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Editorial : Les députés face à l’histoire

La sentence est sans appel. Une énième remise en cause des décisions prises par le gouvernement. Désavoué une fois de plus, le chef de l’Etat recevra la notification de la décision des sept sages dans les heures à venir. Le décret de suspension des activités des associations estudiantines pris en Octobre dernier au terme d’une session du Conseil des ministres, dans la foulée des actes de violence et de vandalisme notés sur le campus d’Abomey-Calavi, a été déclaré contraire à la Constitution. Grâce à la Cour constitutionnelle, les étudiants jubilent. Les responsables de leurs associations faîtières encore plus. Eux qui étaient voués aux gémonies sont rétablis dans leurs droits. Dernier rempart contre la violation des libertés individuelles et collectives, la Haute juridiction qui veille au grain, a remis les pendules à l’heure. Il ne reste plus qu’au gouvernement de se conformer à cette décision.
L’article 114 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 dispose que la Cour constitutionnelle est « juge de la constitutionnalité de la loi et elle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques ». L’article 124 renchérit que « les décisions la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités civiles, militaires et juridictionnelles ». Il va sans dire que le gouvernement devra procéder au retrait du décret liberticide qui a ôté momentanément aux étudiants le droit de s’associer pour défendre leurs intérêts. Aux temps forts de la polémique, le Garde des Sceaux, à bout d’arguments, s’était débattu comme le diable dans un bénitier pour justifier la bonne foi de l’Exécutif. Mais en dépit de sa verve, il n’a pas réussi à convaincre grand monde. Maintenant, avec la décision de la Cour, le gouvernement dispose d’une nouvelle chance pour prouver sa bonne foi.
Les dérives constatées dans la conduite du mouvement estudiantin appellent de la part du rectorat, du ministre de l’enseignement supérieur et donc du gouvernement un recadrage sur le terrain. Les étudiants, portés par la fougue juvénile, peuvent se laisser aller à des excès. C’est aux pouvoirs publics de tempérer leurs ardeurs sans remettre en cause la jouissance du droit d’association reconnu à tout citoyen. Responsabiliser les étudiants et leurs leaders face à leurs devoirs, les conscientiser quant à la retenue dont ils doivent faire preuve dans l’expression de leur mécontentement et au besoin sanctionner les fauteurs de troubles identifiés et reconnus comme tels, voilà quelques-unes des attitudes attendues de la part des pouvoirs publics. En plus, c’était assez malencontreux de suspendre par un décret un droit consacré par une loi. Ce qui est fondamental ici, c’est qu’il s’agit des libertés publiques. La Cour fait bien de préserver la jouissance de ce droit.
Les étudiants aussi qui de par leurs comportements répréhensibles ont fourni au gouvernement l’arme qui a servi à les abattre, sont certes rétablis dans leurs droits, mais ils ne sont pas pour autant sortis de l’auberge. La violence gratuite ne peut être le mode d’expression de l’élite en formation. Si les étudiants continuent de se comporter comme des badauds éméchés, ils feront régner en permanence un climat d’insécurité sur les campus et offriront de ce fait le motif au rectorat pour faire appel aux forces de l’ordre. Dans ces conditions, il leur sera difficile sinon impossible de faire aboutir leurs luttes, malgré la noblesse de la cause défendue. C’est dire qu’un travail d’ordre et de discipline doit s’effectuer à leur niveau. Sans quoi, ils auront choisi de se décrédibiliser eux-mêmes, comme ce fut le cas, il y a quelques mois. La Cour vient de leur tendre la perche du salut. A eux de la saisir pour se tirer d’affaire.

20-03-2017, Moïse DOSSOUMOU


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