Editorial : L’os dans la gorge de la décentralisation

Moïse DOSSOUMOU 19 octobre 2017

Les maires de Pèrèrè et de Lokossa sont assis sur des sièges éjectables. Les membres des conseils communaux qu’ils dirigent sont remontés contre eux. Si ceux-ci parviennent à mettre leur menace à exécution, ils seront purement et simplement destitués. Ils sont nombreux ces maires qui, du fait des intrigues politiciennes, ont été éjectés de leur poste. D’une commune à une autre, c’est la même rengaine. Sans exception, les maires sur les têtes desquelles plane le couperet de la destitution sont tous accusés de « gestion opaque et solitaire ». Ce groupe de mots est en effet à la base de la mauvaise fortune d’un certain nombre d’édiles. Il suffit qu’un groupuscule de conseillers ait maille à partir avec un maire ou voit ses intérêts menacés par lui pour qu’ils ameutent l’opinion. Généralement, dans les jours qui suivent, la procédure de destitution est enclenchée et menée à son terme avec la bénédiction des préfets.
Elles sont plus d’une dizaine les communes dans lesquelles les maires ont été remerciés. La commune de Bonou, dans le département de l’Ouémé, est passée championne dans l’art de se débarrasser des maires devenus indésirables. Les populations, dépitées et impuissantes, assistent la mort dans l’âme à ces querelles politiciennes qui n’ont eu aucun impact positif sur leur quotidien. La preuve est que les localités dans lesquelles les maires ont été destitués n’ont pas connu de progrès significatifs. La pauvreté, galopante et teigneuse, a toujours pignon sur rue. Nos communes, qu’elles soient à statut particulier ou ordinaires, urbaines ou rurales, végètent à fond dans le sous-développement. Presque rien ne bouge de ce côté, si ce n’est la politique qui, hélas, a pris le pas sur le développement.
La plupart du temps, les accusations des conseillers communaux frondeurs ne sont pas fondées car leur action se limite à la destitution des maires. Dès qu’ils réussissent ce coup, ils ferment la parenthèse des récriminations, aussi rapidement qu’ils l’ont ouverte. Le maire destitué redevient alors un simple membre du conseil communal sans être inquiété outre mesure. La logique aurait voulu que les édiles accusés à cor et à cri de détournement de deniers publics, de gestion opaque et solitaire, ne subissent pas seulement la sanction politique et administrative qu’est la destitution. Si tant est que les accusations sont fondées, que les maires en question soient amenés à répondre de leurs actes devant la justice. Le simple fait de limiter la sanction à la destitution frise un règlement de comptes. La décentralisation pourrait apparaître comme une aubaine pour les prédateurs des ressources publiques si les maires empêtrés dans de sales dossiers échappent à la justice.
Consciente des nombreux écueils contenus dans les textes de la décentralisation, l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb) milite ardemment pour leur relecture. Des députés, experts et acteurs locaux travaillent à cet effet. C’est à eux que revient la lourde et délicate tâche de corser le processus de destitution des maires tout en veillant à faciliter l’éjection de ceux d’entre eux qui n’ont d’yeux que pour la dilapidation des ressources locales. Evidemment, un maire qui n’en fait qu’à sa tête, qui ne pense pas développement ou qui refuse de traduire en actes les délibérations du conseil communal, ne mérite plus son titre. C’est aux membres de cette commission de trouver la formule idéale afin que les maires ne soient plus destitués pour un oui ou un non. Tant que la politique politicienne sera à la base de la fronde des conseillers communaux, la pauvreté continuera de dicter sa loi dans nos localités. Le développement local et la démocratie à la base resteront desss vains mots.



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