ils étaient en danger de mort. Jaloux de leurs attributions, ils ne reculent devant rien pour revendiquer leurs droits. A peine ont-ils levé la précédente motion de grève qui a paralysé l’administration judiciaire pendant des semaines qu’ils dégainent à nouveau. En cause, les défalcations sur salaires opérées par le gouvernement.
Se fondant sur les dispositions de l’article 25, alinéa 1er de la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin qui dispose : « les grèves ayant pour motifs la violation des libertés fondamentales et des droits syndicaux universellement reconnus ou le non paiement des droits acquis par les travailleurs, ne donnent lieu à aucune réduction de salaire ou de traitement », les magistrats s’indignent contre le gouvernement qui a opéré des défalcations sur leurs salaires à hauteur d’au moins 70%. Pour eux, le motif de leur précédent mouvement d’humeur ne saurait donner lieu à un tel traitement. En effet, ils estiment que « l’Unamab avait déclenché une motion de protestation de cinq jours qu’elle a observée du lundi 8 janvier 2018 au vendredi 02 février 2018 pour exiger le retrait des dispositions… liberticides introduites aux articles 50 du statut général de la fonction publique et 20 de la loi portant statut de la magistrature ».
Le gouvernement a-t-il méconnu la loi ou fait-il une autre interprétation du motif de la précédente grève des magistrats ? Le débat reste entier. Le fait est qu’à partir de ce jour et jusqu’à une date inconnue, les magistrats ne seront pas présents dans les cours et tribunaux. Comme si cela ne suffisait pas, les enseignants qui réclament de leur côté, un statut particulier pour leur corporation et la hausse de leur pouvoir d’achat poursuivent le bras de fer avec l’Exécutif. Tout comme les magistrats, ils ont aussi fait les frais des défalcations sur salaires. Mais a priori, cela n’émousse en rien leur détermination à poursuivre la grève. Leur jusqu’au boutisme est motivé par le fait que le gouvernement a su relever, en un laps de temps, le traitement salarial de certains hauts fonctionnaires. Dans le même temps, un flou artistique est entretenu sur le salaire des ministres. Les enseignants comme beaucoup d’autres fonctionnaires estiment que l’Exécutif, peut, s’il le veut, relever tous les salaires à un niveau appréciable.
Le chef de l’Etat a cru éteindre le feu de la protestation syndicale en s’entretenant à bâtons rompus avec les locataires de la Bourse du travail. Force est de reconnaître que cette rencontre très attendue n’a pas émoussé l’ardeur des travailleurs à revendiquer leurs droits. C’est peu dire que le gouvernement et les syndicats ont du plaisir à entretenir un dialogue de sourds. Chaque partie reste obstinément dans sa logique sans prendre le soin d’aller à la rencontre de l’autre et de l’écouter. Or, le dialogue suppose que les protagonistes s’expriment et se comprennent même s’ils ne partagent pas les mêmes points de vue. Le dialogue social ne sera jamais fécond dans ces conditions. C’est à force de se mettre à la place de l’autre pour mieux appréhender les motifs de ses agissements que les deux camps, actuellement à couteaux tirés, apprendront à lâcher du lest. Qui refuse de faire le pas vers l’autre ? Qui du gouvernement ou des syndicats est de mauvaise foi ? Au moment du dégel, le fauteur de troubles sera identifié.

26-02-2018, Moïse DOSSOUMOU


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