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Inondations récurrentes à Cotonou : L’incivisme et l’impuissance des autorités plombent les efforts

Difficile de circuler dans certains quartiers de Cotonou en saison pluvieuse. Chaque année, les rues et autres artères sont remplies d’eau. Si les populations dénoncent une impuissance de la municipalité de Cotonou au regard des nombreux échecs face au diktat de l’eau, les autorités quant à elles, jettent la pierre aux populations. Enquête :

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De petits ‘’lacs’’ au milieu des voies. Des ruelles jonchées de flaques d’eau. En cette saison des pluies, Cotonou est impraticable, et par deux fois, les usagers réfléchissent avant de sortir pour faire leurs courses. Depuis des décennies, il en est ainsi. L’eau a fait de Cotonou son lit, et aucune solution durable et définitive n’est trouvée. « C’est triste, lamentable et déplorable. Chaque année, c’est le même refrain. A mon âge, je fais de la gymnastique avant de pouvoir accéder à ma maison. Saut en longueur, grand écart, triple saut. Tous les moyens sont bons et nécessaires en temps de pluie pour rentrer chez soi », déclare Séraphin Bokossa, un quinquagénaire vivant à Zogbo, un quartier de Cotonou. De Zogbo à Fifadji, en passant par Agla, Akpakpa, le constat est le même.
Fatigués d’un cycle qui devient infernal, les riverains de ces différentes zones ne cachent plus leur ras-le-bol. "Opération 3CI, 4CI, on s’en fout ! Où sont passées les autorités de ce pays ? des milliards investis et depuis des décennies, l’eau règne en maître à chaque saison pluvieuse sous le regard impuissant des instances qui sont censées anticiper d’éventuels désagréments ", s’insurge Séraphin. A l’instar de Séraphin, nombreux sont les habitants interrogés dans la ville de Cotonou qui dénoncent une impuissance des autorités à tous les niveaux. Sur un échantillon de 50 personnes questionnées par rapport à cette situation qui perdure, 85% estiment que les autorités sont incapables de les sortir du traquenard de l’eau. Seulement 15% jugent que les responsabilités sont partagées et que les populations sont aussi à la base de cet état de choses.

Responsabilité partagée
Au nombre de ceux qui pensent que la population en est pour quelque chose, Tatiana Dokpomiwa, riveraine à Zogbo s’indigne : « Malgré l’existence de structures de collecte d’ordures ménagères, le dépôt des ordures dans les réceptacles naturel de l’eau perdure. Aussi, une frange de la population ne se gêne pas d’élire domicile dans les bas-fonds. L’important pour eux, c’est d’être propriétaires même s’il faut cohabiter avec l’eau pendant la saison pluvieuse. Deo-Gracias, résidant à Fifadji abonde dans le même sens : "La responsabilité est partagée. Par l’occupation anarchique des zones réservées au passage de l’eau, la population n’est pas exempte de tout reproche. Il faudra la sensibiliser sur les conséquences de ces actes et ensuite désengorger ces zones".
Toujours au sujet des responsabilités face à l’inondation, Kabirou Bouraima, ingénieur des sols se montre plus radical. « On ne peut pas vouloir d’une chose et de son contraire. On ne peut pas indexer la ville lorsqu’il y a des stagnations d’eau, des inondations et au même moment boucher les ouvrages d’assainissement construits à cet effet. Nous sommes en présence de beaucoup d’actes d’incivisme. Des constructions anarchiques ont été érigées dans l’emprise des voies pour empêcher les travaux d’assainissement et de pavage en cours de réalisation dans la ville », souligne-t-il.
Pour les autorités municipales, le paradoxe réside dans le fait que, les mêmes individus qui incriminent les autorités et les organisations qui viennent à la rescousse des populations, sont ceux-là même qui s’illustrent par des actes d’incivisme caractérisés en occupant de façon anarchique les emprises de l’eau.
Un contraste que Elie Azandossessi, ingénieur en bâtiment et travaux publics justifie : « Il y a des agissements qui sont de nature à saboter les nombreuses avancées faites par la municipalité en matière de lutte contre les inondations. Les efforts consentis par les autorités pour sortir les populations des affres des inondations se trouvent malheureusement confrontés à de nombreux goulots d’étranglement. Il s’agit notamment des comportements de certains citoyens qui prennent d’assaut les bassins de rétention d’eau créant ainsi de graves nuisances à toutes les populations ».

Le Pugemu à la barre
De ce fait, des approches de solutions sont expérimentées depuis des années afin de réduire les inondations au Bénin. Nous pouvons citer entre autres les performances du Pugemu qui fait suite à une demande pressante des autorités béninoises en septembre et octobre 2010 afin de recevoir une aide d’urgence pour soutenir les populations touchées par les inondations. Ce projet est destiné à aider le Bénin à mieux se préparer pour faire face aux impacts des inondations récurrentes sur la population et son économie. Cependant, les efforts fournis par ce projet peinent à porter des fruits. Au nombre des 20 personnes interrogées afin de savoir l’impact de ce projet dans la lutte contre les inondations, beaucoup ont apprécié le but et les objectifs du projet mais décrient une mauvaise mise en application des mesures. « C’est un bon projet. Des efforts sont quand même consentis pour aider la population dans la gestion des inondations. Cependant, les actions doivent être mieux pensées afin d’impacter plus les sinistrés », confie dame Francine Amoussouga.
Pendant que les avis divergent et que les passes d’armes se poursuivent, les riverains continuent de souffrir des conséquences des inondations.

Les usagers en payent le prix fort
D’ailleurs, c’est la mort dans l’âme que Etienne Zinsou, riverain au quartier Akpakpa PK10 fait constater que sur la voie qui jouxte sa maison, il y a un gros trou causé par l’eau qui crée d’énormes désagréments aux usagers. Au minimum cinq à six moto s’éteignent à ce niveau au quotidien. "Malgré mes précautions, je viens aussi d’en être victime », se lamente-t-il avant de poursuivre : « Les motos tombées en panne dans les eaux créent des charges supplémentaires aux citoyens qui déjà, difficilement joignent les deux bouts en cette période de crise économique ». Tout comme lui, Yves Sossou, la quarantaine environ, exaspéré d’une énième panne de sa moto exprime son mécontentement : « Cela fait ma deuxième bougie que je change en l’espace d’une semaine sans compter ma dent-chaîne que j’ai changé la semaine passée. Cela ne peut plus continuer comme ça. Il faut que les autorités réagissent ».
Cette situation qui fait le malheur des uns fait le bonheur des autres, en l’occurrence les mécaniciens et les électriciens moto. A en croire Hugues, mécanicien à Zogbo, « En saison des pluies, nous avons plus de travail. Les pannes de motos sont de plus en plus fréquentes, et cela nous fait plus d’argent à gagner ». On serait même tenté de croire qu’ils voudraient que les inondations s’éternisent.
Mais, au-delà des causes humaines, de nombreux autres facteurs expliquent ces cas d’inondations qu’on observe chaque année. Selon l’ingénieur Kabirou Bouraima, plusieurs facteurs naturels sont également à l’origine des inondations à Cotonou. Ils sont de plusieurs ordres : la position géographique de Cotonou, le climat, le relief et la topographie, l’occupation du sol, le choix et le dimensionnement des ouvrages de drainage, les déchets solides, etc…

Des approches de solutions
Pour lutter efficacement contre les inondations, Mesmin Eyou, Directeur adjoint des services techniques de la mairie de Cotonou préconise qu’il faut mettre en place des ouvrages de drainage qui prendront en compte l’étendue des cours d’eau. Selon lui, « on ne peut résoudre le problème des inondations sans délocaliser les populations qui se sont installées dans les bas-fonds. L’eau est une ressource naturelle dont on ne bloque pas la route, elle se fraye toujours un autre passage ». Aussi, a-t-il insisté sur le fait que les caniveaux doivent être périodiquement curés et désensablés. Pour cela, il faut que les ressources matérielles et financières soient mises à la disposition de la mairie à temps afin d’anticiper au mieux les inondations.
Certes, en ce qui concerne les mesures contre l’inondation, l’unanimité est faite que des améliorations se notent par endroits. C’est le cas des tronçons Agla-Fidjrossè, Zogbo-Fifaji et Sainte Rita où des ouvrages d’assainissement ont été construits. Mais, tant qu’il reste à faire, rien n’est fait. Alors, il est impérieux de trouver les mesures qui s’imposent pour sortir Cotonou de l’eau, et de façon définitive. Et ceci passe par la prise de conscience et la mobilisation de tous, pour faire échec à l’eau, source de vie mais qui à Cotonou, en temps de pluie, est source de malheur et de désagréments !
Dios CHACHA

19-09-2017, La rédaction


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