Editorial : Statut en quête d’opposants

Moïse DOSSOUMOU 11 septembre 2017

Ils fuient ce statut comme on fuit la peste. Depuis sa promulgation, la loi n° 2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition en République du Bénin n’intéresse pas les animateurs de la vie politique nationale. Pis, le décret d’application signé quelques années plus tard, soit le 20 novembre 2008 n’a pas provoqué l’enthousiasme des acteurs politiques. Même les élus du peuple qui l’ont amendé, adopté et mis en conformité avec la Constitution ont gardé leurs distances vis-à-vis de ces deux textes normatifs. Plus les années passent, plus on a l’impression que cette loi a été votée pour la forme. De par leurs déclarations et selon les circonstances, les positions des politiciens prouvent à suffisance leurs bords politiques. Mais, paradoxe, ceux qui refusent de pactiser avec le pouvoir ne veulent pas pour autant s’afficher formellement comme étant de l’opposition.
Or, avant le vote et la promulgation dudit statut, nombre d’acteurs politiques, avouaient publiquement leur frustration de ne pouvoir s’opposer au gouvernement, en l’absence de tout cadre normatif. Mais depuis qu’une loi et un décret sont venus combler ce vide, on observe plutôt un calme plat. Ils sont nombreux ces animateurs de la vie politique nationale qui compte tenu de la « vacuité » de cette loi et des insuffisances du décret d’application qui s’est borné à accorder des avantages matériels à la classe politique opposante, n’ont pas voulu se prêter au jeu. Néanmoins, ceux qui auraient voulu s’opposer à un régime ou à un autre, à un moment donné, ont eu tort de se priver d’une déclaration officielle d’appartenance à l’opposition. En dépit de ses lacunes, le statut est toujours en vigueur.
Selon l’article 4 de la loi n° 2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition en République du Bénin, le rôle de l’opposition se décline autour de quatre principaux axes : « critiquer le programme, les décisions et les actions du gouvernement ; développer des programmes propres ; proposer des solutions alternatives à la nation et enfin œuvrer pour l’alternance au pouvoir par des voies légales ». Politologue de son état, Mathias Hounkpè estime qu’à travers ces attributions, les partis qui composent l’opposition, « sont supposés contribuer à rendre plus transparente la gestion des affaires publiques, à réduire le coût de l’accès à l’information des citoyens, à rendre plus aisée l’opération des choix politiques par les citoyens (par exemple, au moment d’une élection), (éventuellement) à éclairer les gouvernants (surtout l’Exécutif) dans la prise de certaines décisions, à l’amélioration des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat ».
Pourquoi nos politiciens rechignent à se déclarer opposants ? Ne sont-ils pas suffisamment responsables pour assumer leur position ? Pourquoi font-ils croire à l’opinion qu’ils défendent une position contraire à celle d’un régime et refusent de se positionner comme tels ? Au lendemain de chaque scrutin majeur, on assiste à une recomposition de la classe politique, mais aucun groupe ne prend son courage à deux mains pour formaliser son appartenance à l’opposition. C’est un fait que le statut de l’opposition comporte des lacunes. Pourquoi les députés ne prennent aucune initiative pour apporter les corrections attendues ? Le mal est en réalité commun à tous. D’un gouvernement à un autre, d’un régime à un autre, la quête des acteurs politiques, c’est de bénéficier des avantages et facilités qu’offre le pouvoir. Quant à ceux qui poursuivent un idéal, ils sont à compter du bout des doigts.



Dans la même rubrique