Editorial : Les boulangeries à la barre

Moïse DOSSOUMOU 18 octobre 2017

Il fait partie des ministres de la République dont la discrétion n’a d’égale que son efficacité. Sans tambour ni trompette, le ministre du commerce et de l’industrie, a frappé fort. Dans son viseur, le secteur agro-alimentaire. Sous son instigation, plusieurs boulangeries ont subi la rigueur de la loi. Pris la main dans le sac, les promoteurs épinglés ont dû fermer leurs portes pour une durée de trois mois. Une sanction qui intervient après plusieurs rappels à l’ordre demeurés infructueux. Au cours de cette période d’inactivité, les patrons de ces boulangeries de la mort sont appelés à réunir les conditions matérielles de fabrication du pain selon les règles d’hygiène recommandées. Plus encore, il leur est exigé d’exclure définitivement des ingrédients entrant dans la fabrication du pain, le bromate de potassium et les produits assimilés. Lentement mais sûrement, Lazare Sèhouéto procède à l’assainissement de ce secteur longtemps laissé à lui-même.
Il y a de cela un an, lorsque Lazare Sèhouéto dénonçait la mauvaise foi des acteurs de ce sous-secteur qui prenaient un vil plaisir à causer des nuisances d’ordre sanitaire aux consommateurs de pain qui se comptent par dizaines de milliers, l’opinion croyait à une diversion savamment orchestrée. En effet, les pouvoirs publics ont pris la mauvaise habitude de simuler leur penchant pour la promotion et la défense de l’intérêt général, alors qu’au fond, ils n’ont cure du bien-être des populations. La première intervention du ministre sur ce dossier avait tout l’air d’une blague. Il faut croire que non. Minutieusement, dans le plus grand silence, Lazare Sèhouéto posait avec ses collaborateurs les jalons d’un renouveau. Et c’est au moment où les promoteurs de boulangeries indélicats, abonnés à leurs sales besognes, s’y attendaient le moins qu’il est entré en scène avec des résultats qui font froid dans le dos.
La phase répressive a commencé par des descentes inopinées dans les boulangeries aux heures de fabrication du pain. C’est donc à des heures indues, entre 1h et 5h du matin, que les fonctionnaires du ministère commis à cette tâche sont entrés en scène, caméras à l’appui. Personne ne pouvait s’imaginer voir des agents de l’Etat faire irruption dans ces unités semi-industrielles à des heures aussi avancées de la nuit. Pris de court, les boulangers n’ont rien pu faire pour maquiller la triste réalité. C’est dans des enclos lugubres, insalubres, sur des installations macabres que les ouvriers, torse nu, en sueur, malaxent la farine de blé. Le consommateur final qui déguste avec plaisir le produit fini est loin d’imaginer qu’il avale en réalité la sueur, les crachats, la saleté et autres détritus avec en prime des substances cancérigènes introduites de mauvaise foi dans le pain pour maximiser le profit. Le bromate de potassium ayant la propriété de faire gonfler plus que de raison la pâte à base de la farine de blé.
Très souvent, au petit déjeuner, enfants, jeunes, adultes et vieux consomment allègrement du pain. Le long de la journée aussi, les populations ne se lassent pas de se ravitailler sur les étalages. Très prisé au Bénin, le pain est classé dans la catégorie des produits de première nécessité. Il fallait que le gouvernement siffle la fin de la récréation pendant qu’il est encore temps. Les boulangers indélicats paient le prix des pratiques répréhensibles dans lesquelles ils sont passés maîtres. Maintenant plus que par le passé, le ministre et son équipe ne peuvent plus baisser les bras. Le cap doit être maintenu envers et contre tout. C’est à ce prix que les Béninois pourront consommer du pain sans crainte. Au-delà du pain, les actions répressives à l’encontre d’autres commerces nuisibles à la santé sont attendues. Lazare Sèhouéto a prouvé aux populations qu’elles peuvent compter sur lui.



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