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En vérité : Yayi sort le grand jeu

Il n’est plus chef de l’Etat. Mais il est resté nostalgique des messages à la nation dont il avait le privilège quasi exclusif. Depuis qu’il a passé le témoin à son successeur, Boni Yayi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’a pas pour autant disparu de la scène publique. Visiblement, il n’est pas pressé, mais alors pas du tout, de se consacrer à la vie religieuse comme il l’avait promis. Comme un feu ardent, sa grande passion pour la politique ne cesse de le brûler. Si entre temps, il a fait l’option du mutisme, il a plus que jamais effectué son come back. Le congrès extraordinaire des Forces cauris pour un Bénin émergent qui s’est tenu à Parakou en février dernier a donné une nouvelle vie à l’ex locataire du palais de la République. Depuis, il ne cesse d’investir l’espace public, affichant nettement ses nouvelles ambitions. Et cela n’est pas pour déplaire à une certaine frange de l’opinion.
Désormais président d’honneur d’un parti politique opposé aux actions de son successeur, Boni Yayi est sorti de l’ombre pour la lumière. Son adresse, claire et limpide, est sans équivoque. « C’est le moment de mettre fin à la politique de l’autruche », clame-t-il pour planter le décor. Tenant fermement sa plume, l’ex chef de l’Etat prend le parti de la jeunesse. « Je note, au-delà des murmures, des grognes et des gémissements une espèce de malaise généralisée reflet de l’effet d’une arme de destruction massive… Continuer de croire à une main invisible des politiques dans cette grogne de la jeunesse ne peut que relever d’une irresponsabilité ». Poursuivant son réquisitoire, Boni Yayi affirme que « le Bénin s’accommode aujourd’hui d’une pauvreté plus grandissante que par le passé selon les statistiques des institutions internationales crédibles. Plus grave moins de 1 béninois sur 3 s’offre dans les meilleurs des cas 1 repas de qualité par jour ».
Aujourd’hui à la touche, appréciant les événements avec du recul, de la clairvoyance et plus d’objectivité, l’homme donne des leçons de gouvernance à son successeur. « C’est le moment de poursuivre mieux que par le passé, les investissements massifs et bien ciblés dans la jeunesse et les femmes avec la vision d’un véritable aménagement du territoire sur le plan national conformément à la feuille de route de l’Union Africaine adoptée en 2017 sur le nécessaire dividende démographique. Seule une croissance véritablement inclusive d’un développement durable se vit et apporte la joie dans les cœurs et dissipe la haine ». Un brin paternaliste, celui qui a fait du social un axe majeur de sa gouvernance se surprend à faire des exhortations. « Gouvernons bien, travaillons avec l’obligation de compte rendu et partageons sur la base des efforts, car nul ne doit être abandonné sur le quai. Maintenons la solidarité Nationale ».
A six mois des législatives, l’adversaire le plus redoutable de Patrice Talon sort de l’ombre. Avant, plutôt que d’assumer la critique, il préférait faire porter son message par d’autres. Plutôt que d’avancer à visage découvert comme Nicéphore Soglo, il prenait du plaisir à porter un masque. Maintenant, il descend dans l’arène. Prêt à assumer. Les jeux sont désormais clairs. On n’aura plus seulement droit à des tirs nourris contre un régime. Des propositions visant une meilleure gestion des affaires publiques figureront aussi dans le menu servi par l’opposition. Boni Yayi fait bien de ne pas seulement accabler Patrice Talon. Il lui montre en prime la voie qui lui semble la mieux indiquée pour relever le défi du développement. Le débat reste ouvert. Nul doute que Boni Yayi se fera davantage remarquer dans l’arène politique. Il dispose de tous les atouts pour prendre le leadership des forces politiques opposées au pouvoir.

3-10-2018, Moïse DOSSOUMOU


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