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Entretien avec Marielle Dégboé sur la sexualité précoce chez les adolescents : « Il y a des autorités, des garants de la sécurité de nos villages qui sont aussi responsables des abus sexuels »

Des adolescents et jeunes se lancent de façon précoce dans la pratique de la sexualité sans en mesurer les risques et les conséquences. Ce phénomène qui brise le rêve de plus d’un et freine le développement pourrait être évité si les jeunes ont la bonne information. A travers cet interview, Marielle Dégboé, Présidente régionale du Réseau ouest africain des jeunes femmes leaders (Roajelf), parle de la responsabilité des parents, des éducateurs et même des jeunes afin d’éviter la sexualité précoce et ses préjudices sur les jeunes et sur tout le pays.

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Vous vous intéressez à la santé de la reproduction des adolescents et jeunes. Il y a un phénomène qui prend de l’ampleur au niveau de cette couche. Il s’agit des grossesses précoces. Pouvez-vous nous expliquer les causes de ce phénomène ?
Il y a d’abord une question d’éducation. A ce niveau, nous constatons la démission des parents, car lorsque l’enfant commence par atteindre l’âge de l’adolescence, les parents ne comprennent souvent pas que leurs responsabilités se multiplient. Du coup, ils ont tendance à baisser la garde. Par exemple, à l’âge de 15 ans, l’enfant a envie d’aller à une fête, on n’essaie même pas d’expliquer le pour et le contre de cette fête à l’enfant et on lui donne la permission d’y aller. Ce n’est pas la rigueur qui vous empêchera d’être parent. Par contre, si l’enfant exprime un besoin, il faut essayer de le satisfaire à la mesure de ses moyens.
La deuxième cause est liée au manque d’informations. Les adolescents n’ont pas accès à la bonne information, mais à celle de rue, auprès des amis et autres. Et c’est en ayant ces genres d’informations, qu’un (e) ami (e) peut leur proposer d’aller au sexe. Mais, il ou elle n’ajoutera pas qu’il faut y aller en se préservant.
La troisième cause, c’est la responsabilité qui incombe aux éducateurs. Et quand je parle d’éducateurs, cela englobe les menuisiers, coiffeurs, couturiers, enseignants et autres. Je les appelle éducateurs car, les adolescents passent la plupart de leur temps avec eux. Ils ont donc un rôle important à jouer dans l’éducation des enfants.
La sexualité n’est pas un sujet tabou. Il vaut mieux en parler et aller à la recherche de la bonne information pour savoir comment se comporter.

Avez-vous l’impression que les parents discutent de la sexualité avec leurs enfants ?
Cela fait partie des maux que nous avons identifiés au niveau de notre réseau. Pas plus tard qu’en juillet dernier, nous étions à Adjarra pour mettre l’accent sur le dialogue parents-enfants parce que cela fait vraiment défaut. Et cela se justifie parce que nos parents n’ont pas eu la chance de bénéficier de ce dialogue avec leurs parents. Eux, ils ont reçu comme éducation que le sexe est un sujet tabou, on n’en parle donc pas. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Nous essayons de faire comprendre aux parents que l’éducation sexuelle commence depuis la maison et ceci, à travers le dialogue que les parents ont avec leurs enfants sur le sujet. Ce n’est pas à l’âge de l’adolescence que le parent va chercher à instaurer le dialogue avec son enfant, cela doit commencer dès le bas âge. Dès que l’enfant a trois ans, il faut commencer par lui expliquer les choses dans un langage qui est à sa portée. Car, à cet âge, les enfants sont très curieux, ils posent beaucoup de questions, ils veulent tout savoir. Il ne faut donc pas fuir leurs questions ou les gronder, il faut leur répondre en leur disant surtout la vérité. Quand l’enfant réussit à avoir la bonne information, il saura comment discuter avec ses amis. Mais quand vous allez leur cacher la bonne information, ils vont se dire que ceux-là, on ne peut pas leur faire confiance. Il ne faut donc pas penser qu’ils sont bêtes. Quand un enfant vous pose une question, parfois il a déjà la réponse, c’est donc juste pour faire une comparaison ou avoir la confirmation qu’il vous la pose. Donc, quand vous évitez ce dialogue, l’enfant ne sera plus ouvert à vous. Il faut donc instaurer le dialogue parents-enfants dès le bas âge. Cela fera qu’à l’âge de l’adolescence, vous aurez plus de facilité à discuter avec lui. A l’âge de l’adolescence, l’enfant est perturbé. Il se croit plus fort, invincible…, mais il faut comprendre qu’il est toujours vulnérable. Il faut donc être suffisamment patient pour les écouter et discuter avec eux afin de les encadrer autrement.

Est-ce que l’évolution technologique et les médias ne contribuent-ils pas à l’amplification des actes sexuels précoces au niveau des adolescents ?
L’évolution des Technologies de l’information et de la communication contribue exagérément à tout ce dont nous sommes en train de parler. Peut-être que vous vous demandez déjà comment faire pour que cela ne conduise pas les enfants à la dérive ou à la débauche.
La première chose à laquelle notre siècle a été confronté est la télévision. Est-ce que nous avons pu empêcher les enfants de regarder la télévision ? La réponse est non. C’est toujours avec le dialogue qu’il faut amener l’enfant à faire la part des choses, vu tout ce qu’il regarde à la télévision.
Il y a aussi l’internet. Cet espace n’est pas censuré et avec un petit portable, l’enfant a déjà l’accès à l’internet et il peut voir tout ce qu’il veut, personne n’est là pour le lui refuser. Voilà pourquoi il faut faire en sorte que la bonne information soit suffisamment disponible au niveau de l’enfant afin qu’il sache qu’il court d’énormes risques en faisant telle ou telle chose. Des situations qui peuvent perturber ma vie, qui peuvent briser mon avenir, qui peuvent me faire perdre la confiance que les autres voudraient avoir en moi dans la société…

Votre réseau s’est donc donné pour mission l’éducation sur la santé reproductive des jeunes. Pourquoi un tel choix ?
La mission première de notre réseau est de faire en sorte que les jeunes filles et les jeunes femmes prennent la mesure de leurs responsabilités dans la société. Et pour se sentir responsable dans la société, il faut avoir des comportements appropriés. Et comme nous l’avons détaillé, il y a un vide dans la société car, les parents ne sont pas forcément à la maison pour le faire d’une part et d’autre part, quand ils sont là, ils ne sont pas prêts pour le faire, pas parce qu’ils ne veulent pas le faire, mais parce qu’ils n’ont pas reçu cette éducation. L’école aussi n’est pas prête de le faire. En tant que Réseau, on s’est dit que si chaque Ong peut identifier des besoins au niveau des jeunes et aller vers les populations pour leur apporter la vraie information, on aurait contribué à changer quelque chose. Ce que nous faisons est une question de passion, de volonté, d’utilité publique et de service à rendre à ceux qui en ont réellement besoin.

Avez-vous le sentiment d’avoir réellement contribué à changer quelque chose dans la société ?
Oui, car lorsqu’on arrive à toucher une cible, vous avez la certitude que cette personne va vulgariser l’information autour d’elle. Et la cible que nous touchons, c’est celle qui vit dans une maison, dans une famille et qui peut partager l’information à tous les autres. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes seuls sur le terrain, il y a d’autres organisations qui le font aussi. Nous sommes plus proches de la population et nous sommes convaincus que beaucoup restent à faire. Car, il y a des autorités, des garants de la sécurité de nos villages qui sont aussi responsables des abus sexuels et des dérives constatées au niveau des jeunes filles, mais personne n’en parle car, tout le monde a peur de se faire écraser. Mais nous, on en parle et nous en payons le prix. Cela ne nous décourage pas et on n’a pas peur d’en parler.
En mars dernier, nous avons reçu un grand choc. C’était l’histoire d’une petite fille de 8 ans qui avait déjà été donné en mariage au roi de la localité. Elle a déjà contracté une grossesse qui a mal tourné à cause de son âge évidemment. Et à l’âge de 13 ans, cette fille est encore tombée enceinte. Au cours d’une de nos activités dans la localité, c’est le père même de l’enfant qui l’a amenée vers nous pour qu’on puisse la sauver des mains du roi de ce village, car la petite a été donnée en mariage par son grand-père. Il faut donc dénoncer ces dérives et pour pouvoir le faire, il ne faut plus les voir comme des choses normales. Nous discutons donc avec les gens pour leur faire comprendre le mal qu’ils font à la société et au développement de la nation en posant ces actes-là.

Vous avez sillonné certaines localités du Bénin avec votre réseau. Que pensez-vous de la précocité des activités sexuelles au niveau des adolescents ?
Selon les statistiques, l’âge moyen auquel les jeunes s’adonnent aux premiers rapports sexuels est estimé à 15 ans. Et 6% des adolescents ont déjà leur première grossesse avant cet âge. Ce sont les statistiques des enquêtes démographiques de santé au Bénin 2011-2012. De la même manière, chez les jeunes filles de 20 à 24 ans, 23,3% ont eu leur première naissance avant l’âge de 18 ans et 41,6% ont donné leur première naissance avant l’âge de 20 ans. Si rien n’est fait, on va tous en payer le prix, car on a souvent du plaisir à dire que les filles ont une activité sexuelle précoce, mais on oublie que nous sommes en train de mettre au monde des filles. Et si chacun pouvait se demander si à cet âge là, mon enfant se trouve dans la même situation, comment je vais me sentir ? ou si on vient me dire que ma fille de 11 ans a été violée par son enseignant ou est enceinte, comment est-ce que je réagirai ? Cette lutte n’est donc pas celle des Ong et des réseaux seuls, c’est pour tout le monde. Lorsqu’une femme est bien instruite, bien éduquée et lorsqu’elle apprend à avoir de bons comportements sexuels, elle grandit normalement dans la société, elle est respectée et elle peut développer beaucoup de choses au profit de la société.

Est-ce qu’il y a des lois qui sanctionnent les abus sexuels ?
Il y a plusieurs lois : loi contre le harcèlement sexuel, loi contre les violences faites aux filles… toutes ces lois existent, mais c’est leur mise en application qui pose problème. C’est pour cela que je dis que cette lutte est une responsabilité partagée. Mais ces gens là qui refusent d’appliquer la loi comme il se doit, ils n’ont qu’à savoir que si cette situation n’arrive pas à leurs propres enfants, cela peut arriver aux enfants de leurs petits enfants, de leurs frères, sœurs ou autres. Donc, nul n’est épargné.

Nous constatons aussi que les abus sexuels gagnent le milieu scolaire. Du coup, l’école qui est censée donner une bonne éducation aux enfants, devient un lieu d’expérimentation du sexe. Qu’en dites-vous ?
Ça donne à craindre. Et les personnes à mettre en garde doivent être les promoteurs d’établissements. Ensuite les enseignants qui ont l’habitude de dire que c’est là où on attache le mouton qu’il broute. Il faut donc leur faire comprendre que tant que l’enfant n’a pas encore l’âge de la majorité et qu’ils s’amusent à s’y aventurer, en ce moment là, ils payeront le prix car, eux, ils ont déjà détruit l’avenir de l’enfant. Il ne faut donc pas leur faire de cadeau sur ce point-là.

Ce n’est pas seulement les enseignants qui enceintent leurs élèves. Il y a aussi des élèves qui entretiennent des rapports sexuels entre eux. Que dites-vous de ça ?
C’est pour cela que nous parlons de la disponibilité de la bonne information. Il faut bien éduquer la fille en lui disant que ce n’est pas parce qu’un garçon de sa classe lui fait des yeux doux, qu’elle doit se sentir amoureuse. Si la fille est suffisamment proche de ses parents à la maison, c’est sûr que les parents lui auront déjà dit "Naie pas crainte de me présenter ton petit ami". Une fois qu’un garçon lui fera la cour, elle va certainement lui dire si tu veux être mon ami, viens connaître mes parents. Si ce garçon n’est pas animé de bonnes intentions, il n’ira jamais se présenter. Et en ce moment, la fille comprendra qu’il ne veut pas faire du sérieux avec elle. Elle peut donc faire demi-tour. Les filles doivent comprendre que ce n’est pas parce qu’un homme leur met la pression qu’il faut se laisser aller. Ne le faites pas si votre volonté n’y est pas. Et si votre volonté y est, c’est que vous êtes en mesure d’assumer toutes les conséquences : humiliation de grossesse précoce, devenir mère malgré le jeune âge. Et quand on devient mère, on n’a pas que l’enfant, il y a aussi des charges. Vous abandonnez peut-être vos études de façon brutale, vous auriez peut-être envie de les reprendre plus tard, mais vous n’aurez personne pour vous garder l’enfant. Nous avons au sein de notre réseau un creuset dédié à l’éducation des filles mères. Ce n’est pas parce que ce creuset existe qu’il faut chercher à devenir fille mère. Nous œuvrons pour que tout le monde réussisse dans une famille car, lorsqu’une seule personne réussit, il ne peut jamais satisfaire les besoins de tout le monde. Il a beau donner à tout le monde, on dira toujours qu’il ne fait rien à personne. Il vaut mieux alors que tout le monde réussisse afin d’être épargné des besoins. Il faut donc que les enfants soient ouverts à leurs parents et que les parents entretiennent aussi un dialogue franc avec les enfants. Cela leur évitera le pire.

Un mot pour conclure cet entretien ?
Nous voulons interpeller les parents à reconsidérer leur rôle de parents. Nous savons qu’ils sont occupés par leur gagne-pain, mais qu’ils comprennent que le tout ne suffit pas d’envoyer les enfants à l’école, il faut aussi assurer leur éducation.
Nous interpellons les adolescents à prendre conscience de leur valeur dans la société. Et la valeur dont on parle est le fait que ces personnes aient confiance en elles-mêmes. Nous disons à ces jeunes que personne ne peut protéger leur vie à part eux-mêmes. A eux de le faire et les autres leur viendront en appui.
Nous interpellons les promoteurs d’écoles qu’ils ont la responsabilité de protéger les apprenants de leurs établissements. C’est vrai qu’au niveau universitaire, on dira qu’on a affaire aux adultes, mais ils peuvent faire en sorte que leurs établissements ne deviennent pas un lieu de débauche. Ils ont donc la lourde tâche de protéger tous les enfants que les parents envoient dans leurs établissements.
Nous interpellons les autorités à divers niveaux pour que les lois existant dans le domaine soient réellement appliquées, ne serait-ce que pour dissuader les auteurs des abus sexuels.
Propos recueillis par Isac A. YAÏ

16-11-2016, Isac A. YAÏ


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