Editorial : Un opposant pas comme les autres

Moïse DOSSOUMOU 9 octobre 2017

C’est officiel. Candide Azannaï s’est déclaré opposant au régime de Patrice Talon. La nouvelle est tombée ce weekend à Abomey au terme du Conseil national ordinaire du parti « Restaurer l’espoir ». Il n’a pas fallu longtemps pour que l’ancien ministre se démarque des faits et gestes du gouvernement. Entre sa démission surprise du gouvernement et sa déclaration d’appartenance à l’opposition, seulement 7 mois se sont écoulés. Une période relativement courte au cours de laquelle il a mûri sa décision. N’en pouvant plus d’attendre, il s’est jeté à l’eau, comme un homme, un vrai. Désormais, il faudra compter avec lui dans l’animation de la vie politique nationale, comme il sait si bien le faire. Après la parenthèse ministérielle qui l’a contraint au silence, Candide Azannaï s’est enfin libéré de ses chaînes.
La déclaration d’appartenance à l’opposition du parti « Restaurer l’espoir » est d’autant plus intéressante qu’elle vient siffler quelque peu la fin de la récréation. En effet, c’est à un moment où le chef de l’Etat ne cesse d’enregistrer des soutiens qu’il choisit de se dresser contre lui. Dans un contexte où le régime Talon peine à traduire en actes les promesses électorales, où les attentes sont loin d’être comblées, Candide Azannaï prend le pari de se mettre du côté du peuple. Il aurait pu, et personne ne lui en voudrait d’ailleurs, de continuer à casser paisiblement son sucre en tant que membre du gouvernement. C’est ce que le commun des mortels aurait fait. Mais il a préféré déposer sa démission pour se soustraire au passif du régime. Boni Yayi est très bien placé pour savoir qu’il vaut mieux l’avoir avec soi que contre soi.
Après sa sortie médiatique tristement célèbre du 1er août 2012, l’ex chef de l’Etat a connu des heures chaudes du simple fait de l’activisme politique de Candide Azannaï. Seul contre tous à l’époque, le président du parti « Restaurer l’espoir » a tenu bon. Fidèle à sa logique, il a bataillé dur pour qu’advienne l’alternance au sommet de l’Etat. Soutien affiché de Patrice Talon à un moment où il fallait avoir de l’audace pour se déclarer comme tel, Candide Azannaï a pris des risques héroïques au nom d’une cause en laquelle il a cru. C’est bien plus tard qu’il a été rejoint par d’autres qui se retrouvent aujourd’hui dans l’entourage immédiat de Patrice Talon. Malgré ce passé récent qui fut le sien, il n’a pas hésité à tourner dos au chef de l’Etat, prenant ainsi le parti de ses convictions. Fait rare sous nos cieux.
Jusqu’à ce jour, Candide Azannaï n’a pas rendu publiques les raisons de sa démission. Il n’a même pas fait de déclarations tapageuses à l’encontre du pouvoir. Mais à Abomey le samedi dernier, il a justifié sa nouvelle posture politique en ces termes. « L’Etat ne peut être réduit à une association d’individus ayant à cœur le règlement de leurs intérêts particuliers ». Même s’il a laissé l’opinion sur sa faim, il a été on ne peut plus explicite. Depuis Abomey, Azannaï a fait le choix de la modération dans ses propos. Il donne la preuve qu’on peut être opposant sans verser dans des attaques verbales à l’emporte-pièce contre le gouvernement. En décidant avec son parti de « mieux s’organiser pour mieux défendre les populations », Candide Azannaï se remet en selle. En avril 2018, terme qu’il a fixé pour le délai de grâce, il fera montre d’une opposition « virile, pure et nette ». Patrice Talon est averti.



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