Editorial : Le Ravip à la merci des politiciens

Moïse DOSSOUMOU 3 octobre 2017

On prend les mêmes et on recommence. Le top de la surenchère vient d’être donné. Vendredi dernier, le chef de l’Etat a installé en personne les membres de la Commission politique de supervision du Recensement administratif à vocation d’identification de la population (Ravip). 9 ministres et 9 députés composent cette commission dont la mission consistera, entre autres, à faire des recommandations à l’Agence nationale de traitement et à l’opérateur technologique. Ils auront, en outre, à élaborer des plaidoyers en direction des divers acteurs politiques et locaux pour la réussite des opérations. Ils seront également appelés à prendre part aux communications politiques et au dialogue institutionnel sur la mise en œuvre du Ravip. C’est le Garde des sceaux, Joseph Djogbénou qui préside cette commission dont les travaux pratiques débuteront le 1er novembre prochain.
Cette commission fraîchement mise en place rappelle à bien d’égards les expériences peu concluantes de la Commission politique de supervision (Cps) de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) et du Conseil d’orientation et de supervision (Cos) de la Lépi. La Cps-Lépi chargée au départ de la confection de la liste électorale a suscité beaucoup d’espoirs. Mais à l’arrivée, il n’y avait que regret et désolation. Pendant longtemps, la société civile et une frange non négligeable d’animateurs de la vie politique nationale ont réclamé l’élaboration d’une Lépi. Après plusieurs hésitations, le gouvernement s’est enfin décidé à s’engager sur cette voie. Courant 2009-2010, le régime de Boni Yayi a mis en place la Cps-Lépi, chargée en ce temps-là, de doter le Bénin d’une liste électorale moderne, informatisée, permanente et fiable. Vaille que vaille, la mission fut exécutée. Mais les résultats sont loin d’être atteints.
Les premiers travaux entrant dans le cadre de la confection de la Lépi ont coûté la bagatelle somme de 45 milliards. Après, il a fallu, conformément aux dispositions du code électoral, procéder aux toilettages périodiques de la liste électorale. C’est ainsi que le Cos a vu le jour sur les cendres de la Cps. Là encore, beaucoup de milliards ont été engloutis. Les caisses du Trésor ont été soumises à rude épreuve à plusieurs reprises sans que les résultats escomptés ne soient au rendez-vous. En dépit de tout, le Bénin est peut-être parvenu à se doter d’une Lépi. Mais à quel prix ? En dehors du coût exagérément élevé des travaux, le climat délétère qui a régné entre les membres de la Cps et du Cos ont déteint sur le rendement. Pour un travail purement technique comme celui de la confection d’une Lépi, le Bénin a eu la malheureuse idée de le confier à des politiciens. La même erreur est entrain d’être commise par rapport au Ravip.
Comme son nom l’indique, il s’agit d’un recensement administratif à vocation d’identification de la population. Les politiciens, qu’ils soient ministres ou députés, n’y ont pas leur place. « L’erreur est humaine », dit-on, « mais persévérer dans l’erreur est diabolique ». Que cherchent les politiciens dans un domaine purement technique ? L’Agence nationale de traitement et l’opérateur technologique n’ont-ils pas les compétences requises pour gérer avec efficacité et professionnalisme le dossier Ravip ? Les politiciens ont déjà démontré de quoi ils sont capables lorsqu’il leur a été donné de prendre les devants de la Lépi. Cette expérience suffit amplement pour qu’ils soient tenus à l’écart du Ravip. Dans peu de temps, du fait des passions et de la guerre des intérêts, les dénonciations de fraude et de manipulation des fichiers seront abondamment servies à l’opinion. La loi sur le Ravip aurait mieux fait de confier la part belle aux techniciens. A coup sûr, nous assisterons encore à un éternel recommencement.



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