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Brigades civiles de sécurité : Une nuit debout en compagnie de ceux qui veillent et surveillent

Les habitants de Cotonou et des villes environnantes ont mis en place, depuis plusieurs années, des brigades civiles nocturnes pour assurer leur propre sécurité. Ces unités sont souvent constituées de jeunes gens qui travaillent dans la précarité. Chaque nuit, ils sacrifient des heures de sommeil pour garder un œil ouvert sur leur quartier, lorsque la plupart de leurs concitoyens sont plongés dans les bras de Morphée. Une nuit debout en compagnie de ceux dont le jour commence la nuit.

En cette nuit de septembre 2016, la température est basse. L’air, glacial. Dans la sempiternelle succession du jour et de la nuit, l’obscurité a encore pris momentanément le dessus. Bientôt 1h. La voie inter-Etats qui passe au cœur de la ville d’Abomey-Calavi, témoin, quelques heures plus tôt d’un dense trafic, est presque déserte. Le calme règne sur les habitations. Un calme déchiré de manière intermittente par les ronflements sporadiques des moteurs de voitures et de motos.

Du carrefour Iita au carrefour Bidossessi
A environ 600 mètres du carrefour Iita, c’est le faisceau lumineux d’une torche frénétiquement agitée qui vous oblige à ralentir. Une barrière de fortune bloque le passage. Raïmi et ses compagnons de nuit y assurent la sécurité. « Nous sommes là et travaillons dans la fraîcheur de la nuit », nous lance quelqu’un. Une manière voilée de demander une pièce de monnaie. Raïmi, un quadragénaire, emmitouflé dans son accoutrement, ne peut répondre à nos questions. Il nous indique le chef du groupe : un homme bedonnant, la cinquantaine franchie, qui supervise, d’un ton aigre, le contrôle des automobilistes et motocyclistes. Très circonspect, il n’exprime aucune envie de se prononcer sur le travail de nuit qu’il fait « bénévolement » avec ses sept compères. Pourquoi tant de réserves autour de leur activité qui se déroule pourtant au vu et au su de tous ? Est-ce en raison des accusations de certains riverains qui affirment qu’il y a, dans leur rang, des gens qui se rendent coupables de larcins, pendant que leurs concitoyens dorment ? Ou à cause du regard porté par d’autres qui les qualifient de racketteurs zélés sans grande légitimité ? Ou encore, est-ce l’importance du respect de la hiérarchie qui justifie cette réticence à répondre aux questions ? Nous n’en saurons rien. Cependant, sur notre insistance, le chef du groupe lâche quelques mots. « Nous avons commencé ce travail il y a plusieurs décennies, à l’époque où toute cette zone n’était qu’une brousse ». Après quelques instants de silence, il ajoute : « Nous n’assurons pas la sécurité ici indépendamment des élus locaux, en l’occurrence, le chef d’arrondissement et le chef de quartier ».
Au moment où le chef du groupe échange quelques mots avec nous, ses compagnons bénéficient de largesses de la part de plusieurs conducteurs de taxi-motos qui, vraisemblablement, sont des habitués du tronçon. Plusieurs jours par semaine, la brigade s’installe autour de 00h 30, puis lève le camp aux environs de 4h. « Grâce à notre travail, nous constituons un rempart insurmontable pour les individus mal intentionnés qui veulent aller commettre des forfaits dans le quartier ». Ce sont les derniers mots du chef du groupe.
Il est 2h du matin. Le mercure descend encore d’un cran. A quelques encablures du carrefour Iita, sur la voie pavée mal éclairée qui mène au quartier Finafa, une barre métallique est dressée en travers de la voie, à environ 500m du carrefour Bidossessi. Deux sceaux plastiques, disposés de part et d’autre de la barrière, rougeoient à la lueur des lampions qu’ils portent. De loin, cette pâle lumière rougeâtre attire l’attention et vous oblige à freiner. Au niveau de la barrière, il y a peu de monde. Modeste Hessou, secondé par Achille, y assure la veille. Santos, leur troisième collègue, « est rentré il y a quelques minutes », confient-ils, car les conditions de travail qui sont les leurs ne sont pas des plus encourageantes.

Entre fortunes et infortunes
Modeste Hessou est le chef de file des jeunes qui assurent la sécurité à Finafa, dans la commune d’Abomey-Calavi. Le jeune homme, la trentaine environ, taille moyenne, est un coiffeur. Quand il parle de la brigade civile de sécurité qu’il dirige, Modeste est intarissable. Pendant une heure, le jeune homme dresse un réquisitoire contre ses « aînés ». Des « aînés » qui ne sont rien d’autres que des personnes « influentes » du quartier, en plus de l’ancien chef du quartier, Pierre Houézo. En raison des vols répétés observés dans le quartier et, dans le souci de préserver leurs maquis, ils ont pris l’initiative de la mise sur pied de la brigade civile de sécurité, il y a 7 ans. Dans son tee-shirt bleu, obtenu pendant la dernière campagne électorale, et portant aujourd’hui l’inscription "sécurité", Modeste explique : « Au début, tout allait bien. On avait de l’engouement. Nous étions une vingtaine de jeunes, répartis en quatre groupes, assurant la sécurité non seulement à Finafa, mais aussi dans les quartiers environnants comme Asrossa, Parana, Zogbadjè. Puis, progressivement, tout a dégringolé. » Modeste nous plonge dans une histoire qui remonte à 2009. « En ce moment-là, certains riverains généreux nous faisaient des dons pour nous encourager. Mais, quelques aînés s’en emparent ». Conséquence : avec le temps, les jeunes se sont démobilisés. A la belle époque ont succédé les années de disette. « Aujourd’hui, les autres postes de contrôle n’existent plus ». Achille, Santos et les autres ont progressivement abandonné Modeste qui, tel le dernier Mohican, s’accroche à ce travail sacerdotal. Pendant nos échanges, plusieurs riverains, à moto ou en voiture, passent. Achille les laisse passer sans grand contrôle car la plupart sont des « visages connus ».

Le baroud d’honneur
Bientôt 3h. Modeste, l’air sfatigué, baille de plus en plus. Il demande à Achille de ranger soigneusement la barrière. Ce dernier s’exécute aussitôt. Avant de prendre congé d’eux, Modeste soutient fièrement : « L’année dernière, nous avons appréhendé plus de 100 motos sans pièces, et cette année, une cinquantaine. De plus, les vols ont substantiellement réduit dans le quartier ». Il pense qu’une fois que la barrière de sécurité, à laquelle tout le monde s’est habitué depuis 7 ans, va être définitivement levée, les vols vont reprendre de plus belle. C’est pourquoi il tient, mordicus à la poursuite du travail de sécurité et pense à une contribution financière des riverains pour mobiliser à nouveau les jeunes. Une idée qui ne sera pas adoubée par tous.
Fawaz AYAH (Stg)

30-09-2016, La rédaction


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