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Le Bénin sous Patrice Talon : Six mois de gouvernance contrastée

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Que le temps passe si vite ! Ce n’est plus 100 jours. Mais bien six mois déjà que le président Patrice Talon et son gouvernement ont pris le pouvoir d’Etat et connaissance des grands dossiers de la nation. Plus de 180 jours donc que la rupture imprime sa marque de gouvernance au rythme de grandes satisfactions mais aussi des appréhensions du peuple. Comme un train à grande vitesse, le temps de l’état de grâce est passé avec la bonne nouvelle d’une solution à la crise énergétique.
Evidemment, le développement passe par la maîtrise de l’énergie électrique, et dès les tout premiers jours de son avènement au pouvoir, le président Talon s’y est attelé. Et si les coupures intempestives de courant sont, depuis lors, un vieux souvenir, les Béninois ont, comme par enchantement, retrouvé le plaisir de suivre la télévision nationale. La politique-spectacle en moins sur leurs petits écrans, ils ont également apprécié la paix sociale jusqu’ici conditionnée par l’effectivité et le dynamisme qui caractérise le dialogue entre l’Etat et les centrales syndicales. De plus, la rupture, après certaines abrogations et suspensions judicieuses, a relativement réussi à mettre le peuple au travail. La quête permanente d’une bonne gouvernance et pour être plus précis, la gestion sur la base d’objectifs exigée aux cadres peut, à long terme, s’avérer productive dans la perspective du décollage économique du Bénin.

Une gouvernance mi-figue, mi-raisin
Mais, six mois d’expérience et la gouvernance Talon n’a pas servi que des chocolats. Bien au contraire. Elle manque cruellement de rassurer les détracteurs et curieusement de plus en plus ses défenseurs. Des décisions qui font grincer les dents ne se comptent plus. Des décrets à polémique comme celui de l’interdiction d’activités aux mouvements et associations estudiantins continuent de faire dresser les cheveux sur la tête. Avant, les Béninois sont restés dubitatifs suite au limogeage pur et simple et sans au préalable un avertissement du conseiller technique juridique du ministre d’Etat en charge du plan, Abdoulaye Bio Tchané, pour avoir émis des réserves sur une décision prise en conseil des ministres.
Pis, objet de raillerie sous le régime défunt, la reculade notamment celle relative à l’interdiction de l’exportation des produits forestiers n’a pu être évitée sous la rupture. D’ailleurs, comme si rien n’a changé sous le soleil, le Nouveau départ cultive une myopie suspecte sur la question de la vente du kpayo aux abords des trottoirs et son cortège d’insécurité. Même les audits et les sanctions qui devraient s’ensuivre promis au peuple ont, d’ores et déjà, commencé à ressembler plus à des épouvantails qu’à autre chose.

A la Marina et loin du peuple qui a faim ?

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Six mois sans un projet de gouvernance, une boussole pour le Nouveau départ, et l’évidence est là avec des mécontentements dans le rang des soutiens à l’Assemblée nationale et parmi les acteurs sociaux. L’exemple le plus tangible est celui de la carte universitaire pour laquelle les députés de la mouvance présidentielle à l’instar de Idji Kolawolé, Guy Mitokpè, Orden Alladatin sont restés sur leur faim quant à la non concertation des députés proches du régime en place avant la prise de décisions aussi sensibles. Il en est de même de cette annonce, dans un méli-mélo indescriptible, du recrutement de 80 auditeurs de justice en conseil des ministres.
Et comme c’est désormais de coutume, cette décision fait aussi des vagues. L’Unamab dénonce la procédure et fait des mises en garde. Pendant ce temps, le panier de la ménagère maigrit de façon draconienne. Mais, le peuple n’a pas que faim. Il doit faire face à l’insécurité grandissante, conséquence du capitalisme sauvage qui sacrifie des emplois et met à l’arrière-plan le social. Alors, que peuvent bien attendre les Béninois du Nouveau départ qui ne respecte pas les décisions de justice (affaire Fbf), où des ministres ne déclarent pas leurs biens et qui, en six mois, apprend déjà goulûment à violer la Constitution ?

L’heure des critiques constructives !
En somme, mi-figue, mi-raisin, la gouvernance Talon est encore très loin de faire l’unanimité. Pourtant, a priori, l’ancien homme d’affaires et ses plus proches collaborateurs ont des capacités intrinsèques pour tenir le gouvernail du navire Bénin. Mais déjà, faudrait-il qu’ils soient perméables aux critiques et proches du peuple fatigué des discours creux, de se sacrifier pour que d’autres s’engraissent et qui plus jamais, a des appréhensions sur le vrai visage du Nouveau départ. Car, les Béninois ne sont pas amnésiques et se rendent compte que les régimes passent mais les promesses électorales et celles des premiers jours de prise du pouvoir n’engagent que ceux qui y croient. Sinon, qui dira que les nominations politiques ne priment pas sur la compétence ? Qui peut jurer qu’avec des nominations de remerciement, la corruption sera vaincue ? Talon a fort à faire. Les Béninois ne veulent pas la mort du pécheur mais qu’il se repente et assume son engagement de travailler au bonheur de ses compatriotes. Rien que ça !

7-10-2016, Angelo DOSSOUMOU


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