Editorial : Mitokpè : la fidélité en politique

Moïse DOSSOUMOU 2 novembre 2017

Il n’est plus membre du groupe parlementaire Union fait la nation. Le mardi 31 octobre dernier, par une correspondance adressée au président de l’institution parlementaire, l’un des plus jeunes députés de la 7ème législature, a pris son destin en main, conformément à la nouvelle posture de sa formation politique. Guy Dossou Mitokpè fait désormais partie des députés non inscrits à l’Assemblée nationale. Une décision en harmonie avec les orientations du parti « Restaurer l’espoir », dont il est le secrétaire général. Ne voulant pas adopter une position ambiguë ou qui prête à polémique, l’homme de main de Candide Azannaï, un vétéran de la classe politique nationale, a mis les choses au clair. Plus rien ne l’empêche à l’avenir d’opiner librement sans être en porte-à-faux avec le groupe des députés élus sur la liste « Union fait la nation ».
Le samedi 7 octobre 2017, au terme de son conseil national tenu à Abomey, le parti « Restaurer l’espoir » annonçait officiellement son opposition aux actions du gouvernement. Quelques mois avant, soit le 3 juin 2017, le même parti annonçait la « suspension de toute relation avec le régime actuel ». Cela était d’autant plus prévisible que trois mois plus tôt, soit en mars, Candide Azannaï, l’ancien ministre délégué à la défense nationale, qu’on disait être dans le cercle rapproché du chef de l’Etat, a démissionné, à la surprise générale, du gouvernement. Depuis cette date, ses propos et actes font l’objet d’une attention particulière. Une frange de l’opinion n’y voyait que du bluff et n’attendait plus que son retour aux affaires. D’autres par contre espéraient le voir rejoindre les rangs de l’opposition. Il a préféré cette dernière option.
Que Guy Dossou Mitokpè décide à son tour de rester fidèle à son mentor et au parti dans lequel il s’affirme en politique n’est pas un acte anodin. Rien ne l’empêche en effet de faire cavalier seul et de se démarquer de Candide AzannaÏ. A sa place, beaucoup auraient agi ainsi. Fidèle et loyal, partageant les convictions et l’idéal qui animent l’homme, Guy Dossou Mitokpè maintient le cap. Il aurait pu opter pour la facilité et la jouissance des multiples avantages que lui confère son statut de député proche du pouvoir. Il aurait pu tourner dos à son guide politique pour s’attirer les faveurs du locataire du palais de la Marina et de ses affidés. Une fois de plus, comme c’est le cas depuis qu’il a fait son entrée en politique, Guy Dossou Mitokpè milite pour la fidélité, et accepte retourner au charbon, toutes les fois que nécessaire.
Lorsqu’on sait les risques les plus fous que ces deux hommes ont bravé il y a peu pour qu’advienne le régime de Patrice Talon, leur posture politique actuelle suscite intérêt et curiosité. Il est franchement difficile de ne pas voir l’ombre de Candide Azannaï dans les faits et gestes de Guy Dossou Mitokpè. Depuis qu’ils se sont mis ensemble en politique, les deux se comportent comme des jumeaux siamois, malgré la différence d’âge qui les sépare. A nouveau dans l’opposition, l’opinion est curieuse de voir par quel bout, le parti « Restaurer l’espoir » va tenir son nouveau challenge. Candide Azannaï en personne a donné rendez-vous aux Béninois en avril 2018 lorsque Patrice Talon aura passé deux ans à la tête de l’Etat. En attendant cette date qui consacrera le déclenchement des hostilités, Guy Dossou Mitokpè affûte ses armes à l’Assemblée. Il prouve ainsi que la politique n’est pas seulement le champ de l’ingratitude, des coups bas et de la trahison.



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