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Entretien avec le Président Abdoulaye Bio Tchané : « Je m’engage à rembourser les spoliés de Icc »

Le président Abdoulaye Bio Tchané dresse l’état des lieux de la démocratie et de l’économie béninoise à la faveur d’une interview. Il revient sur ses motivations dans l’arène politique et sur ses relations avec l’actuel chef de l’Etat. En ce qui concerne les spoliés de Icc Service et consorts, il s’engage à les rembourser.

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Quel regard portez-vous sur la marche du Bénin ?
Abdoulaye Bio Tchané : Vingt-cinq ans après l’historique conférence nationale, le Bénin est perçu en Afrique comme un modèle de démocratie. C’est vrai que nous en avons les fondamentaux, mais force est de reconnaître que beaucoup de nos valeurs démocratiques ont été bafouées depuis quelques années, et cela nous rappelle que la démocratie est une quête perpétuelle pour laquelle nous devons nous battre. Par exemple, au sortir des élections communales et locales du 28 juin dernier, on a pu notamment se rendre compte qu’il a été difficle de mettre en place les conseils communaux et les mairies. Je dirai donc tout simplement que notre pays dispose de l’architecture de la démocratie, mais qu’elle n’est pas au meilleur de sa forme.

Au-delà de l’architecture démocratique, les résultats obtenus sur le plan économique ne semblent pas vous donner satisfaction…
Je trouve que nous sommes largement en deçà de notre potentiel. Je le dis parce que les Béninois nés après la conférence nationale ont 25 ans aujourd’hui et aspirent à obtenir les dividendes économiques de cette démocratie. En matière économique, le Bénin est nettement à la traîne lorsqu’on regarde les performances des économies africaines.
Au cours de la décennie écoulée, les pays africains ont connu une croissance économique moyenne supérieure à 5%, tandis qu’au Bénin, elle n’était que de l’ordre de 4%. Et ce n’est pas simplement une question de revenus miniers ou pétroliers. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les performances économiques d’un pays enclavé et sans ressources comme le Rwanda. Ce constat de contre-performance s’accentue lorsqu’on compare la dynamique de croissance du Bénin avec celle de son voisin nigérian, et je précise encore que dans le cas du Nigeria, les revenus pétroliers comptent désormais pour à peine 15% de la richesse nationale.
Les difficultés sont là, réelles, et beaucoup de chefs d’entreprises installées au Bénin vous le confirmeront. Un certain nombre d’entre ces entreprises ont fermé, tandis que d’autres ont réduit leur capacité de production. C’est malheureux à dire, mais l’économie béninoise ne se porte pas bien.
Sur les dix dernières années, ce sont 500 000 nouveaux Béninois qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de deux dollars (donc 1 000 Fcfa) par jour ! Le nombre total de pauvres au Bénin est aujourd’hui l’équivalent de la population totale de notre pays à l’indépendance. Ce n’est pas acceptable !

Avez-vous une baguette magique pour changer cette donne ?
C’est clair qu’il faut engager des réformes économiques profondes qui permettront de créer de la richesse et des emplois, mais il faut aussi que notre système institutionnel et politique évolue. Je ne dis pas que ce sera facile, mais s’il y avait une baguette magique pour y parvenir, je dirais qu’elle réside dans la méthode. Pour faire passer les réformes, il faut instaurer un cadre de dialogue permanent et un environnement plus consensuel. La classe politique dans son ensemble doit pouvoir échanger sur les grandes questions qui engagent la nation afin de mieux tirer avantage de notre potentiel.

Concrètement, quels leviers comptez-vous actionner pour faire du pays un « Bénin Triomphant », ainsi que le proclame votre alliance ?
Il y a d’abord le dialogue politique. Aujourd’hui, nous constatons, et c’est la confirmation des tendances passées, qu’aucun parti ou alliance de partis n’est capable à lui tout seul de diriger ce pays. Il faudra construire un rassemblement politique autour de la vision que nous avons pour notre pays. Pour moi, l’époque des messies est révolue. La conquête du pouvoir se fera désormais autour d’une équipe politique, et c’est une bonne chose pour la démocratie.
Cette plateforme politique devra également, au plan économique, s’entendre sur les principales réformes de gouvernance, ainsi que sur des réformes substantielles à entreprendre dans les secteurs clés de l’économie comme l’énergie, les services de base, afin qu’on puisse générer plus de croissance, aller vers la prospérité et créer des dividendes en termes d’emplois pour les jeunes. Enfin, il faut résolument s’appuyer sur le secteur privé béninois qui sera le levier de notre développement…

Boni Yayi vous a précédé à la tête de la Banque ouest-africaine de développement avant de devenir président du Bénin. Y voyez-vous le signe de votre destin ?
Le président Boni Yayi et moi n’avons pas eu le même itinéraire professionnel. La seule chose qui nous unit, c’est que nous avons présidé la Banque ouest-africaine de développement (Boad) l’un et l’autre. Mais si vous regardez la carrière de chacun, vous vous rendrez compte qu’il se dégage beaucoup de différences. Avant et après la Boad, j’ai dirigé à un très haut niveau des institutions avec des équipes que j’ai constituées pour obtenir des résultats probants.

Avez-vous fait la paix avec lui ?
Nous ne sommes pas fâchés, à ce que je sache ! Je ne peux me fâcher avec le président de la République…

Vos relations étaient pourtant tendues et vous ne vous rencontriez pratiquement pas jusqu’à l’audience du 23 juillet dernier…
C’est le président de la République qui juge de l’opportunité de rencontrer tel ou tel autre de ses concitoyens. C’est lui qui peut juger de l’intérêt d’écouter telle ou telle personnalité à tel ou à tel autre moment. Je m’en tiens à cela. Je n’ai pas besoin d’être fâché avec le président de la République, qui est avant tout une institution, qui occupe une fonction à laquelle j’ai aspiré, un poste que je briguerai probablement à nouveau. J’ai donc tout intérêt à respecter cette fonction-là.

Pourquoi dites-vous « probablement », alors que vous êtes bel et bien déjà dans la course au fauteuil présidentiel en 2016 ?
Je peux vous le dire, si Dieu me prête vie et me donne la santé, je briguerai la magistrature suprême de notre pays en 2016 et je m’y prépare activement avec mes amis et partenaires politiques… Mais je suis croyant et donc, je garde humblement la place pour la décision finale à celui qui, de là-haut, nous guide tous !

On dit que le président Boni Yayi redoute votre candidature…
Pourquoi la redouterait-il puisqu’il ne sera plus candidat lui-même. Le président Boni Yayi est dans son deuxième et dernier mandat et il n’a aucune raison de redouter ma candidature.

Avez-vous évoqué la prochaine élection présidentielle avec lui ?
Non, pas du tout !

Selon les estimations de l’Institut Bénin baromètre, qui publie depuis quelques semaines un sondage hebdomadaire sur l’élection présidentielle de 2016, vous arriveriez en tête dans les intentions de vote au premier tour. Cela vous surprend-il ?
Comme vous le dites vous-même, il s’agit d’un sondage. Ce qui m’intéresse, c’est d’être en tête lors du vote des Béninoises et des Béninois. Ceci dit, je suis arrivé troisième de l’élection présidentielle de 2011, malgré les conditions d’impréparation qui l’ont caractérisée en raison de mon arrivée tardive au Bénin. Aujourd’hui, les deux premiers de 2011 ne prennent pas part à la compétition. Il est donc normal que les populations me connaissent un peu mieux que les autres candidats. Et depuis 2011, j’ai choisi de m’installer au Bénin pour vivre aux côtés de mes concitoyens et mieux appréhender les attentes et les besoins de mes compatriotes. Aujourd’hui, j’ai déjà parcouru plus de 70 des 77 communes de notre pays.

Le même sondage révèle que vous êtes plus populaire auprès des femmes. Comment l’expliquez-vous ?
Je ne peux pas l’expliquer. Peut-être est-ce dû au fait que je considère que notre action doit contribuer à autonomiser davantage les femmes. Nous avons en effet mis en avant, depuis 2011, un certain nombre de projets économiques et sociaux pour leur donner un pouvoir économique. J’ai effectivement toujours pensé que nous réussirons une révolution si nous arrivons à sortir les femmes béninoises de la marginalisation économique qu’elles vivent aujourd’hui. C’est peut-être cela qui justifierait cet engouement des femmes.

En attendant, ce sondage est publié début août 2015, et mars 2016 est encore loin…
Mars est encore loin en effet, et j’espère que nous allons amplifier ce que reflète le sondage d’ici à là.

Votre credo, c’est « vaincre la pauvreté, le chômage et la corruption en reconnaissant qu’ils ne sont point une fatalité », n’est-ce pas un vœu pieux dans le Bénin d’aujourd’hui ?
Ce n’est pas un vœu pieux parce que nous en avons la capacité. L’Afrique, dans son ensemble, en a les capacités. La jeunesse africaine est mieux éduquée que par le passé. De plus, nous avons les ressources, y compris financières, pour y arriver. Le Bénin ne fait pas exception à cette donne. Quand je regarde le Bénin aujourd’hui, je me dis que le pays en a le potentiel parce que ce ne sont pas les ressources minières ou pétrolières qu’il faut pour développer un pays, mais avant tout et surtout des ressources humaines. Et nous les avons !

Si vous êtes élu, quelle sera votre première décision en tant que Président de la République ?
Sans hésiter, je vous réponds que l’une de mes principales décisions sera de m’engager à rembourser toutes les victimes du scandale ICC Services (une ONG à but non lucratif qui s’est lancée, de façon illégale, dans la collecte et la rémunération d’épargne, Ndlr). En effet, c’est l’une des manières de rétablir la confiance entre le peuple et les gouvernants dans notre pays.
Dans cette affaire, des milliers de Béninois ont été spoliés de plus de 150 milliards de francs Cfa (un peu moins de 229 millions d’euros). Quelle que soit la manière dont ce scandale est arrivé ou les responsabilités individuelles, l’Etat a failli dans sa mission de protection du citoyen et de l’épargnant. Le rôle de l’Etat est de protéger le citoyen et dans cette affaire, cela n’a pas été fait. Dans tout système financier, la confiance est primordiale et moi, je veux recréer la confiance et dire aux petits épargnants de ce pays que l’Etat sera désormais là pour les protéger.

Vos détracteurs ironisent sur votre ‘’naïveté’’ en politique. Peut-on faire de la politique sans être démagogue ?
Je pense qu’on a besoin de vérité, de clarté et de conviction en politique. Je n’assimile pas cela à de la naïveté, mais plutôt au respect des électeurs. C’est par conviction que j’ai décidé de soutenir Adrien Houngbédji de manière inconditionnelle pour la présidence de l’Assemblée nationale. Quand on voit le dénouement du scrutin, il est clair que le vote des deux députés de l’Alliance que je préside a été déterminant dans cette élection. Je vous disais tout à l’heure que je pense que le choix des Béninois se portera désormais sur une plateforme politique. Pour y arriver, il faut sceller un contrat de confiance avec nos compatriotes dans la sincérité et c’est ce que je leur proposerai le moment venu.

Avant vous, beaucoup de personnes ont tenu un tel discours …
Croyez-moi, j’entends rester moi-même. J’ai assumé des fonctions importantes par le passé, notamment comme ministre des Finances dans le gouvernement du président Mathieu Kérékou pendant quatre ans. Et je demande à être jugé sur mes actes. Au cours de cette période, j’ai essayé honnêtement de mettre en œuvre un certain nombre de réformes et d’œuvrer résolument pour la lutte contre la corruption. Je parlais tantôt de méthode, c’est donc la méthode qu’il faut interroger. Je ne compte pas changer de méthode, je compte conquérir le pouvoir avec des femmes et des hommes compétents, qui ont une vision pour ce pays. Je ne changerai pas demain pour plaire à certains.

Etes-vous resté proche du président Mathieu Kérékou ?
J’ai beaucoup de respect pour lui parce que c’est un homme d’Etat qui a su mettre les intérêts de la nation et de son peuple au-dessus de tout. C’est un infatigable artisan de l’unité nationale. C’est à cette école que j’ai été et ce sont ces valeurs-là que je cultive.

Avez-vous été surpris, comme beaucoup de personnes, par la nomination de Lionel Zinsou au poste de Premier ministre ?
Non, je n’ai pas été surpris parce que je pense que cette nomination intervient dans la continuité de l’action des deux hommes. M. Lionel Zinsou a été le conseiller du président de la République pendant plusieurs années. Il n’est pas étonnant que le chef de l’Etat promeuve un de ses conseillers. S’y ajoute qu’il est compétent et engagé pour l’Afrique et son pays. Ce sont des qualités qui sont nécessaires pour réussir. Et c’est ce que je lui souhaite.

Comprenez-vous les récriminations qui ont suivi cette nomination ?
Je n’ai pas à porter de jugement. Chacun exprime son opinion sur cette décision et j’ai suivi comme vous le sentiment de certains de nos compatriotes qui ont estimé que ce choix n’est pas judicieux.

Certains médias présentent Lionel Zinsou comme le candidat de la France. Partagez-vous cette analyse ? En êtes-vous inquiet ?
Je n’ai pas d’opinion sur cette analyse.

Le poste de Premier ministre n’est pas inscrit dans la Constitution du Bénin. Pensez-vous qu’il faille revoir la Loi fondamentale à ce sujet ?
En 2011, lorsque je me présentais pour la première fois à l’élection présidentielle, j’avais proposé un certain nombre de réformes, dont la constitutionnalisation du poste de Premier ministre. Cependant, il faut le définir un peu plus. On a probablement besoin d’un tampon entre le président de la République, qu’il faut maintenir dans ses fonctions de responsable suprême, et le gouvernement. Je pense qu’il est important d’avoir ce poste, et vous remarquerez du reste que dans notre environnement régional, il existe un Premier ministre dans tous les pays, pour ne prendre que l’exemple de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine, Ndlr). Nous en avons besoin. Ce qui ne justifie cependant pas un gouvernement pléthorique et une architecture complètement dysfonctionnelle.

On dit que la trajectoire du président ivoirien, Alassane Ouattara, vous inspire beaucoup…
Je suis en admiration pour ce qu’il réalise pour son pays et dans son pays. Je passe régulièrement en Côte d’Ivoire pour des raisons professionnelles et je suis chaque fois séduit par ce qui s’y passe sous la direction d’Alassane Ouattara.

On dit aussi qu’il est l’un de vos soutiens…
Oui, j’ai beaucoup de proximité avec le président Alassane Ouattara, qui a été mon patron à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, et qui est resté un grand-frère et un ami. Je l’écoute beaucoup. C’est quelqu’un pour qui j’ai effectivement beaucoup de respect et d’amitié.

Ancien ministre des Finances, ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international, ancien président de la Boad… Qu’êtes-vous venu chercher dans cette galère politique ?
Se mettre au service de ses compatriotes n’est pas une galère. Quand on a eu le parcours qui est le mien, on ambitionne à un moment donné de faire plus pour son pays, ses compatriotes et pour l’Afrique. J’ai toujours été un homme de devoir et d’action. C’est ce qui me guide.

Selon vous et au regard de vos expériences multiformes, quels sont les trois principaux leviers que doivent actionner les dirigeants africains pour assurer la paix, la sécurité et le développement au continent ?
D’abord, la gouvernance. Tous les leaders du continent ou étrangers qui regardent comment fonctionnent nos pays africains vous diront que la principale chose, c’est la gouvernance. La gouvernance politique, mais aussi la gouvernance économique. Ensuite, il faut mettre l’accent sur les réformes de l’éducation à tous les niveaux : primaire, secondaire et supérieur.
Nous avons besoin de faire en sorte que notre système éducatif converge avec le système économique. On ne continuera pas à former des gens qui deviendront des chômeurs. A cet effet, l’une des réponses est d’aller vers la professionnalisation de la formation. Enfin, il faut s’investir dans de judicieuses réformes économiques pour permettre de tirer le meilleur de notre potentiel.
Cell Com ABT

23-11-2015, La rédaction


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