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Editorial : Trekpo, seul face à son destin

Sa situation n’a rien d’enviable. Elle est même très critique. S’il avait su, il aurait gardé sa langue. Préoccupé par la défense des intérêts de sa corporation, il paie, seul, le prix de son audace. Le capitaine Patrice Trekpo, des eaux et forêts, est devenu ces derniers mois, un personnage célèbre. Sa sortie médiatique la plus mémorable, celle du dimanche 3 septembre 2017, jugée virile et irrévérencieuse par sa hiérarchie et le gouvernement, est à la base de ses malheurs. Secrétaire général du syndicat national des eaux, forêts et chasse (Syna-Efc), il a cru devoir monter au créneau, au nom de ses pairs, pour dénoncer le contrat de délégation de la gestion du parc W et celui de la Pendjari à l’Ong African Park Network. Mais, mal lui en a pris. Depuis, il enchaîne les mésaventures comme s’il avait commis tous les péchés d’Israël. Tout juste hier, la Cour constitutionnelle lui a plombé le moral en se déclarant incompétente pour recevoir son recours.
Au lendemain de cette émission qui l’a révélé à ses compatriotes, le capitaine Patrice Trekpo s’est retrouvé dans le viseur de sa hiérarchie. Deux jours après, soit le mardi 5 septembre 2017, il a été mis aux arrêts de rigueur pour une durée de 45 jours. Il passera finalement 60 jours en détention. A sa libération, il croyait avoir déjà effectué son chemin de croix alors que le plus dur l’attendait. Le mercredi 13 décembre, le couperet du Conseil des ministres s’est abattu sur sa tête. Jugeant la sanction du conseil de discipline insuffisante, le ministre du cadre de vie et du développement durable, considérant que « l’intéressé s’est mis en état de rébellion en lançant un appel à la sédition des membres du corps auquel il appartient », « a informé le Conseil des ministres qu’il a pris la décision de prononcer » sa révocation. Sans autre forme de procès, le gouvernement a pris acte de cette sanction.
« Parce que le mis en cause n’a présenté ni excuses, ni repenti », il a plu au Conseil des ministres d’entériner la décision de sa révocation. Face aux responsables syndicaux venus plaider la clémence du chef de l’Etat en vue de sa réintégration, Patrice Talon s’est montré ferme et inflexible avant d’indiquer qu’il étudiera le recours gracieux déposé par le capitaine Patrice Trekpo. Le délai de deux mois au cours duquel le gouvernement devra se pencher sur cette demande tend vers sa fin. Si d’aventure ce recours était rejeté, il ne restera plus qu’au capitaine infortuné de s’adresser à la Chambre administrative de la Cour suprême ainsi que le prévoit la procédure. Mais en attendant, pour mettre toutes les chances de son côté, puisque sa carrière est en jeu, il ne perd rien à présenter des excuses à sa hiérarchie et au chef de l’Etat. L’humilité est la marque des grands hommes, et loin de l’affaiblir, cet acte l’ennoblira, car noble est la cause par laquelle le malheur est entré chez lui.
A l’heure actuelle où le capitaine est lâché par ses pairs, il lui faut se battre seul pour retrouver sa place au sein du personnel des eaux, forêts et chasse. Les syndicats et les organisations politiques qui, vaille que vaille, continuent de lui apporter leur soutien, finiront par se lasser. Au bout du compte, il ne restera plus que lui face à son destin. Il apprend d’ailleurs à ses dépens qu’il aurait dû s’abstenir d’offrir sa poitrine pour la sauvegarde des intérêts de sa corporation. Feu Emile Derlin Zinsou l’avait déjà compris quelques décennies plus tôt, lui qui affirmait en 1969 que le Dahomey ne mérite pas qu’on lui sacrifie un œuf. Patrice Trekpo, l’idéaliste, ne perd rien à demander pardon. En agissant ainsi, il aura tout essayé, quitte au gouvernement de démontrer que la cause est entendue ou non.

21-02-2018, Isac A. YAÏ


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