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Commercialisation de sachets : Un marché de dupes autour des bioplastiques

Les Béninois tournent progressivement dos aux « sachets noirs », symboles à Cotonou des sachets non biodégradables. Sauf que l’alliance avec le bio n’est pas encore totale. Sur le marché, règne une confusion autour de la biodégradabilité des emballages qui font recette.

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Des boutiques aux ménages en passant par les épiceries, de nouveaux sachets plastiques aux colorations vertes, bleues ou blanches gagnent du terrain. Contraintes avec l’entrée en vigueur de la loi 2017-039 du 26 décembre 2017 d’abandonner les sachets non biodégradables, les populations ont vite fait de s’approprier ces emballages qui inondent le marché. Difficile de résister aux arguments que déploient les commerçants et les utilisateurs, quant à la légalité de ces emballages. Certains vont jusqu’à associer le nom du chef de l’Etat, pour rassurer la clientèle. « C’est ce que les autorités nous ont imposé désormais. Comme vous le voyez, c’est transparent et moins résistant que le sachet noir. Ça brûle plus vite », affirme une vendeuse d’oranges au marché de Fifadji à Cotonou.
Ici, comme dans presque tous les marchés et épiceries de la ville, le discours est semblable. Même les citoyens « Ecolos » ont du mal à se convaincre de ce que ces nouveaux sachets sont non biodégradables. « J’avais commandé des sachets biodégradables que j’utilise. Mais le stock est fini. J’ai acheté ces sachets en attendant et je me suis rendu compte qu’il n’y a pas de différence à l’œil nu, en dehors du fait que l’un était estampé. Jusque-là je suis confus », confie un distributeur de produits agroalimentaires qui a requis l’anonymat.

Confusion et hésitation
En réalité, les sachets dégradables, il y en a de plusieurs sortes. La loi 2017-039 du 26 décembre 2017 cite les sachets biodégradables, bio fragmentables, hydro bio dégradables, photo dégradables, oxo bio dégradables, biodégradables composés de matière organique ou non, de basse densité susceptible de se décomposer sous l’action de la chaleur, de l’oxygène, des rayons ultraviolets, des organismes vivants et des autres molécules naturelles. Mais la loi n’autorise que le sachet biodégradable. Selon l’article 11 de, les sachets biodégradables fabriqués ou importés doivent être soumis au contrôle de la Direction Générale en charge de l’Environnement avant leur utilisation ou mise en commercialisation.
Pourtant, le sachet adopté en masse sur le marché ne porte aucune mention. Les populations ne se fient qu’à ses couleurs et à sa transparence. « J’ai l’impression que les gens alimentent la confusion exprès. Ce ne sont pas des sachets biodégradables, puisque la loi interdit les sachets Oxo-dégradables. Nous les tolérons aujourd’hui parce qu’il n’y a pas encore d’alternatives. Lorsqu’on en aura, nous allons faire appliquer, dans quelques jours, de manière ferme la loi », explique Belly Bonaventure Kpogodo, en service au ministère du cadre de vie. A l’en croire, des diligences sont faites pour la certification des sachets 100% bio par des laboratoires agréés avant leur importation.

« C’est une malice »
Le Professeur émérite Michel Boko, environnementaliste, déplore la non disponibilité des alternatives qui favorise cette situation. « Ce que j’ai vu faire au Congo est que les sachets biodégradables étaient déjà en circulation avant l’interdiction. On ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs. Maintenant, il faut de l’amidon de maïs et de pomme de terre pour faire des sachets biodégradables. Il y a des espaces pour en produire. Il faut qu’on s’y mette. On peut également les importer en grande quantité », souligne-t-il. Mais en attendant, le Prix Nobel de la Paix 2007 en qualité d’expert du Giec préconise l’estampage des sachets importés et la sensibilisation des populations à cet effet. « Il faut qu’on montre, dans les médias, les modèles, les couleurs. Si on ne le dit pas, les malins vont toujours contourner la loi en disant aux populations que c’est du biodégradable. C’est une malice. Quand on connait très bien le Béninois, on devrait s’y attendre », ajoute-t-il. Il urge donc de faire diligence pour mettre fin à ce marché de dupes qui risque d’entraver la lutte contre les sachets non biodégradables.

9-08-2018, Fulbert ADJIMEHOSSOU


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