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Kpossou François, au sujet des législatives de 2019 : « Au niveau des Républicains, nous voulons donner des signaux forts »

Kpossou François est un acteur politique de la 6ème circonscription électorale, engagé au sein du Bloc Républicain. A travers cette interview, le Président de l’ex parti Mouvement convergence pour la République (Mcr) défend les idéaux du parti du Cheval cabré et revient sur la place accordée à la jeunesse et aux femmes au parlement.

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La politique, dit-on, est l’apanage des plus expérimentés. Cependant, malgré votre jeune âge, vous vous battez pour une place dans l’arène politique. Qu’est ce qui justifie cet engagement ?
Très jeune, je n’y crois pas. Peut-être que c’est le physique parce que je suis un footballeur. J’ai déjà au-delà de 40 ans. Je crois en cet engagement parce que j’ai particulièrement remarqué que la politique est le sous bassement de toutes les initiatives de développement économique, social et même spirituel d’un pays. J’ai donc constaté que dans notre pays essentiellement, il y a certaines catégories de la population qui n’aiment pas du tout s’approcher de ce monde. Cela faisant, nous ressentons en tant que citoyen les effets de l’absence de minimum d’éthique dans le domaine politique chez nous.

En votre qualité de responsable d’un mouvement politique, depuis quand militez-vous aux côtés du Président Patrice Talon ?
Le Mouvement convergence pour la République a soutenu le Président Irénée Koupaki. C’est nous qui avons piloté sa campagne électorale dans l’Atlantique. Ça a été un choix démocratique au cours duquel les militants du parti à l’occasion d’une convention, sans aucun accord avec lui, ont décidé de ce choix. Son projet de société répondait bien à nos attentes. Bien évidemment le Président Patrice Talon arrivé deuxième à l’issue de la Présidentielle, il fallait quand même respecter les décisions du parti et ces textes. Ce qui a été fait. Vous rappelez-vous qu’au 2nd tour, le président Koupaki a demandé de voter pour le Président Talon. Nous étions donc à l’aise de respecter cette consigne-là. Notre leader est resté membre du gouvernement jusqu’à ce jour. Nous continuons nos efforts. D’aucuns nous demandent pourquoi nous n’avons pas continué avec Koupaki. Nous ne sommes pas membres de la Nouvelle conscience. Nous sommes des partenaires. Nous l’avons identifié juste pour l’accompagner le temps que notre parti rejoigne, lorsque cela sera nécessaire le groupe qu’il faudrait. C’était donc des engagements très clairs et cela ne posait aucun problème.

Comme vous le savez, en matière de gouvernance, il n’y a pas d’œuvre parfaite. Pourquoi avoir choisi de continuer avec Patrice Talon, malgré les critiques contre le régime ?
Notre pays a besoin de certaines réformes fondamentales. Nous avons remarqué que le Président Talon a démarré de façon courageuse certaines réformes qu’on aurait dû faire depuis un certains nombres d’années. Nous sommes tous conscients aujourd’hui qu’il y a une réduction visible du train de vie de l’État. Nous n’avons plus l’occasion de voir des ministres qui vont faire des messes d’actions de grâces, des meetings au nom du chef de l’État suite à une nomination. En matière d’éthique politique, on n’en a pas besoin. Un ministre est un haut cadre appelé à servir ponctuellement. Vous constatez que les ambitions développées dans le PAG intéressent plus d’un. On voit aujourd’hui les effets visibles de la lutte contre la corruption. J’ai été gestionnaire de projets par le passé. J’ai eu l’occasion d’élaborer pendant une dizaine d’années le budget de mon ministère. Je sais comment ça se passait. Mais aujourd’hui, le coordonnateur de projet, ou tout gestionnaire de finances publiques, même s’il veut passer un marché public a la crainte de l’État, la crainte d’être sanctionné. Je crois que c’est une chose très importante. Je voudrais souhaiter que les effets économiques de la lutte contre la corruption soient exploités pour des investissements nécessaires au développement.

Vous avez donc choisi de militer au sein du Bloc Républicain. Mais vous êtes dans une Circonscription électorale où vos amis d’en face sont pré dominants. Pourquoi ce choix de façon disparate ?
Notre cursus dans un passé très récent sur les deux dernières années après la naissance du Mouvement convergence pour la République le 11 février 2017. Quand on a déclenché la réforme du système partisan, alors qu’on se préparait à aller seul aux élections, nous avons constaté que la réforme était capitale. Il vaut mieux laisser les individualités et aller à l’école des grands regroupements. Alors, après avoir traversé la dynamique unitaire classique, nous avons découvert dans l’Union nationale démocrate un cadre politique où nous avons la concentration des forces politiques nouvelles. Il y a eu une concentration de la force politique de la jeunesse et avec le Président Vidégla Auguste. Il y a eu une réelle préparation et la formation de la jeunesse à l’exercice du pouvoir d’État. C’est pour ça que nous y sommes restés. Nous y étions restés dans la logique de pouvoir en faire une force politique nouvelle, basée sur des principes nouveaux. Mais hélas ! Dans la suite, il a été décidé que nous n’ayons pas dans le pays plus de deux partis politiques. Et là, nous avons fait une analyse politique.
Sommes-nous des socio-démocrates ou des libéraux. Nos analyses ont conclu que nous sommes beaucoup plus libéraux que socio-démocrates. D’abord nous, dans le Mouvement convergence pour la république, nous avons déjà choisi le républicain comme étant notre idéologie et notre philosophie politique. Et à l’Und, cette idéologie concordait déjà avec nos pairs. C’est pour cela que nous sommes allés au Bloc républicain et nous nous battons pour pouvoir y rester.

Comment pensez-vous y arriver compte tenu des enjeux ?
Je suis de la 6ème, plus précisément de l’arrondissement d’Akassato. C’est un arrondissement qui n’a jamais eu pratiquement de membre du gouvernement. Il faut donc se battre pour garder l’identité de cette zone. Ce sont les parents, les jeunes, des écoliers, des étudiants qui ont cotisé pour la création de ce parti que je présidais à l’époque. Il fallait continuer à se battre dans ce réseau et garder cette identité jusqu’au bout. C’est pour cela que malgré les pressions que nous subissons de part et d’autres, nous résistons surtout aux biens matériels et financiers. Nous tenons fermes pour dire haut et fort que nous sommes républicains et nous y restons. Et je crois personnellement que la philosophie qui consiste à créer d’abord les entreprises fortes, avoir d’opérateurs économiques forts, les industriels capables de produits des biens et services de masse sont les défis à relever pour le Bénin pour régler les problèmes de la pauvreté de façon pérenne. Les gens viennent vous voir et vous leur donnez 1000 Fcfa ou 5000 Fcfa. Ils vont consommer et vont revenir vous voir après. Ça ne répondra pas à la réduction de la pauvreté. C’est pour cela que l’idéologie républicaine m’intéresse particulièrement et intéresse les jeunes qui travaillent avec moi. Nous allons y donner un contenu malgré tous les coups qu’il y a à l’intérieur.

Du libéralisme pour du libéralisme. Nous avons aujourd’hui un opérateur économique fort au pouvoir et qui met en marche notamment cette philosophie en place. Nous sommes dans un cadre macro-économique où ça crée autant de grincements de dents. Ne pensez-vous pas qu’il faille parfois diluer ce libéralisme ?
Nous sommes dans un pays qui n’a jamais subi la guerre. Il n’y a jamais eu de révolution troublante pour bouleverser les pratiques. La plupart des entrepreneurs que nous avons dans le pays y compris lui-même font des achats et les revendent. A 90%, quand un jeune dit qu’il est opérateur économique, c’est qu’il a fait des affaires avec l’État. C’est-à-dire qu’il achète un bien, il vient le livrer à l’État et fait des bénéfices. Ce n’est pas ce que nous appelons du libéralisme. Pour nous, le libéralisme est que le Bénin est à même de produire du coton. Il faut bien avoir le courage d’installer ici des industries de textiles que vous et moi pouvons porter et contraindre le béninois par la protection à pouvoir acheter ce textile pour pouvoir employer les autres. C’est cette forme de libéralisme qu’il faudra pour tenir à la concurrence étrangère. L’Etat est comme un ménage. Si vous ne faites que consommer de biens et que vous ne produisez rien, vous êtes enclin à la pauvreté. Et c’est cette forme de pauvreté que nous vivons. Les 27 ans de la révolution que nous avons eue auraient dû amorcer le règlement du problème, mais ça n’a pas été le cas. La démocratie a versé dans du populisme à outrance. Le développement donc n’a véritablement pas été amorcé. Je suis d’accord que nous ne devons pas aller avec la main forte toute de suite. Mais il faut à un moment relâcher un peu puisqu’il sera difficile de changer les habitudes acquises depuis des décennies. C’est pourquoi, je suis d’accord avec vous que le Président doit essayer de revoir à la baisse la pression financière ou économique qu’il y a sur les citoyens afin que l’effet des réformes qu’il a initiées puisse être vraiment durable.

Au-delà des querelles internes sur le terrain, dans la 6e circonscription, quelles sont les chances des Républicains ?
Nous sommes les plus chanceux pour le moment. Les gens veulent du changement, de nouveaux leaders. Il y a des gens dont la population ne veut plus entendre parler. La jeunesse veut se faire hisser. On veut voir une autre manière de faire la politique. Ainsi, au niveau des Républicains, nous voulons donner des signaux forts. Si le Président nous écoute, nous positionne, nous allons faire de la révolution. Nous sommes en train de nous y préparer. Nous sommes très nombreux dans la danse. Nous essayons de faire les concessions nécessaires pour que cela ne vire pas au vinaigre. C’est pour cela que nous y sommes, nous y tenons et réclamons du soutien.

Pourquoi réclamez-vous qu’on vous soutienne ?
Nous n’avons jamais été au gouvernement. Parmi nous, il n’y a pas de DG. Nous cotisons pour faire toutes les activités. Il n’y a donc pas de ministre, d’ancien député. Si c’est réellement la volonté du Président Patrice Talon, le renouvellement de la classe politique peut commencer par la 6ème circonscription électorale. Nous en avons les moyens, nous en avons la volonté. C’est important.

Quelles raisons les jeunes et les femmes ont-ils à adhérer aux idéaux des républicains ?
Les femmes, c’est notre champ nouveau de leadership politique qu’il faut cultiver. Au Bloc républicain, il est recommandé dans l’étude du possible qu’il y ait 30 % de femmes dans toutes les structures des instances de prises de décisions même sur les listes électorales. Nos statuts et règlements dont j’ai contribué à l’élaboration ont prévu cela de façon très claire. Ça veut dire que c’est un facteur juridique d’attraction et que les femmes peuvent venir. Je voudrais profiter de votre occasion pour lancer un appel à nos sœurs qui s’amusent à jouer à la facilité. Nos femmes pour le moment n’aiment pas prendre le risque politique. Elles attendent les faveurs. Elles sont censées se battre. Ce n’est qu’en 1940 après la 2nd guerre mondiale que la France qui est un pays de vieille démocratie, a pu donner le droit de vote à la femme. Ce qui veut dire que malgré que nous sommes allés à une démocratie libérale, on doit pouvoir faire notre démocratie de façon progressive. N’ayant pas pris toutes ces mesures, tout le monde se croit capable de s’adonner à cet exercice. Les femmes particulièrement doivent prendre leur responsabilité. L’initiation politique doit commencer au même titre que l’éducation primaire pour les filles. Elles doivent se battre pour être responsables dans leur école, université, etc.

S’il vous est demandé de faire quelques suggestions au Chef de l’Etat, quels conseils lui chuchoterez-vous ?
Je crois qu’il est pratiquement à la moitié de son mandat. C’est le moment de faire une évaluation. D’abord une évaluation gouvernementale de son équipe parce que j’ai compris et accepter que c’est juste, ceux qui ont été proches de lui et accompagnés au 1er tour qu’il a positionnés pour le moment. Je ne dis pas qu’il n’a pas positionné les autres. Mais je dis de faire une évaluation pour voir les autres, ceux-là qui politiquement sont rentables puisqu’il est à son 1er mandat pour que son 2nd mandat puisse être garanti parce que s’il ne le garantit pas, les réformes qu’il a initiées risquent de ne pas s’enraciner profondément. La 2ème chose que je peux lui recommander, c’est de faire une évaluation des nombreuses unités présidentielles de suivies et apprécier leurs pertinences par rapport notamment aux rôles qu’ils jouent au ministère du plan et celui de l’économie. Cela lui permettrait d’avoir encore une vision plus claire sur comment il va gérer le reste du PAG, je le crois bien.

Je souhaiterais que vous nous donniez votre baromètre d’appréciation sur le terrain puisque nous nous savons qu’il y a d’autres formations politiques qui se réclament de la mouvance présidentielle.
C’est normal. Je vous ai donné ce qui caractérise le bloc républicain de la 6ème circonscription. C’est composé pour la plupart et c’est l’essentiel des forces politiques nouvelles. Des forces politiques conduites par la jeunesse. Moi-même qui suis là, je suis le superviseur départemental Atlantique de l’Union nationale démocrate. Le président de Bénin en route est avec nous. Nous sommes donc un certain nombre. Nous ne sommes que des jeunes dans cette force politique. Et c’est là également notre force. Un minimum de moyens et nous allons réaliser l’impossible.

Que retenir pour conclure notre entretien ?
Nous avons la volonté. Nous sommes disponibles. Nous sommes préoccupés par la nécessité de changer les choses. Nous ne pourrons jamais être en mesure de payer le prix pour ce que vous faites pour nous. Mais nous allons jouer notre partition. A l’endroit de nos partenaires politiques du Bloc républicain, aujourd’hui nous sommes en train de faire des concessions nécessaires. Il y a beaucoup de turbulences sur le terrain, beaucoup d’agitations qui n’ont jamais été connus dans nos zones d’intervention. Que ceux qui vont concevoir les listes électorales, que le Président de la République, le présidium du Bloc républicain puissent être très regardants pour voir qui positionner. Je voudrais enfin dire à la population de nous faire confiance. Le problème ne se pose pas en termes de mouvance ou d’opposition, mais en terme de la qualité de représentation au parlement pour que nous puissions avoir des lois en phase avec les réalités.
Propos recueillis par Arnaud DOUMANHOUN

6-02-2019, La rédaction


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