Editorial : Russie-Bénin, nouvelle vision !

Angelo DOSSOUMOU 23 octobre 2019

Au Bénin du Général Mathieu Kérékou, elle occupait une place de choix. Pays frère contre l’impérialisme, l’Urss aujourd’hui Russie était l’alliée de cœur et de raison. Ainsi, la jeune révolution populaire et ses stratégies de défense, elle s’y connaissait. D’ailleurs à l’époque, chez nous, le Marxisme-Léninisme était l’idéologie d’Etat et les étudiants ne rêvaient prioritairement que de Moscou pour poursuivre leurs études. Fondamentalement, du temps où le mur de Berlin tenait encore debout, les relations diplomatiques entre la Russie et le Bénin s’étendaient à tout mais étaient essentiellement axées sur la coopération militaire, culturelle et idéologique. Du moins, c’était l’essentiel qui aidait à solidement implanter l’hégémonie de la grande puissance rivale des Etats-Unis et des occidentaux.
Puis subitement, en quelques semaines, au pays de Poutine, les signes du dégel se succédèrent avec de grandes fissures dans le bloc soviétique. Finalement, l’Urss abandonna du terrain au Bénin du renouveau démocratique, en Afrique et dans le monde et les relations internationales entrèrent dans une nouvelle dynamique. Entre-temps, contrairement à la Russie devenue presque invisible sur le continent noir même dans les pays qui ont pratiqué la révolution, la Chine, pays communiste a plutôt bien tissé sa toile diplomatique. Comme elle, le Japon, l’Inde et la Turquie jouent pleinement leurs cartes avec des sommets consacrés au partenariat avec l’Afrique. Pendant ce temps, la grande Russie dormait. Visiblement, piquée au vif, elle s’est réveillée et ce jour, Talon, tout comme un bon nombre de ses pairs, sera à Sotchi pour le 1er Sommet Russo-Africain.
A cette occasion, a priori, le dos sera tourné aux liens du passé, marqués par la guerre froide et prioritairement idéologiques, militaires et sécuritaires pour de nouvelles perspectives. A ce que je sache, au menu des échanges au 1er sommet Russie-Afrique, il sera largement question d’affaires. Ce qui est évident, à l’instar de la Chine, Poutine ambitionne de repositionner son pays en Afrique. Mais, les paradigmes d’antan ayant changé, il s’agira pour les uns de déposer sur la table leurs atouts et en contrepartie d’accepter des investissements. D’ailleurs à Sotchi, il est prévu un forum économique où des potentialités africaines seront exposées.
De son côté, même si actuellement, elle accuse un retard criant sur les autres puissances étrangères en Afrique, il est fort à parier qu’avant tout, la Russie misera sur ses réelles potentialités. Ainsi, dans les domaines de la formation professionnelle, de la science et de la technologie, elle peut bousculer la hiérarchie établie. Pour ceux qui le savent, avec la Russie, l’Afrique peut par exemple facilement avoir accès à l’énergie nucléaire. Maintenant, dans ce nouveau partenariat Russo-Africain qui se dessine, ce qui m’importe, c’est ce qu’en tirera comme bénéfice le Bénin. En réalité, avec la Russie, nous ne chanterons plus ‘‘à bas l’impérialisme’’ mais avons l’obligation de retrousser les manches pour nous mettre au travail. Car, pour un partenariat gagnant-gagnant avec le Kremlin, produisons plus et produisons mieux.
Au finish, il est à noter qu’aux portes des bonnes opportunités en Afrique, toutes les grandes puissances se bousculent. Alors quand la demande est conséquente, l’offre doit être au rendez-vous. C’est dire que du retour de Sotchi, il y a des défis à relever. Du moins, il est clair que pour notre coton, notre ananas, notre soja, notre acajou, nos beurres de karité, la bataille s’annonce rude. Eh bien, à nous d’en profiter.



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