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Editorial : Dans la peau du messie

Il ne manquait plus que le chef de l’Etat. Il s’est enfin jeté à l’eau. Après les tentatives infructueuses des ministres du plan, de la santé et de la fonction publique, quant à la résolution de la crise qui secoue le secteur de la santé, Patrice Talon s’est saisi du dossier. Samedi dernier, il a rencontré en personne les syndicats qui refusent de désarmer depuis le 30 août 2017 où ils ont opté pour la grève. Pendant deux mois, le ministre de la santé et ses collaborateurs n’ont pas réussi à conduire à terme un dialogue social fructueux. Ses autres collègues du gouvernement, membres de la commission interministérielle de dialogue social, n’ont pas fait mieux que lui. Au lieu de ramener les responsables syndicaux à de meilleurs sentiments, ils n’ont fait que les irriter davantage. Face à l’impasse qui se dessinait, le chef de l’Etat s’est senti obliger de sauver les meubles.
Tel que diffusé par la télévision nationale, le déroulé de cette séance dite de vérité, n’a rien d’extraordinaire. Dans une ambiance conviviale, le chef de l’Etat et les membres du gouvernement présents, de même que les leaders syndicaux ont exprimé le fond de leurs pensées. Chacun y est allé de ses arguments et de ses prétentions pour justifier sa position. Au bout du rouleau, même si un protocole d’accord devant mettre fin aux débrayages n’a pas été signé en bonne et due forme, force est de reconnaître que cette rencontre a tenu toutes ses promesses. Même si aux dernières nouvelles, le mouvement de grève a été reconduit cette semaine, il est fort plausible qu’il connaisse son épilogue dans les tout prochains jours. Avec l’implication du chef de l’Etat, les lignes ont commencé par bouger. Il faut croire que sans le premier serviteur de l’intérêt général, les ministres ne peuvent pas grand-chose face aux syndicats.
Depuis Mathieu Kérékou II à Patrice Talon en passant par Boni Yayi, le constat est le même. Les crises sociales qui perdurent finissent par être tranchées avec l’implication personnelle du président de la République. La plupart du temps, comme ce fut le cas samedi dernier, les rencontres dites de vérité ou de la dernière chance, n’ont pas grand-chose à envier aux mille et une réunions présidées par les membres du gouvernement. Tout se passe comme si les ministres reçoivent pour consigne de faire tourner en bourrique les représentants des travailleurs. Ces derniers, ulcérés par le dialogue de sourds savamment entretenu, sollicitent en dernier ressort, la médiation du chef de l’Etat. Puisqu’elle n’attendait que ça, la haute autorité ne tarde pas à y répondre favorablement. Comme par enchantement, la balle des discordes et des tiraillements est ramenée à terre, aussi facilement qu’elle a été lancée dans le ciel des contestations.
Autant soumettre les doléances des partenaires sociaux au chef de l’Etat, dès que ceux-ci manifestent des signes de mécontentement, afin que les portes de sortie soient rapidement trouvées. Le temps perdu par les membres du gouvernement et les leaders syndicaux à se tirer entre les pattes peut être utilisé à bon escient pour le bien de la République. « Le temps, c’est de l’argent ». Plus on en perd dans des futilités, plus on s’appauvrit. Puisque nous savons désormais qu’il n’y a que le chef de l’Etat dont la voix est déterminante dans la résolution des crises sociales, à l’avenir, il vaut mieux frapper directement à sa porte pour faire des économies de temps et d’énergie. Lorsqu’il nous sera donné de constater que les ministres ont les pleins pouvoirs pour engager des discussions franches et constructives avec les syndicats, on pourra se passer du chef de l’Etat. En attendant ce moment, que les syndicats se fassent annoncer au palais de la Marina.

14-11-2017, Moïse DOSSOUMOU


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