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Consommation des produits locaux au Bénin : Une source de développement économique, encore sous-estimée

Les produits localement fabriqués continuent d’être abandonnés par la population béninoise. Pour des raisons multiples, la consommation des ‘’made in Bénin’’ n’est pas encore rentrée dans les habitudes. Ceci, en dépit de toutes les mesures prises par la société civile et l’Etat.

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Produits alimentaires, meubles, vestimentaires… des produits d’origine béninoise encore méprisées par le consommateur. Pourtant, l’amour du ‘’made in Benin’’ est bel et bien au rendez-vous car les plats consommés par la population sont en majorité issus de la transformation des produits locaux tels que : le maïs, le riz, le blé, le haricot, l’igname, le manioc etc… Mais pour le Béninois, le produit qu’il consomme a plus de valeur lorsqu’il vient de l’autre coté du monde. Dans son armoire, Horus Adandédjan a deux chemises préférées qui sont réservées pour les grandes occasions. « C’est mon oncle qui me les a ramenées de la France. Quand je les porte je sens une certaine fierté, car ainsi, je surpasse mes amis avec lesquels je fais souvent la guerre des marks », confie le jeune homme, l’aire hautain. Chez Horus, c’est une question de marques, mais pour d’autres, c’est soit la qualité, soit le prix. Tel est le cas de Sènan Djossou qui a toujours préféré les pommes de terre importée face à celles localement produites. « Les pommes de terre importées sont propres, grosses et moins chères. Ça attire plus que ce qui est cultivé au Bénin », a-t-elle avancé. Les pommes de terre locales coûtent 600f Cfa le kilo alors que celles importées coûtent 500f. Pour le Directeur général des affaires économiques, Aristide Médénou, la promotion de la production locale part des habitudes du consommateur. « Il faut d’abord que nous les Béninois, nous nous plaisons à consommer le local en rompant avec les habitudes qui consistent à faire la part belle aux importations », a-t-il souligné. Aussi, indique-t-il, ‘’avant de se plaindre de la réticence des consommateurs béninois, il faut d’abord que le local soit de qualité’’.

La compétitivité des ‘’made in Benin’’ remise en cause
La qualité et le prix. Deux facteurs essentiels sur lesquels la majorité des produits d’origine béninoise ont du mal à être compétitifs. Il s’agit là d’un réel problème handicape le développement économique du pays. Selon les dire du professeur Gauthier Biaou, spécialiste de l’économie agricole et du développement durable, de la production à la transformation, les produits d’origine béninoises et ceux ayant subi des transformations au Bénin ont un problème de traçabilité et de transparence. « Nous n’avons pas de bons laboratoires pour contrôler la qualité des produits. Du coup, la qualité du produit mis sur le marché est remise en cause », a-t-il confirmé. Le Bénin ne dispose pratiquement pas d’entreprises industrielles qui investissent dans la transformation des produits locaux. L’exemple du coton dont la transformation locale n’atteint pas un taux de 5% en est la preuve. Un facteur essentiel pour comprendre que le développement des produits locaux va de pair avec la dynamique industrielle. Le Directeur général des affaires économiques (Dgae), Aristide Mèdénou soutient que, en la matière, la responsabilité est partagée. Ainsi, affirme-t-il, « si déjà la qualité peut être garantie, on peut espérer une plus grande consommation. Il faut reconnaître que dans les autres pays, les producteurs disposent de hautes technologies qui leur permettent de fabriquer en grande quantité et d’avoir le rendement d’échelle dans un laps de temps. Comparativement à ce qui se fait chez nous avec la main, c’est normal que cela coûte moins cher ». Sur ce, il défend la théorie du patriotisme économique qui préconise : ‘’même si le produit est cher, il faut l’acheter pour le mérite que cela est local. En le consommant, je crée de l’emploi et j’augmente les affaires pour un Béninois’’. Néanmoins, Gauthier Biaou soutient que les dirigeants sont les premiers à être doigté dans cette lutte. « Nos dirigeants aussi doivent donner l’exemple de la consommation locale qu’ils promeuvent. A commencer par leur habillement, les meubles qu’ils utilisent et leur alimentation. On ne peut pas dire qu’on veut promouvoir les produits locaux alors que ceux avec qui nous parlons et qui vivent avec nous ne nous voient pas le faire. L’exemple est important pour accompagner les textes », avance-t-il. Aussi, la question de financement des Pme et Pmi au Bénin, les stratégies sectorielles à mettre en œuvre pour la promotion d’une véritable économie de production, les conditions nécessaires pour la transformation des produits béninois… constituent les déterminants de la compétitivité des produits fabriqués au Bénin.
Interview avec le professeur Gauthier Biaou, spécialiste de l’économie agricole
« Nos produits locaux ne sont pas consommés, à cause de la mal-hybridation »
Que pensez-vous de la situation actuelle des produits locaux au Bénin ?
Les produits d’origine béninoise ne sont pas favorisés face aux produits importés. Le Béninois aime consommer les produits importés tout en étant fier de ce que cela a été fabriqué à l’extérieur. On ne peut pas porter un regard accusateur sur le consommateur qui agit ainsi parce que, c’est une situation que le colonisateur a mis en place et qu’il perpétue. On a été habitué par le colonisateur non seulement à consommer les produits importés tels que le riz, les pâtes alimentaires, le pain fait à base de la farine de blé…, mais aussi cela se sent par notre pratique vestimentaire. Les tenues françaises sont privilégiées aux tenues locales. Ainsi, le Bénin s’est développé sur la base des produits étrangers. C’est un problème que je qualifie de mal hybridation.

Que mettez-vous dans mal-hybridation ?
Lorsque vous suivez le processus de greffage, on part toujours du corps original avant d’y ajouter le corps étranger. Mais au lieu de cela, le Bénin s’est développé sur la base de ce qui vient de l’extérieur. Il s’agit là d’une mauvaise hybridation.

Qu’est-ce qui selon vous empêche la promotion de la consommation des produits locaux au Bénin ?
C’est la mal hybridation. Je ne dis pas qu’il faut se séparer du monde extérieur, loin de là. La gloire du royaume du Dahomey vient de l’hybridation. Il faut forcément le brassage avec les autres. Mais ce brassage doit partir de nos habitudes endogènes, de nos us et coutumes. C’est le contraire que je déplore.

Face aux importés, les produits fabriqués au Bénin sont-ils réellement compétitifs ?
C’est une question très importante. Nos produits ne sont pas compétitifs. Nous n’avons pas de bons laboratoires pour contrôler la qualité des produits. Du coup, la qualité du produit mis sur le marché est remise en cause. Il en est ainsi parce que les produits d’origine béninoise ont un problème de traçabilité et de transparence. Le producteur béninois est capable de tout. Face à la cherté des matières premières, il peut ajouter à sa fabrication d’autres composantes qui ne sont pas toujours bonnes pour la santé. Aussi, d’autres facteurs peuvent-ils expliquer la préférence aux produits importés.

Les coûts de production très élevés comparativement aux importés à cause de la faible productivité des usines.
La modélisation du comportement du consommateur repose sur trois hypothèses importantes : le choix individuel du consommateur, l’information parfaite sur l’offre de biens ainsi que sur le niveau de ses besoins et l’hypothèse de rationalité qui insiste sur le fait que le consommateur cherche à maximiser la satisfaction retirée d’un bien sous la contrainte de son budget.
La loi de Bennett décrit les échanges dans les différents aliments caloriques de base en fonction d’une croissance du revenu : la composante calorique de base est partiellement remplacée par d’autres vivres caloriques, et la part relative des vivres caloriques dans le budget total diminue ; au fur et à mesure que le revenu augmente, on remplace les vivres caloriques de base par des vivres à haute teneur en protéines, comme par exemple la viande et le poisson ; il y a également une diversification des fruits et légumes. Dans ces conditions, nos produits n’arrivent pas à rivaliser avec les produits étrangers.

Comment pourrait-on réussir à changer les habitudes des consommateurs ?
Puisqu’il y a la mal hybridation, il faut commencer par faire la bonne hybridation. Cela commence déjà à partir de nos institutions. Ce sont elles qui sont chargées d’appliquer les lois et les règlements qui nous régissent. Il faut revoir notre Constitution, notre mode électoral, l’administration de notre gouvernance. Notre mode de gouvernance et aussi le fonctionnement de notre Assemblée nationale qui est purement occidental. Quand vous prenez nos lois et celles françaises, c’est pratiquement les mêmes, or les lois françaises viennent du code napoléonien qui est une formalisation écrite des us et coutumes français. Tout est axé sur leurs réalités à eux, qu’ils ont seulement formalisées. Je répète qu’on ne peut pas se couper des autres mais la racine doit être nos cultures. Il y a des formes de gouvernance que nous avons connues et toutes ces pratiques ont un dénominateur commun. Il faut que la Constitution qui est notre loi fondamentale repose sur notre culture. C’est cela la bonne hybridation.
La consommation locale commence par là. Et ceci est valable pour tous les pays en voie de développement, surtout ceux francophones. Nous utilisons tous des lois qui ne sont pas inclusives. Il faut que ces lois prennent racine sur le modèle autochtone avant de faire intervenir le modèle étranger pour l’améliorer. Aucun peuple ne peut se développer sans les autres. Mais il faut se demander comment enrichir ce que nous avons et évoluer avec les autres.
Le gouvernement a dernièrement pris une décision très importante qui impose la consommation des produits locaux à un taux minimal de 60% dans les institutions et sociétés étatiques. Cette décision a donné un résultat assez significatif mais puisque c’est une loi, lorsqu’il n’y aura plus un régime gouvernemental qui l’impose, elle va disparaître. Nos dirigeants aussi doivent donner l’exemple de la consommation locale qu’ils promeuvent. A commencer par leur habillement, les meubles qu’ils utilisent et leur alimentation. On ne peut pas dire qu’on veut promouvoir les produits locaux alors que ceux avec qui nous parlons et qui vivent avec nous ne nous voient pas le faire. L’exemple est important pour accompagner les textes. Et pour cela, il faut instituer des mesures incitatives pour amener les gens à consommer le local sans se sentir forcés. N’oublions pas que s’il faut passer par la répression, ceux-là qui vont se charger du contrôle vont tout faire aussi pour que le mal persiste afin de maintenir leur job, puisqu’ils vivent de ces contrôles. Il faut une bonne sensibilisation pour amener les populations à adopter la consommation locale.

Votre mot de la fin
Beaucoup d’actions restent à mener pour l’effectivité de la promotion de la consommation locale. Il faut non seulement investir dans le capital humain mais aussi dans la recherche agronomique. Cela nécessite beaucoup de laboratoires alors que nous n’en disposons pas assez pour nous y atteler. Lorsque vous prenez les Etats Unis, dans la transformation des produits agricoles, un seul produit peut avoir près de 500 produits dérivés. Mais si nous prenons le manioc de chez nous, il y a à peine 5 produits. Il faut que la recherche sur les produits dérivés de nos cultures vivrières se poursuive sur ce plan. Imaginons si le manioc seul pouvait avoir 50 dérivés… cela va accroître l’offre qui, a son tour, va attirer la demande. Cependant, la recherche et la formation constituent la seule clé pour un développement durable du Bénin.
Réalisé par Félicienne HOUESSOU

12-01-2016, La rédaction


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