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Tendances vestimentaires chez les jeunes : Troquer le traditionnel contre le moderne au prix de l’élégance

Les tenues traditionnelles communément appelées ‘‘Bomba’’, ‘‘Djarabou’’ ou ‘‘Danchiki’’ jadis très prisées, sont de nos jours abandonnées par les jeunes au profit des tenues dites modernes. Ces tenues qui révèlent l’identité de celui qui les porte, disparaissent progressivement. Une situation qui s’explique par divers phénomènes et n’est pas sans incidence sur la préservation des valeurs endogènes.

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Pamphile est l’un de ces jeunes qu’on ne voit jamais en tenue traditionnelle. Pour une fois qu’il l’a portée par exigence, il n’a pas manqué d’attirer la raillerie de ses camarades. « Je ne me sens pas à l’aise dans cette tenue. J’ai comme l’impression d’être chargé de pagnes », commence-t-il par expliquer avant d’ajouter : « C’est plus relaxe le style américain ou les costumes ». Comme Pamphile, nombreux sont les jeunes qui ne veulent plus porter les tenues traditionnelles. A cette allure, l’on ne peut craindre que pour l’affirmation de l’identité culturelle.

Un sujet à controverse
Les raisons qui sous-tendent la préférence des tenues dites modernes à celles traditionnelles divergent d’un jeune à un autre. Flora Dedjinou, élève au second cycle s’explique en ces termes : « Quand on porte un pantalon jean, on se sent beaucoup plus à l’aise, on peut marcher comme on veut ». Aussi, ajoute-t-elle : « En voulant monter sur la moto, c’est plus sûr et plus pratique en pantalon, on n’a pas les soucis de dénouement de pagne ». Pour Albert Dègla, le phénomène tire plutôt sa source du caractère inaltérable des tenues modernes. « Lorsque je m’habille en européen ou en américain, les tenues ne se salissent pas trop vite et je peux encore les porter deux ou trois fois avant de les laver. Elles ne se détériorent pas aussi vite », a-t-il expliqué. Dans cet ordre d’idées, Julien déclare : « Je ne porte des tenues traditionnelles que pour aller à un mariage, un baptême ou à l’église ». Par ailleurs, le manque de moyens semble justifier le désintérêt des jeunes pour les vêtements traditionnels. Olivier Gninmassou estime que c’est souvent dû au manque de moyens financiers qu’il ne s’habille pas comme il le souhaite, en traditionnel. « Il faut avoir au moins 3000f Cfa pour avoir une tenue traditionnelle cousue », a-t-il souligné. Même si coudre une tenue traditionnelle n’est pas à la portée de toutes les bourses, certains jeunes qui ont les moyens de le faire subissent certaines contraintes. En effet, certaines exigences d’ordre professionnel ne permettent pas non seulement aux jeunes mais aussi aux adultes d’affirmer leur identité culturelle. Brice, étudiant en 3è année de droit confie : « depuis ma première année, certains professeurs nous ont conseillé de ne porter les tenues locales que les vendredis et les week ends ». Digentil Houansou, licencié en gestion, portait bien les tenues traditionnelles pour aller au cours mais, il raconte ici sa mésaventure : « j’ai acheté un beau basin pour ma soutenance, mais j’ai été déçu par l’administration qui nous a exigé des tenues modernes, de préférence un costume, parce qu’elle estime que nous sommes appelés à travailler dans une institution ». Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les raisons sociales et économiques déterminent le port des vêtements traditionnels par les jeunes. D’un autre côté, la mondialisation continue d’influencer la manière de s’habiller des jeunes africains. « Tout se modernise, il faut qu’on s’y conforme sinon on risque de se sentir isolé », a affirmé Barnabé Boladji.

Un phénomène sociologique manifeste
Pour les sociologues, se vêtir selon sa culture est une chose importante. Fidèle Gandonou est Docteur en sociologie et anthropologie à l’université d’Abomey Calavi. Sur le sujet, il estime que la manière de s’habiller donne déjà une idée de la personne qu’on est, avant d’ajouter que « c’est du mimétisme, le fait d’être Africain et de vouloir s’habiller comme un Américain ». Selon Fidèle Gandonou, « à la première lecture, on peut accuser d’emblée la jeunesse de faire une rupture avec la tradition. Mais quand on intègre la réalité dans une démarche sociologique, on trouve beaucoup plus une raison économique ». A l’en croire, l’aliénation culturelle semble être un phénomène social normal compte tenu de l’évolution de la société. « Qu’on le veuille ou pas, la société doit évoluer et la jeunesse est obligée de s’y adapter », a-t-il souligné. L’aliénation culturelle sur le plan vestimentaire s’explique par plusieurs phénomènes. Mais selon le sociologue, les premiers fondements sont d’ordre économique. « Pour quelqu’un qui veut s’habiller en tenue locale, il lui faut au moins 3.500f Cfa pour le tissu et la couture. Alors qu’avec 3.500f Cfa, la personne peut avoir 2 pantalons jeans et 3 à 4 tee-shirts au marché Missèbo », a-t-il expliqué. Aussi, fait-il remarquer : « Mieux, cette personne peut porter cet ensemble-là durant plus d’un an sans avoir de souci de détérioration contrairement aux tenues traditionnelles qu’on ne peut pas utiliser avec une certaine fréquence sans souci de détérioration du jour au lendemain. Ainsi, il se pose un problème de ressources, et la jeunesse n’a pas les moyens de rester dans le local ». Quant au poids de la modernité dans cette transformation sociale, Fidèle Gandonou s’explique « Pour être bien reçu dans l’administration, il faut être en costume ; les exigences professionnelles nous obligent à nous adapter aux nouvelles habitudes vestimentaires ».

Miser sur l’innovation pour pallier le mal

L’aliénation vestimentaire n’est pas sans conséquence sur le développement culturel du pays. A en croire Docteur Gandonou, elle engendre une perte de l’identité culturelle de l’individu. « La conséquence de cette pratique est la perte de l’identité et le désintéressement de la culture ». Pour cela, le sociologue propose d’adopter la nouvelle donne, celle qui consiste à coudre des tenues modernes avec des tissus locaux. « Si on n’a pas les moyens de coudre des tenues locales, il faut bien chercher une autre solution que de rester là », a conclu Docteur Gandonou.
Cyrille LIGAN (Coll.)

21-04-2016, La rédaction


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