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Enfants sorciers et infanticide rituel.

En 2007, votre serviteur a présenté un mémoire de fin d’études à Bruxelles sur le thème faisant l’objet de notre réflexion de ce jour. En attendant l’édition et la publication de ce travail avec force images et témoignages, j’en donne ici un petit avant-goût à mes frères et sœurs bien aimés que vous êtes.
Dans nos sociétés africaines en particulier, les enfants dits sorciers sont déclarés comme tel par des critères déjà connus ou par les révélations des oracles. Dès lors, leur sort est définitivement scellé : c’est la peine de mort. Quel est le sous-bassement de cette pratique ? Quelles sont ses conséquences sur la société et les victimes rescapées ? C’est ce que nous verront.

Un passé qui refuse de passer
Une documentation abondante existe sur l’infanticide rituel dans le monde entier, de l’ancêtre le plus primitif jusqu’à l’homme moderne que nous sommes. En Afrique, Cette réalité est là, très proche de nous. Chez les Agnis en Côte d’Ivoire par exemple, le onzième enfant est éliminé. Dans certaines tribus du Nigéria, deux jumeaux, tous du sexe masculin, sont éliminés. Chez nous au sud du Bénin, des enfants dit « tohossou » sont également éliminés, sans oublier le nord du pays dont nous parlerons plus amplement.

Les croyances qui tuent les enfants.
On peut distinguer trois sortes de facteurs qui conduisent les enfants à la mort :
• les croyances liées aux consultations ponctuelles d’oracles ou de divinités ;
• les croyances relatives à certains critères préétablis ;
• les chercheurs d’organes humains.

Les croyances liées aux consultations.
C’est parfois après consultation d’une divinité que des noms d’enfants à tuer sont connus, soit pour exorciser un sort, apaiser la colère d’un dieu, combattre ou prévenir une calamité, etc.
En 1953 en Côte d’Ivoire, dans un village appelé Dimbokro, une fillette eut une grossesse hors mariage. Pour étouffer le scandale, ses parents la marièrent hâtivement à un monsieur très âgé.
La petite donna naissance à un garçon. Mais son mari alla trouver un charlatan qui lui déclara que le nouveau-né était un enfant « sorcier » et qu’il fallait l’éliminer. La petite maman naïve et impuissante devant son puissant mari alla donc déposer le bébé sur un dépotoir. A son retour, elle rencontra sa mère qui lui demanda où était son bébé. Toute tremblante de peur, elle avoua son acte. La mère en colère l’obligea à retourner avec elle sur les lieux du forfait. Là-bas elle récupéra son petit-fils heureusement encore vivant. Ce bébé est aujourd’hui une personnalité que vous connaissez tous. Son nom d’artiste, c’est Alpha BLONDY. Voilà l’icône qui risquait de disparaître sous le groin d’un cochon sur un tas d’ordures à cause de croyances buveuses de sang.
Les croyances relatives aux critères préétablis

En m’attardant uniquement sur le cas du nord Bénin, je dirai que les critères déterminant un enfant « sorcier » ne sont pas exactement les mêmes dans toutes les régions.
En général, un enfant « normal » doit naître d’une grossesse de neuf mois, pas avant, ni après. Il doit naître en sortant la tête la première, et le visage tourné vers le ciel. Tout enfant qui ne naît pas de cette façon est un enfant « sorcier ». Donc, un enfant qui naît par exemple après une grossesse de huit mois ou dix est « sorcier ». Un enfant qui naît en sortant en premier n’importe quel organe autre que la tête est déclaré « sorcier ». Même quand il sort la tête et que son visage est tourné vers la gauche, la droite ou vers le sol il est enfant « sorcier ». Un enfant qui n’a pas poussé le premier cri à sa naissance est « sorcier », de même que celui dont la mère meurt en couche. Est également « sorcier », un enfant né avec des dents. Un enfant ayant quelques poils sur son corps à la naissance est « sorcier », etc.
Lorsqu’un bébé a traversé miraculeusement toutes ces étapes et n’est donc pas déclaré « sorcier », il n’est pourtant pas encore sorti de l’auberge. En effet, il ne doit pas pousser ses premières dents avant l’âge de huit mois. Ses premières dents ne doivent pas non plus apparaître sur la mâchoire supérieure. Un enfant qui marche précocement à sept ou huit mois est un enfant « sorcier ». Un enfant souffrant d’une malformation ou d’un retard mental est également enfant « sorcier ». Avec une telle sélection, de nombreux enfants sont évidemment déclarés « sorciers » et de ce fait condamnés à mort, même longtemps après leur naissance.
Les chercheurs d’organes humains

L’activité des chercheurs d’organes humains est la cause de nombreuses disparitions d’enfants dans nos villes et dans nos campagnes. Des enfants sont tués, leurs organes sont prélevés et utilisés à des fins d’occultisme.
Les populations qui se livrent à cette pratique ne doivent pas être jugées et condamnées sans retenue, car ce ne sont pas elles qui ont inventé cette culture mortelle. C’est une culture ancestrale dont elles ont hérité. On pourrait dire qu’elles en sont finalement les victimes.

La lutte au niveau de la société civile
Dans les régions où sévit l’infanticide rituel, les réactions contre la pratique sont fréquentes. C’est par exemple une révolte de certains membres de l’ethnie Baatonu qui a conduit à la création en 1983 de l’ONG Espoir Lutte Contre l’Infanticide au Bénin (ELIB). Voici d’ailleurs un extrait de l’expérience personnelle du prêtre catholique Pierre BIO-SANOU, père fondateur de cette organisation :
« J’ai commencé cette lutte dans ma propre famille. En septembre 1968, des bourreaux s’étaient emparé d’un bébé né par présentation du siège. Trop tard, je n’ai pu rien faire. J’ai été traumatisé. (…)
J’ai compris que le peuple bariba était victime de ses coutumes. Il était plutôt à plaindre qu’à condamner (…) Alors, j’ai porté la lutte dans l’église. Je n’admettrai plus personne au baptême s’il ne défend pas publiquement l’enfant « sorcier ». J’ai lié amitié avec le bourreau de ma région puis je lui ai demandé de ne plus exercer sa fonction mais chaque fois qu’on lui amène des enfants à exécuter, qu’il m’avertisse. (…) Plusieurs enfants furent ainsi sauvés. »
L’ONG du Père Bio-Sanou s’occupe de plusieurs dizaines d’enfants abandonnés ou menacés. Grâce à elle, plusieurs autres enfants dans cette situation ont eu la chance d’être adoptés. C’est d’ailleurs grâce à cette association qu’une maternité a été construite en 1994 au village de Sekogourou pour permettre aux femmes d’y accoucher en vue d’échapper aux regards malveillants qui signalent des bébés « mal nés ».

La lutte au niveau de l’état.
Dans une communication qu’il a présentée en août 2006 sur le thème des droits de l’enfant face à la tradition africaine, le magistrat béninois Michel Romaric AZALOU a dit ce qui suit : « En raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, l’enfant a besoin d’une protection spéciale et des soins spéciaux, le tout contenu dans les conventions internationales et régionales dont les plus importantes retenues ici sont la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) adoptée par les Nations unies le 20 novembre 1989, ratifiée par le Bénin en août 1990 et la Charte africaine du droit et du bien-être de l’enfant (CADBE) adoptée en juillet 1990 par les Chefs d’États africains. Ces conventions ont édicté au profit de l’enfant, un ensemble de droits dont la promotion et le respect sont indispensables à son bien-être et à un monde pacifique. »
Le magistrat constate que les divergences entre la tradition africaine et les droits de l’enfant ont justifié les grandes innovations opérées par la loi numéro 2002-07 du 24 août 2004, portant code des personnes et de la famille.

Le sort des enfants rescapés
Au lieu de remettre leur enfant au bourreau qu’ils auront encore à payer, certains parents préfèrent déposer le bébé dans une forêt. Parfois, ces enfants sont sauvés par des passants qui n’ont pas l’infanticide dans leurs pratiques coutumières.
D’autres parents donnent l’enfant aux éleveurs peuls qui s’en occupent.
Enfin, il y a l’adoption. Des enfants « sorciers » africains sont adoptés ici au Bénin et en Occident. Là-bas, ils montrent une intelligence exceptionnelle. Ils ne retournent plus auprès de leurs parents biologiques, car le danger qui plane au-dessus de leur tête est à vie.
Se tourner vers l’avenir.
Lorsque l’on lit un article aussi terrible que celui que j’écris, la première question que l’on se pose est la suivante : est-ce que cela continue aujourd’hui ? Oui, cela continue bel et bien dans les régions où la modernité et le pouvoir d’Etat laissent encore à désirer. Le phénomène a considérablement perdu du terrain grâce aux efforts de tous. Mais le monstre n’est pas encore mort : il faut le surveiller et l’achever.
Par Denis AVIMADJESSI
(Ecrivain. Téléphone 00229 97 29 44 99)

8-02-2017, La rédaction


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