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27 ans après la Conférence des Forces vives de la Nation : Les inquiétudes des témoins de l’histoire

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La flamme d’espoir suscitée par la Conférence des forces vives de la nation perd progressivement de sa vivacité. Le Bénin a réussi, il y a 27 ans, à vaincre la fatalité. Cependant, selon les dires de certains témoins clés de l’histoire, le rêve est inachevé. « Il y a eu beaucoup de mythologies à la conférence nationale. Mais la réalité est beaucoup plus prosaïque », a déclaré le Professeur Dénis Amoussou Yéyé, lors d’une table ronde organisée hier par le Centre de droit Constitutionnel à l’Université d’Abomey-Calavi. Les personnalités et universitaires, présents à l’occasion ont levé un coin de voile sur les lacunes liées à ce passage du régime Marxiste-Léniniste à la démocratie.

Ne tuez pas la liberté !
Les craintes sont de retour et l’un des principaux acquis de la conférence nationale, la liberté d’expression, se trouve à nouveau menacé, préviennent des personnalités. Ces intervenants en veulent d’ailleurs pour preuve la fermeture il y a quelques mois de certains organes de presse au Bénin et l’interdiction d’activités des organisations estudiantines. « Au nom de quoi refuse-t-on aux étudiants de prendre la parole pour discuter des problèmes les concernant, même si la forme n’y est pas. La révolution marxiste-léniniste a commencé tout doucement comme cela à restreindre les libertés », fustige la Présidente des Femmes juristes du Bénin. Sur cet aspect, Philippe Noudjènoumè, André Assè, et bien d’autres ne décolèrent pas. « Beaucoup vont vous empêcher de parler. Mais ils ne pourront pas. Le Bénin est ainsi fait. On a essayé de fermer quelques radios et télévisions, mais ça n’a duré que six semaines. Nous avons véritablement vaincu la fatalité », a laissé entendre le Professeur Albert Tévoédjrè. Il a surtout tenu à rappeler quelques phrases fortes contenues dans le rapport général de la conférence des forces vives : « Tout pouvoir livré à lui-même devient fou. L’autorité se fonde sur la raison ».

« La liberté n’est pas à limiter »
Dans un contexte de réforme du système partisan, des acteurs donnent de la voix en ce qui concerne la limitation du nombre de partis politiques au Bénin. Cela s’apparente à un piège à la démocratie d’autant plus que, selon le Professeur Robert Dossou, citant Montesquieu, il n’y a pire tyrannie que celle qui s’opère sous l’égide du droit et sous les couleurs de la justice. « Je suis contre toute limitation du nombre de partis. La liberté n’est pas à limiter. Elle ne se saucissonne pas et ne s’attache pas. Si on commence ainsi, nous allons ouvrir la voie à la dictature déguisée », a prévenu l’ancien Président de la Cour Constitutionnelle. Il a été soutenu dans cette logique par les Professeurs Dénis Amoussou-Yéyé et Philipe Noudjènoumè. « On ne décide pas de réformer les partis politiques. C’est par les astuces juridiques qu’on peut y arriver. Il faut mettre fin aux associations de soutiens qui se créent du jour au lendemain. Dire qu’on aura un parti centriste est une idiotie », a ajouté Dénis Amoussou-Yéyé.
Tous les acteurs sont convaincus de la nécessité de nouvelles assises pour repenser les principes de la Conférence nationale de février 1990. Cependant, des personnalités présentes à cette rencontre préconisent la prudence dans la conduite du processus de révision de la loi fondamentale qui a permis plus de 26 ans de stabilité au Bénin. « La révision d’une Constitution est un acte extrêmement grave. Il ne s’agit pas de la ratification d’un accord de prêt ou de l’adoption de la loi de finances. Ça doit se faire dans la mesure, sans remettre en cause l’équilibre de l’architecture », a fait remarquer le constitutionnaliste, Joël Aïvo qui appelle à un processus transparent et participatif. Cette table ronde a connu la présence de l’un des rédacteurs de la Constitution du 11 décembre 1990, le Professeur Maurice Ahanhanzo-Glèlè.

Le 28 février aux oubliettes
Cette date aurait pu être célébrée, chaque année, comme l’est la prise de la Bastille en France. Hélas, l’anniversaire de la conférence des forces vives de la nation, reste désormais un simple souvenir qui passe progressivement, selon le Professeur Joël Aivo, aux oubliettes. « La conférence commence à quitter nos mémoires et le débat politique. Elle est de moins en moins présente dans le discours politique, et son héritage reste peu vécu », a-t-il fustigé. Triste réalité, alors que la chute du mur de Berlin est largement enseignée dans le système éducatif béninois, les tenants et aboutissants de l’organisation de ses assises sont carrément occultés. C’est une situation qui a indigné la majorité des participants à cette table ronde, qui avaient déjà la dent dure contre la ruine qui caractérise l’hôtel ayant abrité les assises. « Même à l’Université, des jeunes ne savent même pas ce que c’est que la conférence nationale. Certains sont allés jusqu’à dire que le Pape Jean-Paul 2 a participé aux assises. Il nous faut dès la rentrée prochaine le prévoir dans tous les programmes, de l’enseignement primaire au supérieur », a insisté Me Marie-Elise Gbèdo. Des propositions sont allées dans le sens de la vulgarisation du rapport des assises et que le contenu puisse faire l’objet de sujets de réflexions par les apprenants.
Fulbert ADJIMEHOSSOU

1er-03-2017, La rédaction


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