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Invasion des champs dans le Zou-Collines et le Borgou-Alibori : Les chenilles ravagent les cultures vivrières

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Pas évident que les fruits tiennent la promesse des fleurs cette saison. En quelques semaines, des milliers d’hectares de cultures, notamment du maïs ont été dévorés par des chenilles dans plusieurs régions du Bénin. Dans le Borgou Alibori comme dans le Zou-Collines, la situation est préoccupante, et certains responsables de développement rural contactés parlent « d’état d’urgence ». En effet, les changements climatiques n’ont pas fait qu’induire une pluviométrie inquiétante et un débordement du bassin du Niger. La modification des facteurs tels que la chaleur et l’humidité ont raccourci, selon les spécialistes, le cycle de vie des papillons. D’où une multiplication excessive des chenilles à la quête de végétation. Elles se propagent à une allure inquiétante dans les champs, rongent les feuilles, détruisent les fleurs et même les tiges. Les producteurs sont désormais inconsolables.« Avec cette dévastation des champs, je n’ai aucun espoir pour cette année. C’est une grande famine qui tape à nos portes », laisse entendre au micro deCanal3 Bénin Yacoubou Sinrigui, un producteur de N’dali. Le drame, c’est l’inadéquation des produits chimiques pour arrêter l’expansiondes chenilles. Certains producteurs se plaignent de l’inefficacité des traitements qui pourrait être due au non-respect des principes ou de l’inadaptation des insecticides. Il n’est pas exclu dans ces cas d’urgence que des producteurs fassent recours à des produits chimiques potentiellement dangereux. Le parasite donne du fil à retordre pour le moment aux acteurs du secteuragricole.Et même si, du côté du ministère de l’Agriculture à travers les responsables de développement rural, l’on tente de rassurer les producteurs, ces derniers perdent espoir.

La famine pointe à l’horizon ?
Si rien n’est fait, c’est la famine qui tape ainsi aux portes du Bénin, avec une chute des rendements agricoles, et une inflation sur les prix des céréales.En réalité, l’invasion sévit dans des zones qui constituent des greniers du Bénin. Dieu seul sait la production vivrière que les paysans pourront tirer des champs dévastés et de ceux qui sont en attente. En attendant de faire le point avec des statistiques précises, la situation parait plus préoccupante dans le septentrion. Avec le débordement du bassin du Niger, plusieurs hectares de cultures sont déjà touchés par les eaux. A ceci, il faudra ajouter les potentielles menaces liées à un éventuel débordement du fleuve Ouémé et ses affluents, du Zou et de l’Okpara. Les populations ont besoin d’être rassurées. L’Office national de sécurité alimentaire et les autres structures compétentes ont de quoi suivre la situation de près pour anticiper sur la crise.

Professeur Elisabeth Zannou, à propos de l’invasion des chenilles
« C’est lié aux changements climatiques…Le pire est à craindre »

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Le Bénin fait face depuis quelques semaines à une invasion des chenilles dans les champs. Plusieurs dizaines d’hectares de cultures vivrières sont déjà détruites et la situation est devenue alarmante. A travers cette interview, leProfesseur Elisabeth Zannou, enseignant chercheur à la Faculté des Sciences Agronomiques, analyse les causes et l’ampleur de la situation. Cette entomologiste énonce des dispositions à prendre pour parer au pire.

Que peuvent comprendre les populations par invasion des chenilles ?
Les chenilles constituent un stade de développement d’une catégorie d’insectes donnée. Ce ne sont pas tous les insectes qui donnent des chenilles. Ces chenilles dont on parle ne sont rien d’autres que des larves de papillons qui, depuis un certain temps,font des dégâts dans certaines régions du pays. Il fallait s’y attendre si tant est que les changements climatiques sont au rendez-vous depuis un certain nombre d’années. C’est évident que de pareils constats se fassent sur les insectes qui constituent un maillon important de l’environnement.

Dans ce cas précis, de quelle espèce s’agit-il ?
Parmi les nombreuses espèces de lépidoptèresqui ont commencé par dévaster les cultures, se trouve L’hélicoverpa. C’est une espèce qu’on retrouvait beaucoup plus sur les cultures cotonnières et de tomates, mais qui se retrouve depuis peu sur les cultures qu’on n’avait même pas soupçonné. Dans le Zou aujourd’hui, le constat est là, les paysans sont à genoux.

Des dizaines d’hectares de cultures sont aujourd’hui détruites, aussi bien au Nord qu’au centre du pays. Comment expliquez-vous cette situation ?
Pour ma part, je ne peux pas être surprise dans la mesure où c’est un phénomène prévisible à plus d’un titre. Si les itinéraires techniques ne sont pas respectés dans le traitement des cultures avec des produits chimiques, souffrons qu’aujourd’hui, on soit confronté à cette situation. Les insectes s’attaquent à des cultures qui à l’origine n’étaient pas leurs plantes hôtes. Par ailleurs, comme je le dis, c’est aussi lié aux changements climatiques.

Comment est-ce que le dérèglement climatique peut-il participer au développement des insectes ?
Je vous donne un exemple. Le cycle de développement d’un insecte est conditionné par le climat. La précipitation, la température et l’humidité relative de l’environnement constituent des facteurs de multiplication des insectes. Si un des composants du climat est modifié, le cycle de développement de l’insecte l’est également.Depuis un certain temps, vous voyez la température qu’il fait, la chaleur qui sévit au Bénin. Alors, cette chaleur ne fera tout simplement qu’accélérer le cycle de développement de ces insectes qui était en veilleuse. Et là, en un mois, au lieu d’avoir une génération, on pourrait en avoir trois voire quatre. La population s’accroît de façon exponentielle.

N’y a-t-il pas des mécanismes pour anticiper sur le phénomène que les paysans subissent actuellement ?
Il y a des mécanismes. Beaucoup de travaux ont été réalisés dans le monde dans ce sens pour modéliser, prédire le comportement de ces insectes face auxchangements climatiques. Mais dans notre contexte, c’est un peu difficile. Nous sommes à pied d’œuvre pour parer au plus pressé. Ce n’est pas au moment où l’insecte commence par causer des dégâts qu’il faut modéliser. La modélisation, c’est quelque chose qui se prédit sur des dizaines voire même des vingtainesd’années. Alors, si le dégât est déjà présent, nous ne pouvons que saisir les actions curatives.

Quelles sont les mesures d’urgence qui peuvent être déployées ?
Je crois que les entomologistes, chacun de son côté s’affairent pour voir les dispositions à prendre. Quand je dis dispositions à prendre, il s’agit des dispositions curatives. Lorsque je prends l’exemple de quelqu’un qui est malade ou mourant, on est affolé. Et on ne peut faire qu’avec les moyens dont on dispose. C’est à cette stratégie que nous faisons recours pour parer au plus pressé.

Est-ce qu’il faut craindre le pire ?
Le pire est à craindre dans la mesure où nous sommes face à des espèces qui n’étaient pas inféodées à une culture et qui, subitement, s’y retrouvent. Le paysan n’a pas tout de suite sous la main une solution. Il utilise tout ce qu’il a comme pesticides sous la main. Dans la commune de Djidja, la fois dernière, un paysan s’est retrouvé face à un champ où il n’espère plus rien. L’espèce qu’on a retrouvée dans son champ est une espèce en cours d’identification. On ne l’avait jamais constatée sur le maïs. Ça ne bouffe pas la feuille mais creuse la tige et ronge jusqu’à la racine. Le paysan ne peut rien. Autrement dit, il va couper le pied de maïs et jeter. Nous ne pouvons pas rester dans nos murs et dire les mesures indiquées. Ça ne peut qu’être une intégration de méthodes. Le drame est que c’est plusieurs espèces à la fois. Même les jardins dans les maisons sont attaqués. Il y a cinq ans, je n’ai jamais eu de chenilles dans mon jardin à Cotonou, mais aujourd’hui, j’ai cinq espèces qui bouffent dangereusement les fleurs. Seulement que les pesticides ne sont pas les solutions. Je crois que tous les collègues entomologistes sont conviés à se joindre aux équipes à pied d’œuvre sur le terrain. Même si on ne peut pas juguler cette crise, qu’on puisse sauver les cultures. Sinon, nous risquons une insécurité alimentaire.
Propos recueillis par : Fulbert ADJIMEHOSSOU &Helyette de SOUZA (Stag)

22-09-2016, La rédaction


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