Editorial : Un chantier inachevé

Moïse DOSSOUMOU 6 septembre 2017

A dessein, Nicéphore Soglo a été traîné dans la boue. L’honorabilité de l’ancien chef de l’Etat en a pris un coup. Celle de ses illustres prédécesseurs aujourd’hui disparus également. Nul doute que les feus Mathieu Kérékou et Emile Derlin Zinsou bénéficiaient aussi de l’erreur matérielle des services de la présidence de la République pour ce qui est de la prise en charge de leurs consommations en électricité, en téléphone et en eau. Par un courrier en date du 31 août 2017, signé du secrétaire général du gouvernement, le régime actuel, après avoir constaté l’anomalie, a décidé de ne plus assumer pour le compte des domiciles des anciens chefs d’Etat, les charges sus-évoquées. Ceci pour la simple raison que la loi N°2009-18 du 15 juillet 2009 portant pension et autres avantages aux anciens présidents de la République « intègre une indemnité pour les frais de consommation d’eau, d’électricité et de téléphone ».
Il n’en fallait pas plus pour que les anciens chefs d’Etat, en l’occurrence Nicéphore Soglo, qui a maille à partir avec le gouvernement, soient traités de tous les noms d’oiseau. Une certaine opinion a vite fait de les assimiler, lui et ses prédécesseurs, à des prédateurs des ressources publiques. Mais en réalité, ce sont les services de l’intendance de la présidence de la République qui sont à blâmer pour avoir laissé subsister une telle anomalie depuis 2009 où la loi susvisée est entrée en vigueur. Certes, les mis en cause auraient pu demander à ce que l’erreur soit corrigée. Mais encore, faudrait-il qu’ils en soient informés. Un chef d’Etat de la trempe de Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou ou encore Emile Derlin Zinsou n’a que faire des dépenses courantes de son domicile. A leur service, se trouve un personnel administratif et domestique apte à gérer ces considérations.
Quelles que soient les intentions qui motivent la publication du courrier adressé à Nicéphore Soglo, il faut se réjouir du fait que cette anomalie ait été détectée. C’est évident que si cette tradition a été perpétuée par inadvertance pendant toutes ces années, il y a encore beaucoup d’erreurs de cette nature qui restent à être détectées. En effet, les services de l’intendance de la présidence de la République sont considérés, à tort ou à raison, comme un couvent où les dépenses les plus inimaginables sont effectuées à des fins diverses. Des contrôles appropriés seraient la bienvenue afin que les erreurs liées au double emploi soient détectées et corrigées. Les anciens présidents de la République ne sont pas les seuls à bénéficier des avantages et privilèges. Une fois pour de bon, il sied d’assainir ce milieu au nom de la transparence et de l’utilisation rationnelle des ressources publiques.
Les officiers supérieurs des forces de défense et de sécurité d’un certain grade admis à faire valoir leurs droits à la retraite conservent ad vitam aeternam des privilèges. Des facilités leur sont également accordées. Il en est de même de ceux qui ont occupé les fonctions politiques ou administratives les plus prestigieuses et qui, par la force des choses, continuent de coûter cher au contribuable. Sans ce travail de contrôle et d’assainissement, on serait tenté de croire, en dépit de la justesse et de la pertinence de la mesure, qu’il s’agit d’un règlement de comptes politique. A tous les niveaux de l’administration, que le travail soit effectué afin que les cadavres soient vidés des placards. Mais quoi qu’on dise, Patrice Talon a frappé fort. Au nom de la justice et de la vérité, il doit aller plus loin. Sans quoi, ce serait du leurre.



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