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Dr Victor Gbèdo à propos de l’interdiction des sachets plastiques : « Il faut certes la loi, mais aussi de la détermination pour ne pas fléchir »

Expert en gestion des déchets, Dr Victor Gbèdo est l’un des acteurs de la société civile engagés pour l’interdiction des sachets plastiques. A travers cette interview, il se prononce sur l’opportunité de la loi en la matière et des actions complémentaires qui doivent l’accompagner. Le Directeur de Dcam/Bethesda invite les parlementaires à veiller aux faiblesses qui peuvent constituer un frein à l’application efficace de ladite.

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Qu’est ce qui justifie votre militantisme contre les sachets plastiques depuis une décennie ?
Je tiens avant tout à rappeler qu’au niveau de Dcam/Bethesda, notre approche est essentiellement basée sur la valorisation des composantes des déchets. Nous avons travaillé depuis 2000 sur les questions de sachets plastiques. En réalité, la prolifération de ces matières non dégradables crée des nuisances à l’écosystème, à l’homme et à sa santé. Des actions ont été menées pour non seulement accroitre la sensibilisation sur les comportements pouvant réduire la production de ces déchets et l’élimination de ce qui est déjà envoyé dans la nature. C’est ce qui nous a conduits à militer en faveur des textes nécessaires pour l’atteinte de ces objectifs. Nous sommes heureux que la proposition de loi ait fait son bout de chemin et que les parlementaires l’examinent.

Pourquoi faut-il interdire les sachets plastiques au Bénin ?
Le meilleur déchet, c’est ce qui n’est pas produit. Dès qu’un déchet est produit, il devient un problème. Compte tenu des impacts négatifs de ces déchets non dégradables qui restent trop longtemps dans le sol, et qui, incinérés, dégagent des gaz à effet de serre, il y a lieu d’agir. Les nuisances sont énormes et dramatiques. La meilleure solution, c’est de ne pas en produire. Il faut que l’on aille vers l’interdiction. Ce sera pour nous un support plus important de sensibilisation. Sans des mesures coercitives et de répression, en matière de sensibilisation, on n’a pas de bons résultats.

A quoi devrait-on s’attendre dans le cadre de cette loi ?
Le Bénin n’est pas le premier pays à interdire les sachets plastiques. Nous avons des pays de l’Europe, de la sous-région ouest africaine, des voisins du Bénin qui ont opté pour ces textes de loi. Ça donne une base juridique à la répression. En fait, nous sommes conscients que la prise de cette loi seule ne pourra pas régler le problème. Il faudrait intensifier les actions après l’adoption de la loi pour sa mise en œuvre effective. Il y a nos tribunaux, nos douanes, les hommes d’affaires, tout le monde doit se mettre en action pour faire exécuter cette loi quand elle sera votée.

Est-ce qu’il est nécessaire de prendre des mesures transitoires comme certains le proposent ?
Les mesures transitoires sont toujours bien. Elles ne mettent pas entre parenthèses la loi. C’est souvent des mesures d’accompagnement et des solutions alternatives. Si tout cela est pris en compte, je serai d’avis. Si la loi est votée et promulguée, il faut rester déterminé. L’indulgence peut constituer un piège qui nous ralentira davantage. On se serait tiré une balle dans les pieds. Et là, on n’ira nulle part. Je pense qu’il ne faut pas qu’on y insère des éléments de faiblesse pour faire obstacle aux résultats attendus.

Est-ce que vous ne craignez pas justement de la réticence, voire de la résistance, au regard des enjeux économiques liés à l’interdiction des sachets plastiques ?
Lorsqu’on va à la prise d’une telle loi, il faut s’attendre à des résistances. Surtout au niveau surtout des hommes d’affaires qui ont des profits dans ce commerce de produits plastiques. Il faut alors certes la loi, mais il faut rester déterminé pour ne pas fléchir. Nos douaniers doivent faire un travail énorme avec la porosité de nos frontières. Il ne faut pas que nous ayons une loi, et que malgré cela, les sachets continuent de rentrer dans le pays. Il faut y réfléchir.

N’avez-vous pas l’impression que cette lutte ressemblera au combat contre l’essence de contrebande ?
C’est un peu moins. Les sachets, ce n’est pas la même chose. Du fait que nous n’avons pas beaucoup d’industries de production de sachets, il faut vite trouver des alternatives. On parle déjà de sacs en papier. Ce sont des aspects qui pourront venir atténuer les contraintes au niveau des ménages.

Pendant plus d’une décennie, la lutte a été orientée vers l’interdiction. Pendant ce temps, on ne sent pas sur le terrain les alternatives.
Il faut que l’on mette en place les mécanismes. Ça ne se produit pas ex nihilo. S’il y a la volonté politique, la détermination du gouvernement, on doit pouvoir mettre en place de petites usines expérimentales, avec des subventions de l’Etat L’enjeu n’est pas seulement économique, il est d’abord environnemental. On peut trouver les moyens pour le faire.

Un sachet non dégradable coûte à peine 5 francs Cfa. A combien le biodégradable pourrait revenir à la bonne dame du marché ?
J’ai parlé de subventions et de mécanismes. Si on y tient compte, nous aurons des emballages sains à moindre coût.

Votre mot de la fin
La mobilisation continue. Nous allons veiller et suivre le processus. Dès que la loi est votée et promulguée, nous pourrons mener d’autres actions pour souffler un peu par rapport à la prolifération des sachets plastiques.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU

29-06-2017, La rédaction


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