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Décryptage de l’actualité nationale par Mathias Hounkpè : Talon est politiquement courageux

Le politologue Mathias Hounkpè était l’invité spécial des ‘‘Entretiens Citoyens’’ baptisés pour la circonstance ‘‘Entretiens politiques’’ du Journal Les Pharaons ce lundi 28 août 2017. Il a apprécié les 16 mois de Patrice Talon au pouvoir, notamment les réformes en cours dans les différents secteurs. Aussi, a-t-il laissé quelques mots sur les agitations politiques au Bénin ces derniers jours. Lire l’entretien.

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Patrice Talon disait le 06 avril 2016, « Je ferai de mon mandat unique une exigence morale. Je m’engage à faire de ce mandat un instrument de rupture et de transition, à promouvoir une justice indépendante, à redynamiser l’administration publique » ; Monsieur Hounkpè, cette dynamique est-elle en cours aujourd’hui au Bénin ?
Mathias Hounkpè : A ce stade, mon appréciation est mêlée. Il y a des signes de ce que l’on veut rationaliser l’utilisation des ressources publiques. Par exemple, les dispositions actuelles en ce qui concerne les primes à la fonction publique, même si ceci a besoin d’être complété et achevé. Je peux ajouter aussi les efforts en cours au niveau du ministère de la justice, de l’éducation, de l’agriculture, etc. Dans le même temps, il y a des chantiers qui demeurent presque entiers. C’est par exemple le cas en ce qui concerne la redynamisation de l’administration publique.

Il s’agit d’une promesse en trois actes : rupture, justice indépendante, redynamisation de l’administration, Talon est-il resté dans ce couloir ?
Je dirais oui pour la justice indépendante et la redynamisation de l’administration publique même s’il faut attendre la finalisation des initiatives en cours dans ces deux domaines. En ce qui concerne la rupture, c’est plus difficile à dire pour 3 raisons : (1) on n’a pas une définition de ce que ce concept recouvre et (2) on voit resurgir des reproches sérieux qui étaient faits aux gouvernants précédents dans la manière de gérer les affaires publiques et (3) il y a des caractéristiques des gouvernants actuels qui inquiètent.

Comment avez-vous apprécié les réformes économiques entreprises par le pouvoir. Beaucoup estiment qu’il s’agissait plus d’une volonté capitaliste de pressurer les citoyens que d’actions pour relancer l’économie.
Pour le moment, je vois le gouvernement essayer de réduire l’implication de l’Etat dans des secteurs de l’économie nationale. L’exemple type, c’est le coton et plus largement l’agriculture. C’est l’annonce des projets d’affermage de certaines unités de délivrance des services publics de base comme la santé.
Et puis les efforts pour augmenter l’assiette fiscale de l’Etat et assurer la collecte effective des impôts. Tout ceci, ajouté à l’image du président qui est du secteur privé, explique le sentiment que vous décrivez ci-dessus. Naturellement moi je m’attends à beaucoup plus que ça de la part du chef de l’Etat. Il faut vraiment des actions qui améliorent l’environnement des affaires au Bénin. Et ça, je n’ai pas encore vu.

Les analystes étrangers dessinent l’image d’un Bénin en difficulté, surtout sur le plan économique avec le financement du Pag. D’où viennent ces soucis économiques, le Bénin est-il toujours crédible vis-à-vis de ses bailleurs ?
C’est très difficile pour moi de répondre à cette question. Parce que je n’ai pas d’informations sur les difficultés éventuelles du gouvernement à mobiliser des ressources pour le financement du Pag. Je vois plutôt un gouvernement qui continue la vulgarisation du document (même si je ne vois pas l’utilité d’une hyper communication autour de ça) et qui annonce les projets pour bientôt. Mais il faut reconnaître que l’environnement économique régional et international n’est pas très favorable, et ceci peut expliquer en partie d’éventuelles difficultés du gouvernement.

Le gouvernement, selon vous, a-t-il un plan cohérent pour sortir le Bénin du marasme économique ?
Pour le moment, ce n’est pas clair, du moins pour moi. Il y a des initiatives qui paraissent isolées, par exemple dans le secteur des véhicules d’occasion, mais le schéma global ne peut se dégager aisément de ces initiatives. À mon avis, le gouvernement pourrait rassurer en montrant la cohérence entre les différentes initiatives et les résultats que l’on pourrait espérer en termes d’amélioration de la situation économique du pays

Alors, quelles réformes retiennent particulièrement votre attention ?
Dans le secteur du coton, vous avez les agences qui sont mises en place, le Pvi, etc.

Concernant ces audits, il y a eu la réaction de certains anciens dirigeants et députés proches de l’ancien président et cités dans des affaires. Quelle lecture faites-vous de leurs différentes déclarations, surtout Eugène Azatassou et Amos Elègbè ?
Je dois avouer ne pas avoir écouté /lu les réactions de personnalités proches de l’ancien président dont vous parlez. Mais de mon point de vue, il est totalement naturel que ceux qui sont impliqués dans la gestion des affaires publiques dans le précédent pouvoir se défendent comme ils peuvent, y compris en tentant de tout politiser. Voilà une raison supplémentaire pour que le gouvernement évite de donner le sentiment que la lutte contre la corruption n’est qu’un prétexte.

Venons-en maintenant aux réformes politiques : le socle même du Mandat Unique était la réforme constitutionnelle qui s’est soldée par un échec cuisant. Quelles leçons retenir de cet épisode ?
À mon avis, on pourrait tirer 3 leçons au moins de cet épisode :
a) la méthode est importante : juste pour donner un exemple, à un moment donné le processus a été entouré de tellement de mystère qu’il était facile de vendre à l’opinion l’idée que le gouvernement préparait un coup contre la démocratie
b) la stratégie politique compte également : étant donné le niveau de majorité requis pour la révision de la Constitution, le gouvernement devrait tout faire pour maintenir la majorité nécessaire aussi bien dans la classe politique que dans l’opinion jusqu’à la finalisation du processus
c) il faut retenir que la démocratie a son rythme et ses contraintes. Et si, en tant que gouvernant, on s’engage à les respecter, il faut en tenir compte dans la conduite des actions. Être prêt à mettre de l’eau dans son vin, à écouter les autres, pas seulement les entendre, et à faire des concessions nécessaires sans chercher à tout réussir dès le premier coup.

Dans une récente interview, vous avez lié cet échec à la brouille entre Talon et Ajavon. Développez nous cette analyse
Je voudrais dire deux choses :
a) je ne sais pas si M. Ajavon a joué un rôle dans l’échec du processus de révision de la Constitution ou non
b) mais, la brouille entre les deux, quelle que soit la raison qui l’explique, a créé un environnement qui réduit les chances de la réalisation de la large majorité requise pour la révision de la constitution.
Voilà en quelques mots ce que j’ai voulu dire

Quel impact l’échec de cette réforme constitutionnelle a eu sur le microcosme politique ?
Il y a un impact indéniable, c’est l’annonce d’une sorte de clarification du paysage partisan parlementaire. Aujourd’hui, on est supposé avoir un groupe de 60 députés qui soutient le gouvernement et les autres. Mais il est difficile de mon point de vue de dire quelle est la solidité de cette recomposition. Parce que pour moi, en allant voter ce jour-là je ne suis pas sûr que chaque député pensait choisir son camp politique (pour ou contre le gouvernement). Seul le temps nous dira s’il s’agit d’une précipitation ou non. À mon avis, pour le moment, le paysage partisan n’a pas fini sa reconfiguration et il ne faudrait pas lier cette dynamique à l’échec de la révision de la constitution seulement. D’autres facteurs sont à l’œuvre

De quels facteurs parlez-vous ?
La survie politique dans les fiefs menacés est un facteur extrêmement important qui va entraîner encore plus de ralliements dans les semaines et mois à venir

Y a-t-il selon vous un lien entre 2019 et les crises qui secouent les Fcbe, le Psd et la Rb ? Et Dieu sait qu’il y a beaucoup de fiefs menacés en ce moment
Probablement oui. Les législatives ne sont plus très loin, et il faut que le groupe qui va utiliser les attributs des partis déjà présents dans l’esprit des électeurs soit rapidement déterminé. Ceci explique, de mon point de vue, en partie la précipitation avec laquelle on tente d’aller à la résolution des crises.

Comment voyez-vous la position des Fcbe sur l’échiquier politique au regard de leur dernière tournée. Cette démarche influence-t-elle la vie politique ?
Je pense que le sort des Fcbe ne sera pas différent de celui des coalitions de ce genre (construites autour du pouvoir) observé par le passé. Grosso modo, le groupe va se disperser (C’est déjà largement le cas en ce moment) et un petit noyau va garder le nom de la coalition sans garantir de résultats importants pour les élections à venir. Je ne suis pas sûr que les tournées changent grand-chose à cela. Mais ce sont les électeurs qui décideront.

Nous sommes bien loin des législatives, mais on a l’impression que Patrice Talon qui compte à nouveau réviser la constitution par le truchement du prochain parlement reste immobile au plan politique. A quoi va-t-on assister ? Comment va-t-il aborder ces échéances selon vous ?
Je ne peux pas dire qu’il ne fait rien ou qu’il est immobile. Justement parce que connaissant l’homme, il ne fait pas du bruit autour de ses actions. Comme il est dit ci-dessus, il est possible qu’il y ait un lien entre les soubresauts au sein des partis et les législatives, même si je ne peux pas encore les relier au président de la République. Ceci dit, il est toujours important qu’il prenne au sérieux les performances aux législatives des forces politiques qui le soutiennent. Mais ce serait imprudent, connaissant l’environnement politique national, d’espérer gagner une majorité stable de ces élections qui servira pour la révision de la Constitution.

Quelle sera par exemple la posture de certaines figures clés, à savoir Ajavon, Azannaï et Léhady ?
J’imagine qu’ils ne resteront pas loin des législatives, que ça soit directement ou indirectement. Les législatives offrent la première opportunité de confrontation politique depuis la présidentielle, et c’est important que chacun se mesure, surtout avec la perspective de la présidentielle de 2021. Mais je ne peux pas affirmer que les positions (proche ou non du pouvoir) des grandes figures de la scène politique nationale sont déjà définitivement fixées. Attendons de voir.

L’Assemblée nationale se renouvelle souvent à près de 60 voire 70%. Talon risque de lâcher beaucoup d’hommes politiques ?
Je ne comprends pas très bien cette question. Mais ce que je peux dire est que le taux de renouvellement dépendra des moyens à mettre en œuvre et des capacités de ceux qui seront en face. Au-delà de cela, le président pourrait chercher à prendre au sérieux le sort de ceux qui l’ont soutenu (rappelez-vous, très peu de partis politiques l’avaient ouvertement soutenu au premier tour de la présidentielle) et qui ont des ambitions politiques. Dans ce dernier cas, les grandes figures en question peuvent avoir des soucis à se faire

Parlons, si vous voulez bien de ce personnage politique qu’est Patrice Talon.
Je dirais du président de la République :
a) qu’il est politiquement courageux. Il peut prendre des risques là où d’autres politiciens hésiteraient beaucoup
b) qu’il fonctionne par le rapport des forces, et donc très peu de capacité réelle de négociations et de réalisation de compromis politiques
c) qu’il préfère laisser les résultats parler pour lui plutôt que la propagande et la communication à outrance
d) qu’il paraît pragmatique, utiliser les moyens qu’exige une situation pour la régle, parfois sans état d’âme
Mais il faut souligner qu’aucune de ces caractéristiques n’est une force dans l’absolu. Elles peuvent aider ou devenir un handicap selon les circonstances et les questions sur la table.

A-t-il changé depuis la campagne électorale ?
Il est un peu difficile de répondre à cette question parce qu’on ne le connaissait pas vraiment avant les élections. Cependant je peux, à partir d’un certain nombre de comportements, dire qu’il est dans un processus d’adaptation à la politique pure. Ce qui peut être considéré comme un changement

Gère-t-il bien son image ? Il se dit M. Hounkpè qu’il a perdu la cote. Pourquoi cette impopularité, pourra-t-il remonter la pente ?
C’est vrai que, sans un résultat de sondage digne de ce nom, on peut dire qu’il semble que sa cote baisse auprès d’une partie des Béninois. À quoi c’est dû ? C’est difficile à dire, mais je peux spéculer : par exemple la manière dont certaines initiatives ont été conduites (e.g. libération des espaces publics), l’insuffisance d’information sur certaines réformes (e.g. pvi) qui nourrit facilement les rumeurs sur de possibles conflits d’intérêts, etc. De mon point de vue, il a encore du temps pour se refaire.

Votre mot de la fin
C’est très important d’organiser ce genre de discussion entre nous béninois sur comment nous assurer que nous ne nous éloignons pas trop du chemin de la consolidation de la démocratie et du développement
Source : Les Pharaons

31-08-2017, La rédaction


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