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Interview avec l’artiste Sadky « Je développe une compréhension des choses que ne perçoit pas le commun des mortels »

Goudou Prisca Estelle à l’état civil, Sadky est une jeune artiste chanteuse qui a choisi de faire carrière dans le rap. Elle a à son actif un album dont le titre Hominsou l’a propulsée au-devant de la scène musicale béninoise. Au-delà de la musique, Sadky envisage une carrière de styliste modéliste. Dans cet entretien, Goudou Prisca Estelle parle de son art et de ses projets.

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Pourquoi avoir choisi d’être artiste rappeuse…
C’est beau de voir une femme faire du rap. Et j’ai choisi le faire en fon parce que, c’est d’abord ma langue maternelle, et puis je suis Béninoise. C’est en quelque sorte une question d’identité culturelle.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?
Elles sont d’ordre linguistique. Je fais du rap en fon, mais mon fon n’est pas commercial. Donc, je cherche à parler le vrai fon. L’articulation et le punch sont différents et du coup c’est difficile, puisque même si originairement je suis d’Abomey, j’ai grandi à Cotonou. Donc, c’est maintenant que je suis en train de travailler le punch, et j’avoue que ce n’est pas facile.

Quels sont les instruments qu’utilise Sadky dans sa production ?
Je n’ai pas de limite. J’utilise l’instrument qui va avec mon inspiration. Mais le plus souvent, c’est le gong, le balafon et les tam-tams. Quand il s’agit d’une couleur africaine, j’utilise beaucoup plus la percussion parce que, quand on parle de musique africaine, on pense d’abord à la percussion.

Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos chansons ?
Je parle de tout. Mais je développe une compréhension des choses que ne perçoit pas le commun des mortels. Je creuse mes sujets et les gens apprécient. Il faut aussi dire que je suis souvent inspirée par les lois naturelles. Par conséquent, quel que soit le sujet, j’essaie de voir son côté spirituel.

Parlez-nous un peu de l’album ‘’Amour du destin’’
Amour du destin est un opus de 13 titres. Vous avez entre autres, hommage à la femme ‘’Gnonou’’, hôminsou que tout le monde connaît déjà, la fille grise qui parle de nos comportements, en tant qu’Homme dans le monde physique. Nous avons tendance à courir beaucoup plus derrière la matière que la réalisation intérieure. C’est le message que véhicule la fille grise. C’est pour ceux-là qui ont envie de connaître leur mission sur terre. Vous avez l’amour de la vie qui n’a rien à voir avec l’amour sentimental. Il s’agit de l’amour que nous sommes en tant qu’Homme fait à l’image de Dieu, c’est purement divin.

D’où vous est venue l’inspiration pour le titre ‘’Hominsou’’ qui a vite été adopté par les Béninois ?
J’ai juste chanté l’une des réalités que vivent les femmes. Je constate cela au quotidien, et je me fais porte-parole des sans voix. Le manque d’attention pour la femme, alors qu’on exige d’elle ciel et terre est bien une réalité chez nous. Quand vous écoutez le morceau, vous voyez peut-être que je parle de l’argent, mais dans le fond, il s’agit du manque d’attention, d’affection parce qu’il n’y a pas que l’argent qui rend heureux. Quand vous étudiez bien le texte, c’est ce que ça donne comme leçon de morale. D’ailleurs, dans le clip, on n’a pas fait ressortir l’argent, le minimum qu’il faut donner à sa femme c’est l’affection. J’en ai parlé et j’assume.

Sadky est chrétienne ?
La religion n’est pas mon point fort. Ce n’est pas une priorité pour moi. Ce qui est primordial pour moi, c’est ma relation avec Dieu. Donc, je crois en Dieu, je crains Dieu mais je ne crois pas à la religion. Pour moi, la religion fait partie des détails de la vie. Ce qui est important, c’est la relation avec Dieu.

Pourquoi, d’après vous, les femmes artistes béninoises ont tendance à s’inspirer du sexe pour composer leurs morceaux ?
Vous me demandez en fait pourquoi j’ai chanté ‘’Kèassa’’ (écarter les jambes en langue locale fon) sur le morceau Hôminsou. En fait, quand vous voulez dire une vérité, il faut utiliser les termes appropriés. Ce qu’il y a avec ce morceau est que les gens ont envie de voir une image, et ils se donnent l’image là qu’ils veulent voir. C’est un sujet qui n’a rien à voir avec le sexe. J’ai évoqué une réalité que vivent les femmes. Je suis désolée pour ceux-là qui voient à travers ce que je dis, ce qu’ils ont envie de voir. On dit que la beauté se trouve dans l’œil qui regarde. Si vous voulez voir cela dans le bon sens, vous allez le voir ainsi. Donc, c’est selon l’état de conscience de chacun.

Vous êtes styliste en herbe ou styliste tout simplement ?
Ça dépend de ce que vous voulez. Je suis dans une école de stylisme modélisme et avant d’entrer dans cette école, j’ai eu à faire mon parcours sur le tas, parce que vous savez qu’il n’y a pas d’école de mode, et c’est la toute première école de stylisme au Bénin. Quand j’ai découvert l’école, je me suis inscrite pour me perfectionner. Je suis styliste tout simplement.

Mais vous êtes encore à l’école ?
Je suis encore à l’école, mais je vends mes créations depuis 3 ans. Je crois que c’est un métier d’avenir parce que moi je vis de ça. C’est ce qui me permet d’investir dans la musique. J’essaie d’aller vers ceux qui connaissent la valeur de mon travail.

Est-ce parce que Sadky est aussi styliste que son habillement sur scène est parfois extravagant ?
C’est Bizarre pour certains et appréciable pour d’autres. Ça dépend du goût et de la vision de chacun. Moi je suis styliste et mon travail, c’est d’habiller les gens, donc mon devoir est de toujours bien m’habiller. Mon option, c’est la créativité. Je suis créatrice de mode. Du coup, c’est important pour moi d’afficher ce côté sur scène. C’est pourquoi vous parlez de costume extravagant.

Avez-vous déjà pris part à des festivals de mode ?
Bien sûr ! Je suis allée au Congo en 2014 pour un festival de mode. Je suis allée en tant que styliste. Après, j’ai suivi une formation de stylisme et de musique en Belgique. Et chaque année, j’ai mon évènement, la soirée des jeunes stylistes.

Un mot à l’endroit de vos fans
Je promets de toujours bien travailler. Parce que, quand tu lances un truc que les gens apprécient, c’est comme un piège. On est appelé à mieux faire.

8-12-2016, La rédaction


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