En vérité : Le monde des aspirants

Moïse DOSSOUMOU 23 octobre 2019

Exit les vacataires ! Vive les aspirants ! Ils sont à la mode actuellement. Pour suppléer à l’insuffisance d’enseignants qualifiés, l’Ecole béninoise a sollicité leur service. Massivement, sans se faire prier, ils ont répondu favorablement à la demande. Au terme d’un test qui avait pour but de jauger leur niveau, les lauréats pour ainsi dire, ont été envoyés chacun dans son établissement. Si au primaire, la situation est plus ou moins sous contrôle, au secondaire, il y a encore des réajustements à faire pour que les apprenants bénéficient effectivement du savoir-faire de ces diplômés qui ont voulu faire carrière dans l’enseignement. Dans le but de mieux contrôler l’effectif d’encadrement, l’Etat a décidé de se séparer des vacataires dont l’effectif ne cesse de croître depuis des années pour composer avec les aspirants. Seules les personnes répondant à des critères précis en termes de qualifications ont été autorisées à composer. Au final, les plus méritants sont actuellement sur le terrain.
Certes, il a fallu du temps pour procéder aux affectations. L’année scolaire a dû débuter avant que ces nouveaux enseignants ne connaissent les établissements où ils sont censés dispenser le savoir. Recrutés pour combler un besoin pressant, ils ont un cahier de charges bien précis. Pour qu’ils soient suffisamment occupés, des masses horaires bien déterminées leur ont été affectées avec obligation de résultats. Les voilà donc aux prises avec les réalités du monde de l’enseignement. Très tôt, les difficultés commencent par se faire sentir. Déjà, au niveau du nombre, il aurait fallu faire un peu plus d’effort. Certes, l’argument de la rationalisation des ressources tient la route, mais le mieux aurait été d’abord que ces nouveaux enseignants ne soient acculés plus qu’il n’en faut. Censés être en situation de classe 22h maximum par semaine, il y en qui sont sollicités jusqu’à 30h par les censeurs qui ne peuvent laisser des élèves sans enseignants dans certaines matières.
Pendant que certains sont acculés, d’autres par contre flânent parce que ne disposant que d’une masse horaire infime. Dans certains cas et à bien d’endroits, il y a plus d’enseignants qu’il n’en faut dans des matières bien définies. Une meilleure répartition permettrait sans doute de corriger cet état de choses. Là où le bât blesse quelque part, c’est que des aspirants qui n’ont jamais enseigné auparavant et qui sont recrutés sur la base de leurs diplômes sont chargés d’encadrer des candidats aux examens. L’idéal n’aurait-il pas été qu’ils fassent leurs armes avec les classes intermédiaires avant d’être admis à faire leurs preuves dans les classes d’examen ? Peut-être que là aussi, les besoins sont si énormes qu’il a fallu mettre le pied sur l’accélérateur. De toutes les façons, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. C’est à ce niveau que les conseillers pédagogiques et les inspecteurs sont appelés à veiller au grain pour corriger les imperfections au fur et à mesure.
Ce qui pourrait frustrer plus d’un, c’est que les aspirants ont signé un contrat d’exclusivité. Ils ne peuvent donc pas prêter leurs services aux cours privés. Du coup, il se pose la question de la rémunération. Pour le moment, l’offre de l’Etat se limite à un revenu mensuel de cent vingt cinq mille francs (125 000). Ils devront faire avec pour satisfaire leurs besoins. Pour bénéficier de ce salaire, il faut encore accomplir les formalités d’obtention du numéro fiscal unique et disposer d’un compte bancaire. Autant dire que c’est la galère pour ceux qui ont été envoyés loin, très loin de leurs domiciles respectifs. Sans aucune prise en charge, ils devront s’installer et donner le meilleur d’eux-mêmes pour ne pas perdre leur job. Il est clair qu’aucune réforme ne s’opère sans couacs. Mais la réalité est loin d’être reluisante. Puisqu’il s’agit de l’Ecole, il faut parer au plus pressé pour corriger très vite ce qui doit l’être.



Dans la même rubrique