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Editorial : Le report de trop

L’appel des centrales et confédérations syndicales a été entendu. Le gouvernement n’est pas resté sourd à leurs doléances. Il y a quelques jours, conformément au décret régissant les travaux de la commission nationale permanente de concertation et de négociations collectives, certaines centrales et confédérations syndicales ont demandé au gouvernement la convocation de la session. La Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin), la Centrale des syndicats des travailleurs du Bénin (Cstb) et l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (Unstb) manifestaient ainsi leur volonté de renouer avec le dialogue en vue du dégel tant attendu. Désireux aussi de conjuguer cette crise sociale au passé, l’Exécutif a vite fait d’accéder à la requête des partenaires sociaux en convoquant la session pour ce jour, jeudi 03 mai 2018. Aux dernières nouvelles, cette séance censée apaiser les esprits a été reportée à une date ultérieure.
C’est par un courrier en date du 30 avril que le cabinet du ministre du travail et de la fonction publique a entamé l’enthousiasme des travailleurs et de leurs représentants. Ces derniers, en toute légitimité, estimaient que le moment était enfin venu de rengainer, tous ensemble. Certains d’entre eux, pour divers motifs, ont suspendu leur motion de grève. Des syndicats de base se sont également désolidarisé du mouvement d’ensemble. Le Front d’action des trois ordres de l’enseignement a également fait pareil. Il ne reste plus que les trois centrales et confédérations demandeurs de la reprise des travaux de la commission nationale permanente de concertation et de négociations collectives. La session censée se tenir ce jour devait déboucher sur un dégel total. Il était attendu des deux parties prenantes qu’elles tiennent un discours de vérité et qu’elles prennent de nouveaux engagements en toute responsabilité. C’était sans compter avec les aléas des calendriers officiels.
Les partenaires sociaux attendent maintenant d’être convoqués à nouveau pour signer enfin les relevés des conclusions. Cet événement annonciateur de la fin des hostilités tarde à survenir. La plupart des travailleurs qui ont repris le chemin des bureaux, hôpitaux et salles de classe espèrent toujours qu’il leur sera concédé quelque avantage au terme de cette énième séance de négociation. Ils devront encore prendre leur mal en patience jusqu’à la prochaine date qui leur sera communiquée. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Le 1er mai dernier, jour réservé à la fête du travail, le gouvernement et les partenaires sociaux ont échangé. La traditionnelle cérémonie de présentation des cahiers de doléance a tenu toutes ses promesses. Dans une ambiance relativement conviviale, le ministre du travail et les secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales ont promis nouer un nouveau pacte. Il ne restait plus qu’à consigner cela dans un document officiel.
Cette crise sociale qui a perdu de sa virulence a pris corps avec la volonté des législateurs de supprimer le droit de grève à certaines catégories de travailleurs. Dans la foulée, les syndicats se sont soulevés en guise de protestation. La décision de la Cour constitutionnelle qui donne raison aux travailleurs devrait calmer le jeu, mais elle a donné des ailes aux partenaires sociaux. Aujourd’hui, tous les deux camps sont d’avis que cette crise aurait pu être gérée autrement. Hélas, des dégâts irréparables ont été causés. Il faut agir maintenant afin que les mêmes causes ne produisent encore les mêmes effets. Déjà, les députés invités par la Cour constitutionnelle à encadrer l’exercice du droit de grève restent passifs. C’est à eux de se prononcer sans fantaisie sans remettre en cause les acquis des travailleurs. Chaque acteur est appelé à jouer sa partition pour éviter que la boîte de Pandore ne soit à nouveau ouverte. Il y va de l’intérêt de chacun et de tous.

3-05-2018, Moïse DOSSOUMOU


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