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Entretien avec le sociologue Kamel Arêo Garba sur les résultats du Cep 2016 « C’est le vrai visage de notre système éducatif à travers ces résultats médiocres… »

Le faible taux de réussite au Certificat d’études primaires ‘Cep) 2016 attire déjà l’attention des acteurs éducatifs sur les dysfonctionnements ayant conduit à cette catastrophe. A travers cet entretien, le Docteur Kamel Arêo Garba, sociologue, planificateur de l’éducation et analyste des systèmes éducatifs se prononce sur les causes plausibles de cet échec massif.

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Docteur Garba, en tant qu’acteur du système éducatif béninois, êtes-vous fier des résultats du Certificat d’Etudes Primaires (Cep) 2016 ?
D’entrée, je voudrais vous dire qu’aucun acteur sérieux du système ne peut être fier des résultats qui ont été annoncés pour ce qui est du premier diplôme académique dans notre pays.

Que s’est-il passé pour que nous passions de 89,61% en 2015 à 39,26% en 2016 ?
C’est déjà bien de rappeler les résultats de l’année passée qui dégagent un écart de plus de 50 points avec ceux de cette année. Il serait encore plus intéressant de faire la comparaison sur la décennie qui s’est achevée. On a l’impression que l’actuel régime a radicalement changé de cap. Je pense, comme plusieurs Béninois, qu’on revient à la juste proportion des choses dans ce sous-secteur. Les dirigeants actuels ont fait l’option de dire la vérité à ce peuple. C’est un secret de polichinelle. Tous les acteurs du système éducatif savent la tricherie qui a caractérisé la délibération des résultats du Cep ces dernières années. Des résultats qui ont amené bon nombre de nos concitoyens à suggérer la suppression de cet examen onéreux qui faisait réussir tout le monde. Je suis un acteur du système et je peux vous confirmer que la grande majorité des élèves ne disposent pas des compétences minimales attendues à la fin du cycle primaire. Les acquis des élèves sont très fragiles. Ce n’est pas moi qui le dis. Je vous suggère de lire le rapport de l’année 2014 du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la Confemen (Pasec). Déjà en 2014, le rapport était assez alarmant. Le Bénin faisait partie des 4 pays sur les 10 enquêtés, dans lesquels 80% des élèves n’atteignent pas encore le seuil suffisant en langue et 60% à 70% ont des difficultés en mathématiques. Pourtant, au cours de cette même année, nous avons eu un taux de réussite d’environ 90% au Cep. Vous avez compris la supercherie !

Est-ce à dire que nous avons eu des résultats politiques au cours de ces dernières années ?
Ce n’est pas moi qui le dis. J’ai interrogé les chiffres et je vous ai cité un rapport que chacun peut consulter. Vous savez, beaucoup d’acteurs du système éducatif, notamment du sous-secteur des enseignements maternel et primaire, attendaient le Ministre sur les résultats de cet examen. Pour ceux qui le connaissent, ils s’attendaient aux vrais résultats. Nous avons le devoir de le féliciter, de louer son courage tout en étant exigeants sur les réformes à opérer pour inverser la tendance. Il nous donne ainsi l’occasion de voir par nous-mêmes, le vrai visage de notre système éducatif à travers ces résultats médiocres qui masquent encore d’énormes disparités régionales et des inégalités entre sexes. Il est bien par exemple de savoir que des communes ont eu un taux de réussite de moins de 10%. Nous aurons le temps de tirer tous les enseignements possibles desdits résultats.

Quelles sont les causes plausibles qui expliquent cette catastrophe ?
Les causes sont multiples et multiformes. Elles sont pourtant connues de nos dirigeants depuis plusieurs années. La littérature est abondante sur cette problématique. Je vais énumérer quelques unes des causes :
- la non maîtrise du contenu notionnel par certains enseignants surtout à cause du niveau académique relativement médiocre. Nous avons tôt fait de croire que les écoles normales d’instituteurs (Eni) étaient une panacée pour avoir des enseignants qualifiés. Le problème est plus profond que cela. Avant d’apprendre aux normaliens des Eni les méthodes d’enseignement, je pense qu’il faudra en amont s’assurer qu’ils disposent des pré-requis pour tenir une classe du Cours Moyen Deuxième Année (Cm2) par exemple. Ce sont des notions assez complexes qui s’enseignent dans ces classes avec l’approche par compétences, et cela exige de l’enseignant un niveau académique acceptable ;

- les grèves perlées de ces dernières années n’ont pas fini de montrer leurs conséquences sur notre système éducatif. En effet, les faibles performances en lecture et en mathématiques tiennent dans une large mesure à l’exécution incomplète des programmes en vigueur qui n’est que la conséquence de la mauvaise gestion du temps scolaire ;

- l’insuffisance de conseillers pédagogiques et d’inspecteurs au niveau des circonscriptions scolaires n’a pas permis un meilleur encadrement des enseignants. Avec les départs massifs à la retraite, nous avons aujourd’hui 21 circonscriptions scolaires sur les 85 qui n’ont pas d’inspecteurs alors qu’au 1er janvier 2017, ils seront 22 inspecteurs qui feront valoir leurs droits à une pension de retraite. Les 18 élèves inspecteurs actuellement en formation ne pourront donc pas combler le déficit. Par ailleurs, plusieurs circonscriptions ne disposent pas de conseillers pédagogiques. Pour 221 zones pédagogiques, 99 sont sans Conseillers Pédagogiques (CP) avec seulement 60 élèves CP en formation. Vous voyez vous-mêmes la tragédie qui se joue sur le plan de la qualité de l’éducation. Parmi les Circonscriptions qui disposent de CP, nous avons l’exemple de la commune de Banikoara qui n’a qu’un seul Conseiller Pédagogique pour 479 enseignants estimés en 2015 ;

- les méthodes classiques d’inspection des enseignants qui s’achèvent par des rapports de visite de classe archivés au placard de l’histoire ont montré au grand jour leurs limites ;

- le déficit en enseignants qualifiés et la mauvaise allocation du personnel enseignant auraient impacté négativement les résultats au CEP. En effet, pendant que le déficit en personnel enseignant s’élève à environ 15 000 enseignants, on a pu constater une mauvaise allocation du personnel enseignant à l’échelle nationale. Cette allocation peu rationnelle se caractérise par une forte concentration d’enseignants qualifiés dans les zones résidentielles comme par exemple Abomey Calavi où dans certaines écoles à 6 cours, il y a près d’une dizaine d’enseignants au détriment d’autres écoles reculées qui en sont dépourvues ;

- le peu d’attention réservée à l’enseignement maternel pourrait expliquer également les résultats de ces dernières années au Cep. En effet, dans les contextes où la langue d’enseignement n’est pas habituellement la langue maternelle des enfants, le préscolaire peut en outre permettre aux élèves de se familiariser avec l’apprentissage et la langue d’instruction avant l’arrivée au cycle primaire ;

- le peu d’entrain des enseignants pour le métier aurait également contribué à la descente aux enfers que connaît le système éducatif, notamment au primaire et au secondaire technique et général. En effet, le combat pour la revalorisation effective de la fonction enseignante (conditions de travail, rémunération, et perspectives de carrière) a été depuis plusieurs années l’une des principales causes des différentes grèves qui ont secoué le système éducatif ;

- la précocité de l’âge d’admission au CI. Les enfants ne sont pas assez matures pour assimiler facilement certaines notions des programmes en vigueur surtout en mathématiques.

Que faut-il faire à présent ?
Maintenant que le Ministre des Enseignements Maternel et Primaire nous a permis de connaître le vrai visage de notre sous-secteur, la seconde étape sera de commettre rapidement un groupe d’experts pour poser plus clairement le diagnostic et faire une analyse critique et détaillée de la situation. De cette analyse devrait découler un plan d’actions exécutoire sans délai ainsi qu’une feuille de route assez précise pour un suivi-évaluation de la mise en œuvre des recommandations. Pour y parvenir, il faudra des moyens et c’est de la responsabilité de l’Etat d’assurer la qualité de l’éducation. Personne n’est fier de ces résultats.

Votre mot de la fin.
Je voudrais inviter le Ministre de l’enseignement secondaire à prendre exemple sur son collègue du primaire en nous faisant connaître les vrais résultats au niveau de son sous-secteur. Nous n’avons rien gagné dans la falsification des résultats des examens au cours de ces dernières années.
J’invite respectueusement le Gouvernement à se pencher sur les résultats des différents examens et à prendre les mesures qui s’imposent.
Isac A. YAÏ

7-07-2016, Isac A. YAÏ


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