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Lutte contre la corruption au Bénin : Pourquoi Talon refuse de publier les résultats des audits

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L’opinion publique devrait se calmer quant à sa soif précipitée de justice dans les nombreux scandales qui ont éclaboussé le pouvoir d’Etat au cours de ces dix dernières années. Le gouvernement de la rupture a décidé de préserver la présomption d’innocence des personnes épinglées dans les différents rapports d’audits commandités par le régime. « Certains rapports d’audits sont prêts. Est-ce qu’il faut les publier en l’état ? Les résultats devront être transmis au juge. Le procureur de la République sera saisi sur ces cas », a déclaré hier le ministre de la justice, Joseph Djogbénou.
En effet, pour le garde des sceaux, ce serait faire preuve de ‘’cynisme’’ que de livrer ces gens à un lynchage médiatique. Une décision qui ne manque pas de pertinence lorsqu’on sait que la publication de ces résultats d’audits pourrait donner lieu à des règlements de comptes politiques alors même que le mis en cause n’aurait pas encore eu le droit de se défendre devant un juge. A cet égard donc, l’on devrait applaudir cette décision du régime Talon qui aura aussi l’avantage de préserver la paix sociale.
Toutefois, l’option du gouvernement pèche par rétention d’informations sur de potentiels pilleurs de l’économie nationale qui, en attendant que le droit ne soit dit, auront la liberté de commettre d’autres forfaits ou pourraient connaitre une promotion sous le soleil du Nouveau départ. Pourquoi ne pas publier les résultats des audits et laisser les uns et les autres se mettre à la disposition de la justice pour laver leur honneur ? Le peuple n’est pas dupe. D’ailleurs, des députés ont refusé, il y a quelques mois, d’offrir à l’un des leurs, la possibilité de se défendre devant la justice dans une affaire de corruption. Que craint le gouvernement ? Est-ce véritablement une meilleure option que de continuer à faire du fétichisme autour des rapports d’audits, au point de gonfler les suspicions dans l’opinion ? En tout cas, c’est un pari risqué. « Je ferai de la lutte contre la corruption un combat de tous les instants et de tous les jours et qui n’épuiseront pas les efforts inlassables de la justice et de la société civile destinés à mettre un terme à l’impunité. À cet égard et pour en donner le gage nécessaire, je déclare du haut de cette tribune, que non seulement je m’y suis préparé mais j’affirme que je suis déjà prêt maintenant et tout de suite », ces propos prononcés par le Chef de l’Etat lors de sa prestation de serment le 6 avril dernier sont encore vivaces dans les esprits. Il faudra joindre l’acte à la parole. Pas de parjure. La matière existe (les audits sont nombreux) et pour la crédibilité d’un régime qui se veut celui de la rupture avec l’impunité, l’échec ne sera pas admis. Comment peut-on être promoteur de réformes pour remettre le pays sur les rails du développement si l’on se laisse englouti par les compromissions ? Talon doit donner le ton.
Il faut d’ores et déjà observer que les députés sont tout aussi intéressés par les résultats de ces audits. L’honorable Dakpè Sossou, un proche du pouvoir, dans une question orale adressée au gouvernement en septembre dernier, a voulu savoir : ‘’Le mécanisme mis en place par le gouvernement pour rayer ou limiter au maximum la corruption au Bénin, le nombre réel d’audits commandités à cet effet, les résultats obtenus et le niveau de saisine de la justice de chaque dossier’’, et réclame pour le compte de la représentation nationale, le rapport de tous les audits réalisés. Sera-t-il servi ? Pas si sûr, si on s’en tient aux propos du garde des sceaux, bien que l’élu de la 18e circonscription électorale soit dans l’exercice de son droit de contrôle de l’action gouvernementale. Déjà, à défaut donc de les publier, le minimum serait leur transmission aux députés. Mais, le ministre Djogbénou n’a même pas été précis sur le niveau de saisine de la justice. ‘’Le procureur sera saisi’’, a-t-il lancé. Bref, l’essentiel pour les Béninois est que la justice soit dite quoiqu’en soit les options choisies. Que la lumière soit faite sur les dossiers : machines agricoles, Maria Gléta, véhicules d’occasion, construction du siège de l’Assemblée nationale, vente de domaine public…et la liste n’est pas exhaustive. Des milliards se sont évaporés au moment où le peuple manque du minimum vital. La balle est dans le camp de la rupture, Talon doit prouver sa bonne foi.

9-11-2016, Arnaud DOUMANHOUN


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