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Animation de la vie politique : Quand la hantise d’appartenir à l’opposition fait débat

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Le slogan le plus en vogue en cette période électorale paraît ridicule. Il relève de l’irrationnel, contraste avec les idéaux démocratiques et jette le doute sur la vocation et les intentions de ceux qui aspirent, à la suite de Boni Yayi, à gouverner le Bénin pendant les prochaines années. Tous ou presque, se sont inscrits à l’école de : ‘’Nous ne voulons plus faire de l’opposition’’. Pourtant, l’époque du parti unique est bien révolue, et depuis l’avènement du renouveau démocratique, le multipartisme intégral a longtemps fait la fierté de la démocratie béninoise. 25 ans après, c’est avec regret que des formations politiques, dans une absurdité déconcertante, se réfugient derrière une certaine hantise de l’opposition, pour ne pas assumer leur destin, et proposer une alternative crédible au peuple. Cette nouvelle trouvaille, cuisinée dans les ténèbres de la politique politicienne, est répandue dans l’opinion par des acteurs en panne d’inspiration pour distraire les couches vulnérables. ‘’Il faut être du côté du pouvoir pour espérer le développement de notre localité’’, jette-t-on à la figure des militants et sympathisants. C’est à croire qu’un président élu ne travaillera que pour les localités dans lesquelles il aurait engrangé le plus grand nombre de suffrages. ‘’Le terrain politique n’est pas le terrain de tous les possibles’’, a écrit le dramaturge Ousmane Alédji. Ce metteur en scène hors pair, très connu des milieux de l’art de la planche, a sans doute esquivé l’insouciance, l’inconséquence et la cupidité des leaders politiques qui ne veulent pas avoir des manques à gagner, mais tiennent à être toujours autour de la marmite. Dans cette fièvre électorale où les vertus s’envolent et le vent de la présidentielle bouge les lignes de la raison dans les chapelles politiques, le citoyen béninois est pris entre deux courants de pensées sous-tendus par une avalanche de déclarations en déphasage avec toute idéologie politique. Il faut choisir entre ‘’la rupture dans la continuité’’ et la ‘’rupture pour un nouveau départ’’. Deux courants pour une même destination : ‘’la mouvance présidentielle’’.

La perversion de la démocratie
L’opposition joue un rôle essentiel dans tout système démocratique. Elle donne la possibilité d’une alternance politique et participe à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants. Or, il n’y a de choix véritable que si l’électeur peut se prononcer face à plusieurs possibilités. Ainsi, l’opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d’un recours. L’opposition joue donc en fait le rôle de contre-pouvoir. Elle permet d’éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, ne soit tentée de mener une politique qui porte atteinte aux droits et libertés. C’est pourquoi, le président de l’Un s’est inscrit en faux contre cette option qui consiste à chanter sur tous les toits que l’on ne veut plus être de l’opposition. A raison, Bruno Amoussou déclare qu’il faudrait plutôt militer pour une alternance en vue de corriger les erreurs d’un système que l’on a de tout temps combattu dans l’opposition, que de vouloir à tout prix passer du côté du pouvoir en renonçant à ses idéaux, à ses convictions. En réalité, que peuvent apporter à un peuple, des leaders qui n’ont pas pour objectif de lutter pour un lendemain meilleur des gouvernés, mais qui entendent être de la mouvance afin de tirer des dividendes du pouvoir, et obtenir des miettes pour les communautés auxquelles ils appartiennent ? Or, il va de soi que l’opposition permet aussi de renouveler les acteurs politiques. Et lorsque la majorité perd le pouvoir, une nouvelle génération d’hommes politiques peut se préparer à assumer des fonctions importantes.

Des défis politiques
Les acteurs politiques se rendent compte par eux-mêmes aujourd’hui, des limites du système partisan. Cette crainte d’appartenir à l’opposition appelle donc à des réformes du système partisan et remet sur le tapis les questions du financement des partis politiques et l’application effective du statut de l’opposition. Car, le rôle d’un contre-pouvoir est si important, que dans plusieurs Etats, il est établi un véritable statut de l’opposition. Il faut finir avec cette pratique qui consiste à martyriser des cadres issus des rangs des forces politiques qui ne partagent pas les mêmes points de vue que le pouvoir en place. Il faut des propositions alternatives pour construire le développement d’un pays. C’est donc une grave erreur de légitimer le développement déséquilibré d’un pays en évoquant le prétexte de régions appartenant à l’opposition. L’idéologie est un instrument de gouvernance politique qui offre à un peuple, des raisons de croire en une autre possibilité pour un meilleur devenir. La réforme du système partisan est l’une des priorités du prochain quinquennat.

4-02-2016, Arnaud DOUMANHOUN


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