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Ousmane Alédji sur les sept mois de la gouvernance Talon : « La pression de la classe politique manque pour pousser vers l’avant. Ce n’est pas normal… »

Ecrivain, Directeur artistique, formateur, metteur en scène et soutien politique des premières heures du chantre du Nouveau départ Patrice Talon…Plusieurs casquettes sur la tête bien pleine et bien faite d’Ousmane Alédji qui, après moult hésitations, a fini par céder à la tentation de se confier. Dans la matinée du jeudi 17 novembre 2016 au centre artisttik Africa où il reçoit l’équipe de journalistes de Fraternité entre les quatre murs de son bureau exquisément décoré à la hauteur de sa réputation, Ousmane Alédji ne cache pas ses inquiétudes, insatisfactions, frustrations après sept mois de gouvernance Talon. De sa fluette voix, il se prononce sur l’Affaire Ajavon, la morosité économique, les propos du chef de l’Etat à Parakou, la gestion de la chose culturelle, le Programme d’action du gouvernement (Pag) et veut bien croire que la classe politique prendra ses responsabilités et aidera le régime en place à trouver la meilleure méthode pour aller de l’avant. Entretien.

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M. Ousmane Alédji, vous faites partie de ceux qui à visage découvert ont œuvré avec détermination pour l’élection du président Talon, dite-nous, sept mois après, comment appréciez-vous sa gouvernance ?
D’abord vous ne me rendez aucun service en rappelant cela aujourd’hui, pour la simple raison que les princes n’aiment pas être redevables ; ensuite, parce que j’aime mieux être du côté du peuple. Je suis plus à l’aise avec l’idée que c’est pour ce peuple que nous nous mettons en danger. Maintenant, celui à qui ma position a profité, c’est effectivement le Président Talon. C’est sa chance. Je ne suis pas un passionné de Talon, loin de là. C’est sa chance ! Donc, il ne me doit rien. Quant à son bilan… je ne peux pas être objectif si je dois l’aborder de façon générale. C’est extrêmement difficile de se prononcer aujourd’hui sans laisser entendre quelques amertumes et quelques frustrations. Nos amis ne font pas beaucoup d’effort pour nous rendre la tâche facile.

En quelques mots quand même…
De ma posture, d’un soutien de principe, j’ai peur de donner des éléments à la classe politique dans son ensemble qui, de mon point de vue, ne fait pas son travail. On laisse faire alors que ça ne devrait pas être le cas. On devrait débattre publiquement de tous les sujets. Prendre le risque de déplaire. Alors, si j’ai une observation, elle est moins orientée sur la gestion et la gouvernance du président Patrice Talon que sur l’ensemble de la classe politique. A priori, on est dans le "qui ne dit rien consent".

Vous êtes vous-même très prudent.
Normal. Je ne suis pas un politicien moi.

Vous ?
Oui. Moi. Je fais de la politique parce que j’ai une parole publique, citoyenne. Mon métier, c’est écrivain et metteur en scène. Les politiciens ce sont les carriéristes, ceux qui vivent aux frais de la Princesse depuis 25 ans. Certains le sont toute leur vie, d’autres encore de père en fils… c’est d’abord à eux de bien faire leur job. Je ne peux pas accepter qu’on entretienne des gens avec mes impôts et revenir faire leur job à leur place.

Revenons à votre bilan du régime après sept mois ?
Vous insistez. Ecoutez… du point de vue personnel, j’ai quelques insatisfactions et j’avoue aussi que j’ai quelques frustrations, pour ce qui relève des urgences : éducation, santé, eau, électricité… Bref, je m’attendais à des méthodes autrement maitrisées et efficaces. Je me disais qu’à cette date qu’on sera bien loin, bien loin des résultats actuels. Mais, je vous le dis, la pression de la classe politique manque pour pousser vers l’avant. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas des sujets qui ont manqué il y a eu beaucoup de suspension, d’abrogations, d’interdictions totalement discutables sinon même inacceptables. La classe politique s’est plutôt murée dans un silence connivent et complice. Sans une partie de la presse, les responsables syndicaux dont l’on dit à tort beaucoup de mal, nous serions dans un Etat muet.

Comment expliquez-vous cela ?
Quand un régime s’installe, il a le soutien de tout le monde. Les gens attendent encore peut être leurs strapontins, quelques présents, quelques récompenses. Qui parle perd sa place.

M. Aledji, sept mois après l’avènement d’un régime que vous soutenez, il y a la morosité économique, les Béninois peinent à joindre les deux bouts. Selon le Président, ils sont impatients de voir leur vie changer.
Il faut se garder de jeter la pierre au peuple. Nous avons été en compétition avec d’autres pour décrocher ce fauteuil. Cela, il faut l’avoir en permanence à l’esprit. Nous nous sommes battus pour gagner la confiance du peuple et gagner les élections. Le peuple qui veut vivre mieux n’a pas le temps d’attendre. Il faut que le chef de l’état et son gouvernement trouvent un moyen de rassurer l’opinion, le peuple. Repenser la méthode actuelle. Le sentiment de désinvolture que l’on reproche au pouvoir actuel vient du fait que la distance que l’on a incidemment établi entre le peuple et ses autorités se creuse. C’est impossible à défendre sur la durée. Je pense vraiment que c’est une question de méthode. Faire en sorte que quand bien même ça prend du temps, le peuple n’ait pas le sentiment que vous l’avez relégué au second plan, ou encore oublié. Tout est question de méthodes. Ils ont négocié pour mériter la confiance du peuple, ils doivent tout faire pour en être à la hauteur. Ce n’est jamais la faute au peuple.

Jamais ?
Jamais. Ou vous lui donnez ce qu’il attend ou il vous vire ; dans le second cas, on parle de révolution. La responsabilité est imputable au peuple et non la faute. Jamais la faute !

Maintenant, Talon nous demande de serrer les ceintures ?
Cela veut dire qu’il veut gouverner des squelettes (rires). Je crois qu’il disait ça pour être sympathique. Ne dramatisons rien. C’est du troisième degré.

Le contexte est carrément dur du fait qu’on est passé d’un régime porté vers le social à un régime capitaliste sauvage. Est-ce que vous avez la même lecture ?
C’est exagéré. Sauvage, non. Libéral et égocentré… peut-être ! Mais pas sauvage. C’est vrai qu’il y a quelques projets sociaux qu’on aurait pu garder ou faire évoluer et non les suspendre ou les supprimer. Mais sachons préserver l’essentiel. Je veux dire… Personne, aucun responsable a priori, ne peut avoir pour rêve de punir le peuple qui l’a élu et dont il tient sa légitimité. C’est pour cela que j’insiste sur le défaut de méthodes bonnes et efficaces. Ça va venir.

Toujours dans ce sens, il y a eu tout récemment l’affermage des hôpitaux de zone de Covè, Djidja et Djougou. N’est-ce pas une manière de privatiser la santé dans des zones où tout le monde n’a pas les moyens de se faire soigner ?
N’étant pas technicien des hôpitaux et de l’économie, j’ai surtout été attentif aux débats qui se sont déclenchés sur les médias. Je fais observer qu’ailleurs, le secteur de la santé est subventionné. Je suis un peu septique quand j’apprends qu’on est en train de céder à des privés le souffle du peuple. Les Hôpitaux privés existent partout certes, mais ils relèvent d’un privilège réservé à quelques bourgeois. Je ne connais pas bien le fond de ce dossier et l’intérêt de la démarche n’est pas perceptible. Si c’est à cause de l’argent qu’on a fait ça, alors c’est une fuite de responsabilité. Mais, si c’est pour plus d’efficacité dans la couverture sanitaire du pays, cette décision est la bienvenue. Il faut cependant travailler à convaincre l’opinion. Encore, la méthode.

Les populations de Djougou par exemple ne sont pas contentes du tout…
Alors, le gouvernement devrait reculer. Tâchons de ne pas pousser le bouchon trop loin. Le social, vous en avez parlé tantôt, passe aussi par l’écoute du peuple sans forcément verser dans le populisme. Le secteur de la santé est un secteur sur lequel l’Etat ne peut pas se désengager et ne peut pas concéder trop de pouvoirs aux privés. Je ne suis pas certain que ce choix soit pertinent. Attendons de voir.

Avec la rupture, mêmes les bourgeois seront amenés à serrer les ceintures parce que le gouvernement a prévu que par trimestre, les propriétaires de véhicule vont payer 20 000 FCfa. Êtes-vous d’accord avec cette décision ?
Oui. Absolument ! Nous sommes dans une économie essentiellement fiscale et nous savons que l’ensemble de nos régies souffre de baisse de recettes. Il faut participer à l’effort de redressement de notre pays. Vue le niveau où ils ont poussé le budget, 2010 milliards. C’est un budget très ambitieux et il faut bien trouver les ressources quelque part. Le citoyen doit contribuer à la tâche de redressement de son pays. Je sais que nous sommes difficiles quand il s’agit de payer par soi-même son impôt. Là-dessus, je suis d’accord avec le Président, il faudra serrer la ceinture.

Tout récemment nous avons eu l’affaire Sébastien Ajavon. Qu’en dites-vous ?
J’ai écrit une chronique sur le sujet. C’est une affaire malheureuse et un immense gâchis. Contrairement à ce qui se dit, cette affaire est d’abord politique avant d’être judiciaire, parce que tout ce qui sort du palais est revêtu du sceau politique. Ensuite, la qualité et le poids du personnage arrêté méritaient une attention singulière de la plus haute autorité de notre pays. Maintenant que la justice s’est prononcée et a déclaré monsieur Sébastien Ajavon non coupable, je souhaite que le chef de l’Etat fasse un geste à son endroit. Il y va de la stabilité et de la paix sociale dans notre pays.

Vous y croyez ; vous croyez vraiment à la réconciliation des deux ?
Je crois que nous, Béninois, sommes capables de miracles. Nous l’avons assez démontré.

Vous ne croyez pas à la thèse de complot politique ?
On a beau comparé le terrain politique à la jungle, il y a des limites. Cela dit, tout est possible. Si c’est un complot politique, comme vous dites, alors on n’est pas sorti de l’auberge.

C’est-à-dire ?
Quand on est coupable, c’est normal qu’on soit puni et qu’on subisse la rigueur de la loi. La justice l’a libéré, donc il n’est pas coupable. Alors s’il n’est pas coupable, pourquoi l’a-t-on arrêté et gardé pendant tout ce temps ? Monsieur Ajavon n’est pas n’importe qui, c’est un notable de ce pays. Vrai ou faux ? Qui endosse la responsabilité de l’humiliation qu’on lui a infligée ? C’est pour cela que je disais que le chef de l’Etat devrait faire un geste. Ceux qui ont mis monsieur Ajavon dans cette situation doivent rendre compte, non seulement à l’Etat, mais aussi au peuple. Le gouvernement doit exiger qu’on vienne lui rendre compte de ce dégât, l’un des plus gros de ce début de quinquennat.

Le chef de l’Etat n’est pas du même avis que vous, on l’a entendu à Parakou tenir des propos qui porte à croire que Ajavon est coupable…
Vous savez, le chef de l’Etat peut avoir en sa possession des éléments dont nous ne disposons pas. Je veux dire qu’il est responsable de ses propos. Il y a peut-être dans ses propos des sous-entendus qui portent à croire ceci ou cela. Là-dessus, j’invite les uns et les autres à éviter les allusions malheureuses, à éviter de jeter le trouble dans les esprits. Cela arrange qui que l’opinion nationale soit divisée ? Les pro-Talon soutiennent que cette affaire est fondée et les pro-Ajavon sont convaincus que c’est un coup monté. Le plus important pour ce pays, c’est la paix, la sécurité, le développement, le quotidien des Béninois. Je ne vais pas en dire plus.

Comment avez-vous trouvé l’entretien de Sébastien Ajavon dans le journal français Le monde ?
Monsieur Ajavon exprime un état d’âme. C’est normal. Je le comprends. A sa place, j’aurais été plus virulent sans aucun doute. Mais le peuple attend mieux de ses responsables et bon ou mauvais, il en est l’un des plus populaires. L’humain en colère, oui mais responsable dans la retenue malgré tout. C’est ce que je lui souhaite. On peut s’opposer et rester frères.

Est-ce que ce bras de fer en perspective n’aura un impact négatif sur le développement du pays ?
Je ne vous le fais pas dire. Un impact absolument dramatique ! Cette affaire est un immense gâchis à tous points de vue. Normalement, il ne revient pas à Ajavon seul de réclamer justice. Mêmes les leaders d’opinion doivent réclamer justice parce que la stabilité de ce pays a été mise en péril. La nuit du procès, quand j’ai vu la foule qui attendait, j’étais persuadé que nous étions au bord de la rupture. J’ai appelé le Professeur Tévoédjrè et je lui ai dit, "s’ils le déposent, ça va flamber". Même l’incident Azannai n’a pas eu cette fureur-là. Les gens étaient prêts avec des sachets remplis d’essence, devant le tribunal. Bref ! C’est tout simplement déplorable. Vraiment !

Jusqu’à présent aucune formation politique ne s’est encore déclarée opposante au régime Talon, dite-nous, est-ce que cela arrange la démocratie béninoise ?
Ça n’arrange pas du tout notre démocratie. C’est là, l’une des perversions de notre système démocratique. A défaut d’être opposant, soyons des contradicteurs de qualité. Ce qui manque dans l’espace public actuel, c’est des contradicteurs de qualité. Si on devrait suivre nos lois, les partis politiques sont payés pour contredire, mais ils prennent nos sous et ne font pas le boulot ; c’est un vol. Pourquoi et jusqu’à quand devons-nous subir les uns et les autres ?

Ils veulent peut être aller aux affaires…
Justement, tout le monde veut aller aux affaires. Et tenez-vous bien, lorsqu’on les appelle, ils sautent de joie, ils ouvrent des bouteilles de champagne, ils ferment les téléphones et ils font les stars nouvellement hissées sur mât. Ailleurs, un poste est une mission. Et rien ne vous dit que vous allez réussir votre mission. Sous d’autres cieux, quand on vous nomme, vous rentrez chez vous, vous vous enfermez, vous priez, vous réfléchissez, vous allez prendre des conseils chez vos proches, vous allez en mission pour le peuple, pour le pays. Mais ici, non seulement on se bat pour virer l’autre. Le hôte-toi que je m’y mette est la règle. On va acheter des gris-gris, des sorcelleries et des fétiches pour virer l’autre et s’installer à sa place, alors qu’on ne peut pas faire le travail. C’est un drame centenaire. Il faut arrêter avec ça.

Justement, comment arrêter avec ça, que proposez-vous ?
Le ministre Koupaki appelle cela "Nouvelle conscience". Ce n’est pas pour lui faire de la propagande, mais je n’arrive pas à trouver mieux. Il nous faut réinventer un mode de vie qui s’appuie sur des valeurs et non sur le profit et la jouissance à tous les prix.

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Depuis quelques jours, ceux qui sont impliqués dans l’affaire Segub sont devant les tribunaux. Pensez-vous que c’est la fin de l’impunité ?
S’ils sont coupables, qu’ils en répondent, si non, qu’on arrête de les humilier. On n’a pas besoin de bouc-émissaire, on a besoin de résultats. C’est pour cela que j’ai cru et je continue de penser qu’on n’a pas fait un mauvais choix. Celui qui est là, de mon point de vue, est le meilleur pour gérer ce pays. Il m’excusera de parler de lui dans ces termes-là. Premièrement, il me semble avoir le culot qui manque à beaucoup de chef d’Etat en Afrique. Deuxièmement, notre chef d’Etat a les moyens matériels, intellectuels et financiers pour nous sortir du gouffre. C’est pour cela que je dis que nous devons le pousser vers la réussite obligatoire. Jusque-là, je pense que le choix que nous avons fait est le plus pertinent. Maintenant, c’est à lui de nous donner raison. Mais pour l’instant, malgré les réserves et les frustrations que je ne cache pas, je continue de croire que le Président Talon est toujours la meilleure option.

Mais pourquoi Ségub et non un autre dossier ?
Parce qu’il faut bien commencer quelque part.

Certains dénoncent une chasse aux sorcières.
Ils sont libres. Moi, je pense qu’il faut les chasser partout. S’il en reste de cacher quelque part, c’est à nous de les montrer au gouvernement pour qu’il aille les extirper de leur cachette pour les livrer à la justice.

Vous êtes d’accord avec les audits ciblés ?
Moi… il ne s’agit pas de moi, ni de mes envies. Nous parlons de principes et de règles. Celui qui pense qu’on lui fait du tort, a le droit de protester haut et fort. Ceux qui ne sont pas d’accord sont où ; ils le disent comment ? Pourquoi ils ne sont pas dans les rues, pourquoi ne portent-ils pas l’affaire aussi devant les juridictions ? Vous dites que les audits s’arrêtent à une date et pas à une autre ? Même s’il est vrai que toutes les causes ne nous méritent pas, si nous restons chez nous à geindre, si nous nous complaisons dans nos petits conforts, le régime au pouvoir en sera ravi. Qui aime se passer la corde au cou ? Ils feront comme bon leur semblera tant que nous serons assis.

Vous êtes un acteur culturel très bien connu, comment se porte la culture sous la rupture ?
Ce qui se passe est grave. J’ai entendu plusieurs confédérations d’artistes et quelques acteurs majeurs du secteur prendre la parole. Ce n’est pas courant. C’est le signe que ça va mal.

Que se passe-t-il en réalité ?
On ne peut pas faire le bonheur des gens sans eux.

C’est tout ?
Ecoutez, ça ne va pas du tout. Je l’aurais dit avant tout le monde qu’on m’aurait traité d’aigri. J’ai rêvé de mieux que ce que le gouvernement nous offre actuellement. Et je comprends ceux qui se prononcent. Je les soutiens. On ne peut pas continuer à se taire face à ce qui se passe. Ce n’est pas normal.

Depuis un moment, le fond d’aide à la culture a connu un abattement qui a suscité la colère des acteurs culturels. Quel est votre avis ?
S’il n’y avait que le fonds d’aide seul qui était concerné, je pouvais me taire. C’est la gouvernance culturelle qui est en cause. Il ne faut pas isoler les cas et les traités séparément. Je ferai une sortie bientôt et vous apprécierez. J’attends d’avoir quelques documents et la version définitive du programme d’action du gouvernement pour me prononcer sur le sujet.

Lors d’un conseil des ministres, le gouvernement a décidé du rapatriement des objets du patrimoine culturel béninois emportés par les colons. Croyez-vous que cette initiative aboutira ?
C’est une excellente décision. Il faut bien commencer un jour et on peut améliorer cela chemin faisant. Il faut que les mécanismes soient vite mis en place pour que cette décision ne reste pas dans les tiroirs.

Est-ce à dire que le gouvernement a déjà fait l’inventaire de tout ce qui a été emporté, et pris les mesures de conservation qu’il faut en amont avant de prendre une telle décision ?
Certainement pas ! Le gouvernement n’est pas un expert culturel. Il définit la politique générale du secteur culturel, identifie les experts, leurs confient le développement du secteur avec un cahier de charge et des moyens opérationnels. Dans le cas d’espèces, je pense que nous venons de faire un pas significatif. Maintenant, nous devons obliger le gouvernement à s’investir avec nous dans les différents mécanismes qui doivent être mises en place jusqu’à l’aboutissement de nos objectifs. Mais, j’imagine bien qu’il y a beaucoup de choses à mettre en place avant d’aboutir au rapatriement. Je voudrais qu’on ne se focalise pas sur un pays car, les objets sont allés dans tous les sens et partout jusqu’aux Etats-Unis, dans les services publiques comme dans les domiciles ; les particuliers en ont pris ou acheté frauduleusement un grand nombre. Il y a quelques chercheurs français qui auraient donné des listes au gouvernement. Faisons attention. Prenons ce qu’on nous offre, mais ne nous en contentons pas. Nous avons nos propres experts, nos propres chercheurs qui peuvent être commis pour faire un inventaire exhaustif et documenté.

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On va revenir sur le volet politique. Le gouvernement s’est doté, sept mois après la prise du pouvoir, d’un programme d’action. Quel lecture en faites-vous ?
Il y a déjà plusieurs versions de ce programme et j’ai entendu dire que bientôt la version finale sera éditée et distribuée comme des livres aux gens. J’attends d’avoir la version finale. C’est pour cela que je vous disais que pour le secteur culturel, il y a beaucoup de choses à dire. Je ne trahis aucun secret, j’ai beaucoup écrit et beaucoup proposé dans les coulisses des campagnes électorales, non pas pour dire que j’ai raison, mais j’attends de voir ce qui est proposé. Si c’est la reprise comme certains me l’ont soufflé de ce qui est dans le petit catalogue de campagne électorale, alors là, c’est grave. Donc, j’attends. Je ne veux pas accabler les gens sans être sûr qu’ils sont passés à côté ou qu’ils sont vraiment coupables de ce qu’on leur reproche. D’ici la fin de l’année, je crois que les choses vont se clarifier et en ce moment-là, nous allons prendre entièrement nos responsabilités. Advienne que pourra. Après tout, nous sommes citoyens de ce pays et ce pays nous appartient à nous tous. De la même façon que nous les avons soutenus à visage découvert, s’il le faut, s’ils le méritent, nous les affronterons à visage découvert. C’est une question de principe et de responsabilité. La preuve, quand ils ont appelé des experts pour les réformes institutionnelles, j’ai dit que dans ce pays, il y a ce qu’on appelle le Conseil national des arts et de la culture du Bénin qui est à l’abandon. Pourquoi ne pouvons-nous pas rendre cette institution constitutionnelle pour qu’au sommet du secteur culturel, il y ait un organe consultatif et de supervision générale qui fasse des propositions au gouvernement, un organe qui serait comme l’équivalent de la Haac pour le secteur culturel ?

Vous avez parlé de réformes politiques et institutionnelles. Avec la guéguerre Ajavon Talon, vous y croyez encore ?
J’en ai déjà parlé avec le professeur Tévoédjrè pour qu’il reprenne son bâton de médiateur émérite de ce pays. Il pense s’associer à quelques autorités morales et sages de ce pays pour faire l’intermédiation entre Ajavon et Talon. Nous avons besoin que les deux retrouvent leur connivence ou leur complicité d’entre-temps. Cette entente est nécessaire pour l’aboutissement des reformes.

Un programme d’action du gouvernement sept mois après la prise du pouvoir est-ce qu’on peut dire que le pays était gouverné au quotidien ?
Mieux vaut tard que jamais. Attendons de voir si l’attente valait la peine. S’il faut sept mois pour sortir un programme cohérent et ambitieux, nous allons applaudir malgré le temps pris. Mais s’ils prennent les sept mois pour nous sortir ce que nous avons vu sur les réseaux sociaux, alors là, ils auront chaud.

Plus de deux mille milliards pour le budget de 2017. Croyez-vous que le Bénin peut mobiliser ces fonds avec le contexte économique actuel ?
Un budget de plus de deux milles milliards, je trouve que c’est très peu. Moi, je suis un rêveur et je rêve grand et j’aime ceux qui rêvent grand. Alors, deux mille milliards, c’est peu pour l’état de pauvreté dans lequel nous sommes. Même le débat qui se fait autour du chiffre, je trouve que ce débat est un débat de misérables parce que le président dit qu’il peut mobiliser plus de deux milles milliards pour répondre aux besoins de l’année 2017, nous devrions l’applaudir. Je dis au président Talon et à tout son gouvernement, s’ils peuvent aller à dix mille milliards par an de budget pour ce pays, moi j’applaudis et je les soutiens sans réserve. Si je peux apporter ma modeste expertise pour mobiliser des fonds complémentaires, je suis disposé à le faire. Nous sommes pauvres et nous rêvons de sortir de notre pauvreté, alors ne rêvons pas comme des pauvres. Rêvons grand. Mais celui qui est pauvre et qui rêve comme un pauvre, finira pauvre. Allons à dix milles milliards, monsieur le Président !

Le gouvernement compte sur le partenariat public privé pour mobiliser les ressources nécessaires pour le budget 2017, mais ce partenariat n’est-il pas un marché de dupe parce que d’aucuns disent déjà que ça profitera à ceux qui sont dans la rupture ?
J’ai entendu dire que la loi votée récemment grâce au leadership du ministre Jean-Michel Abimbola, va favoriser le blanchiment d’argent dans le pays. Donc, les gens peuvent revenir blanchir l’argent avec notre budget national. Ce serait le comble.

Ce n’est pas impossible.
C’est à nous de rester éveillés pour qu’en plus de l’opprobre qu’on vient de nous jeter dessus avec cette histoire de drogue, qu’on n’en vienne pas à nous jeter dessus une autre plus accablante. Et si on venait à utiliser les ressources de l’Etat pour blanchir de l’argent, on rentrerait d’office dans un Etat mafieux. Je pense qu’on peut faire confiance aux députés, aux professionnels des médias, à la justice et aux membres du gouvernement.

Quand on compare les 7 mois de gouvernance de Talon aux 7 mois de son prédécesseur. Quelle lecture faites-vous ?
J’ai travaillé pour l’avènement de la rupture. Je continue de croire que Talon est le meilleur choix pour le Bénin. Oui les 7 mois ont été sans doute empreints de mauvaise communication, de méthodes non encore ficelées et quelques déclarations malheureuses, mais j’espère vivement que nous allons bientôt sortir de là et nous allons nous émerveiller. Boni Yayi n’a pas tout fait mal, loin de là. Je suis sérieux. Il a dirigé le Bénin pendant 10 ans. Les contextes, les urgences et les priorités n’étaient pas les mêmes, mais de là où nous sommes partis, nous ne pouvons plus tomber. Malgré tout ce que je peux avoir à lui reprocher par ailleurs, je reste persuadé que le Président Talon était la meilleure option, il peut réussir. C’est mon avis.

On reprochait au gouvernement Yayi la communication à outrance dont il a usé durant 10 ans. Mais, on constate avec le régime en place qu’on opère dans un silence absolu. N’y a-t-il pas quelque chose qui ne va pas ?
Quelque chose clochait. Quelques organes vont être bientôt sollicités pour renforcer la communication gouvernementale. Elle se faisait au minima. Là, ils sont obligés, parce que tout le monde a vu que pour être à l’abri des critiques, il faut faire savoir ce que l’on fait. Si vous voulez gouverner en marge des médias, personne ne sait ce que vous faites. Le gouvernement en a pris conscience et va prendre les mesures qui s’imposent. Il va communiquer, mais sans excès. J’en suis certain.

Pour communiquer le gouvernement a créé une agence de communication gouvernementale, au détriment des cellules de communication qui existaient dans les ministères. Ne pensez-vous pas que ce système est un peu lourd pour la communication ?
Quand on a des ministres sectoriels, et après, on a des agences qui coiffent des ministres et qui sont logés directement au palais de la République, je m’interroge sur la pertinence de la démarche et sur les résultats qu’on attend de ce mode de fonctionnement. Quel est alors l’état d’esprit des ministres qui subissent ces différentes autorités ? C’est à la limite de l’insulte pour eux. Vous n’imaginez pas les douleurs ou les frustrations que supportent ces ministres. Il manque d’effort à ce niveau pour convaincre. Je suis d’accord avec vous pour dire que c’est trop lourd. A la limite, ces agences peuvent avoir un mandat avec une durée déterminée. Les membres de ces agences devront remettre leurs recommandations au gouvernement à la fin de leur mandat et plier bagages. Au Chef de l’Etat de filtrer ces recommandations avant de les transmettre à ses ministres avec un cahier de charges. Orienté ainsi, ça peut être très efficace. Aucune agence ne devrait être éternelle. Pour l’instant, les patrons de ces agences sont comme des supers ministres. C’est bizarre.

La rupture ne doit pas être un échec. Alors, quels conseils avez-vous à donner au régime en place ?
L’une des choses que je refuse de faire, c’est de donner des conseils, parce que c’est prétentieux de le faire. Je m’exprime et chacun, à sa guise en tire ce qui l’intéresse. Je continue de faire confiance au régime en place. Mais qu’ils ne perdent pas de vue que nous les avons élus pour notre mieux être, pas pour nous narguer. Chaque citoyen de ce pays est précieux.

Un mot pour conclure cet entretien.
Alors, je vous remercie pour l’honneur que vous m’avez fait en m’obligeant pratiquement à parler. Je n’aurais pas pris l’initiative par moi-même. Je voudrais inviter nos aînés, ceux qui ont la gestion de ce pays et leurs sympathisants d’éviter de jeter le trouble dans l’opinion publique. Parce que nous n’avons qu’un seul pays. Nous côtoyons de trop près le danger et cela n’est pas bien. Je voudrais aussi inviter le peuple béninois à aller sur le site www.petitionpourlapaix.com pour signer la pétition pour la paix, ceci pour le bien de tout le monde.
Propos recueillis par : Angelo DOSSOUMOU et Isac YAÏ

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