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Elus ou nommés, ils fuient leurs militants

Sans aucune intention de m’ériger en personne parfaite et à la bouche remuante de leçons pour les autres, je me fais néanmoins témoin et porte-voix de la majorité silencieuse, et qui n’est pas en réalité aussi silencieuse que ça. Dans mon analyse permanente de la politique et des politiciens du Bénin et du monde, j’avais publié dans certains journaux, une réflexion intitulée : "le politicien a-t-il un cœur ? » J’en ferai quelques extraits avant d’aboutir à la technique des politiciens consistant à utiliser les pauvres gens comme échelle qu’ils rejetteront sans élégance une fois en haut.

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« Le politicien a-t-il un cœur ? »
Dans l’article ainsi intitulé, j’avais immédiatement demandé à mes lecteurs de ne pas confondre « a-t-il un cœur ? » et « a-t-il du cœur ? » Ce sont deux sens différents. Pour ce qui concerne « le politicien a-t-il un cœur ? » il s’agit de savoir si, en fabriquant certains d’entre eux, Dieu n’a pas par hasard oublié de mettre un cœur dans leur poitrine. Simple question d’anatomie. J’avais ensuite cité des intellectuels et même des politiciens du monde pour donner leur avis sur la politique et les politiciens. En voici tout juste quelques extraits :
Ainsi, de son vivant, le bon vieux Coluche, célèbre humoriste français disait que « La différence entre les politiciens et les oiseaux, c’est que de temps en temps, les oiseaux arrêtent de voler. » Ici, on les traite de voleurs. On continue…
Loin, très loin de mon pays le Bénin, un politicien a dit que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient. Ici, on les traite donc de menteurs. Plutôt, ils se traitent eux-mêmes de menteurs. On continue…
Michel Rocard, ancien Premier Ministre français a dit ce qui suit : « la vie politique est vulgaire. Elle pourrit. Aucun de mes fils ne fera de politique et c’est heureux. » Ici on les traite de pourris. Plutôt, ils se traitent de pourris. On continue…
Dans « Maîtres de la parole », Camara Laye écrit : « Nos hommes politiques aujourd’hui, sont-ils de grands hommes ? C’est douteux. Ils font de la politique une entreprise sanglante. Ils affament nos peuples, exilent nos cadres, sèment la mort. » On les traite donc ici d’affameurs du peuple et de propagateurs de la mort. On continue…
A. Fantouré constate : « On a l’impression que pour quelques êtres, diriger un pays, c’est d’abord organiser l’assassinat d’un peuple. » Ici, on les traite d’assassins, plutôt, de génocidaires.
On continue ? Non, on ne continue pas… On ne continue plus. On est fâchés. Mais on fait le bilan pour constater que citoyens anonymes, artistes, crème intellectuelle et même politiciens célèbres estiment que les politiciens sont des versatiles, des traitres, des menteurs, des affameurs du peuple, des assassins, des génocidaires, etj’en passe. Il y a-t-il encore dans le dictionnaire des mots plus horribles que ceux que je viens de lire ? Pourtant, il y a à côté de moi ici des gens qui me bousculent dans le dos pour me dire que je n’ai pas tout dit. Alors, j’ajoute une petite cerise sur le gâteau.

Ingratitude politicienne.
Dans une intervention à Ouidah au cours de la dernière campagne présidentielle, un candidat, je ne dirai pas lequel, a fait preuve d’une honnêteté exceptionnelle quand il disait a peu près que le succès a quelque chose d’injuste : il profite à une petite minorité alors que les efforts ont été faits par une majorité. Supplément d’humilité, le politicien en question a rapporté cette réflexion à sa propre situation dont le mérite revient en réalité à de nombreux anonymes pas toujours remerciés comme il faut.
Cet aveu, geste de remord et d’élégance n’est malheureusement pas compris par l’écrasante majorité des politiciens et de leurs appendices qui sont omni présents partout de jour et de nuit pendant les précampagnes et campagnes électorales. Ils distribuent à la cantonade de larges sourires, de larges billets, de larges feuilles de tôles, et surtout de larges promesses. Les militants sont chéris car ils sont « à la page » comme une nouvelle mariée. On les envoie combattre partout, surtout dans le camp adverse qui est en fait chez nous un camp ennemi et non adverse. Certains y laissent d’ailleurs la vie. Oui, on fait tous ces sacrifices, notre politicien est élu ou nommé à un bon poste. Que se passe-t-il après ? Eh bien, il se passe souvent une ignominie. Notre ami est désormais aux abonnés absents. Il ne décroche plus son portable. Ou plutôt, il a tôt fait d’indiquer à ses VIP le nouveau numéro par lequel ils vont l’appeler. Il pense que tout le monde court derrière lui pour demander de l’argent ou pour être nommé quelque chose dans sa structure, ce qui est loin d’être le cas. En effet, il y a certains militants dont les droits sont violés et qui viennent demander tout simplement l’intervention de l’autorité. Cette autorité ne peut pas dire qu’elle ne leur doit pas ça. Le retour d’ascenseur n’est pas une charité. C’est un paiement de dette.
Malheureusement, nous sommes dans pays de débiteurs insolvables, arrogants et inhumains. Ils se réfugient solidement derrière leurs gardes du corps partout, leurs services du protocole ou leurs secrétaires formés au mensonge, les faux rendez-vous éhontés, etc. On ne me prendra pas en train de soutenir ceux qui assiègent en tout temps les autorités pour les empêcher de travailler. Ces personnes existent bel et bien et ne rendent aucun service à leur élu ou à leur militant nommé. Mais la majorité des personnes qui cherchent à voir les autorités ne sont pas des mendiants, ni des badauds.
Certaines autorités qui maltraitent ainsi leurs militants, leurs vieux amis et même leurs propres parents trouvent évidemment des arguments faciles pour justifier leur forfaiture, mais elles oublient parfois deux choses : primo, aucun pouvoir n’est éternel. Secundo, les surprises de la vie sont telles, que l’on a parfois un jour besoin d’une personne que l’on a méprisée ou persécutée. Le récent changement à la tête de notre pays n’en est-elle pas une parfaite illustration ? Malheureusement, nous sommes si suffisants, têtus, aveugles et sourds aujourd’hui, que les leçons de la vie ne nous servent à rien. C’est quand le pouvoir et la puissance nous quittent que nous nous rappelons que nous sommes des êtres humains insignifiants, et non Dieu. C’est dommage.

Que conclure ?
J’ai un ami qui m’a fait réfléchir un jour en me disant que quand il voit le comportement ingrat et inhumain de certains politiciens, il envie les animaux qui n’ont pas de politiciens dans leur espèce. Moi je n’irai pas jusqu’à cette extrémité, même si j’ai fait les mêmes constats que cet ami. Je ne compte plus personnellement sur une hypothétique bonté des élus ou nommés, car, à mon avis, ils ne changeront pas de si tôt, mais je prie plutôt Dieu de nous aider à ne plus avoir besoin d’eux. A les laisser vivre de façon égoïste les paradis qu’ils n’ont obtenus que grâce à nos sacrifices de militants anonymes. Si Dieu peut donner cette chance et cette fierté à chaque Béninois de la plus basse société, cela confirmera davantage que Dieu aime ses fils, y compris les plus faibles et méprisés. Mais cela finira par arriver.
Denis Avimadjessi 97 29 44 99

25-01-2017, La rédaction


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