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Les conditions de la femme béninoise en milieu rural

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Lorsque l’on écoute les discours grandiloquents sur l’Etat de droit que nous nous efforçons de bâtir, on se réjouit. On se met à rêver que les citoyens qui n’ont personne de puissant dans les labyrinthiques sphères du pouvoir bénéficieront bientôt d’une justice équitable. Mais quand on revient à la réalité pour voir ce qui se passe dans les zones où le pouvoir d’Etat et la presse sont un peu loin, on ravale ses rêveries paradisiaques et irréalistes, et on se replonge dans ses pensées noires. Pour circoncire la réflexion, je ne parlerai que de la façon dont nos mamans, nos sœurs, en un mot, les personnes du sexe féminin continuent d’être traitées aujourd’hui dans les milieux ruraux où sévissent encore la grande ignorance et une certaine tradition à forte dose de phallocratie et de gérontocratie. La nouvelle époque et la République ont-ils vraiment atteint ces milieux ?

Etat des lieux peu reluisant
Je passe sous silence la faible scolarisation des filles comparativement aux garçons, malgré les efforts de tous les régimes de notre pays, depuis l’indépendance à nos jours. Je passe aussi sous silence la douloureuse et dangereuse mutilation génitale de nos sœurs qu’on désigne par le mot « excision ». Est-il superflu de préciser là que ce sont les femmes qui font l’excision aux femmes ? Egalement sous silence le fait que certains hommes manifestent ouvertement leur colère du fait que leur épouse leur ait fait un enfant du sexe féminin. Et ces hommes sont parfois soutenus par des femmes de leur famille contre l’épouse qui a « osé » mettre au monde une fille. Pourtant, tous les scientifiques du monde vous diront que c’est le sperme le l’homme qui détermine le sexe de l’enfant qui va naître. En effet, le sexe de l’enfant est déterminé de manière génétique. Tout se décide au moment de la conception quand l’ovule rencontre les spermatozoïdes. Les chromosomes, donc les ADN, des deux cellules s’unissent. Sans m’attarder sur les explications hautement scientifiques, je dirai simplement que l’être masculin est le seul à être porteur du chromosome Y qui donne le sexe masculin au bébé qui va naître.
Mais fermons cette parenthèse et attardons-nous plutôt aujourd’hui sur la vie conjugale de la femme rurale. A ce sujet, illustrons nos propos avec cet exemple que nous avons entendu sur les médias. Il s’agit d’une paysanne béninoise de vingt cinq ans remise à un premier mari par sa famille contre une somme de 60.000 FCFA. Ensuite, un de ses oncles résidant en Europe revient au village et arrache la fille à son premier mari pour la remettre à un autre contre son gré. La fille et le nouveau mari imposé sont enfermés dans une chambre pour une relation sexuelle forcée. Elle résiste. Le mari la ligote, la frappe sauvagement et la viole. La fille souffre toute une journée et après, elle est retrouvée morte dans la chambre.
J’ai voulu citer cet exemple vrai que je sais très choquant parce que ce genre de pratiques semble tout à fait normal dans nos milieux du pays profond où j’ai longtemps travaillé. Dans l’exemple que je viens de citer, si la femme n’était pas morte, de graves choses lui seraient arrivées sans que personne ne réagisse. C’est donc sa mort que ses assassins n’ont pu maquiller en accident qui a permis à l’opinion publique d’en être informée et à la justice de s’en saisir.
Des femmes font plusieurs années chez un homme, elles font même des enfants, mais le jour où elles décident de partir pour une raison ou pour une autre, on leur réclame la dot que leurs parents ont perçue et consommée depuis si longtemps.
Des filles sont promises à un mari depuis leur enfance ou même avant leur naissance, et parfois, ce mari a l’âge de leur grand-père. A la naissance d’une telle fille, elle n’a pas le choix : sa vie conjugale est déjà scellée depuis. Grand-papa s’empresse d’ailleurs de lui coller une petite grossesse dès l’âge de treize ans pour décourager les énergumènes de jeunes romantiques qui agitent leurs queues malveillantes comme des chiots autour de sa tendre dulcinée.
Lorsqu’une femme meurt, son mari fait vite les cérémonies et recommence à vaquer à ses activités professionnelles. Mais quand c’est le mari qui meurt, la femme est soumise à d’interminables cérémonies qui lui font perdre plusieurs mois ou même plus d’un an d’activités économiques. Lorsqu’elle finit par sortir de cette situation, il lui est très difficile de rebondir et de retrouver une vie normale. Bien au contraire, sa belle famille pourrait se réunir pour lui arracher tout héritage de son mari. Si on ne l’accuse pas (parfois sans preuve) d’avoir tué son mari, on pourrait lui attribuer un nouveau mari, et ce dernier pourrait être un frère ou même un fils de son défunt mari.
La liste des soucis de la femme rurale est plus longue que ça, mais ces quelques exemples nous donnent certainement une idée de l’ampleur du combat que nous avons à mener pour que nos mamans, nos filles, nos sœurs, nos tantes des zones rurales bénéficient, elles aussi, des principes du fameux et fumeux Etat de droit balbutiant. Tous ceux qui ont un vrai cœur humain dans une vraie poitrine humaine devraient s’engager dans ce combat.

Attaquer le mal à la racine.
Le crime ne se commet que dans un trou, c’est-à-dire dans un endroit sans témoins, ou avec des témoins complices. Seulement, voilà : ceux qui se comportent en véritables bourreaux des femmes sont-ils réellement conscients qu’ils sont en train de commettre un crime ? Ne sont-ils pas plutôt en train de perpétuer un certain ordre social déjà dépassé à leur insu ? En d’autres termes, le crime cessera-il tant que le criminel ne se sentira pas coupable ?
Chacun répondra à ces questions comme il voudra, mais ayons l’honnêteté de reconnaître que les citoyens qui ne sont pas encore en République sont des ennemis de la République, et ils ne le sont pas toujours sciemment. Il y a aussi ceux qui connaissent bien la loi, mais qui veulent faire leur loi.
Reconnaissons ensuite que les droits des femmes rurales ne s’obtiendront pas par les concours de rhétoriques qu’organisent les intellectuels rassasiés au cours de leurs conférences en ville, encore moins par les élucubrations de certaines féministes (heureusement pas toutes) qui ne ratent aucune occasion de s’attaquer aux hommes au lieu de s’attaquer à la superstructure de la chose qui est en fait une culture rétrograde portée aussi bien par des hommes que par des femmes. Même en ville, est-ce que les électrices femmes votent pour les candidates femmes ? On ne comptera pas non plus sur la Journée Internationale de la femme qui, dénaturée de son caractère de journée de combat, est devenue une journée de folklore, de danses, de tenues uniformes, d’instrumentalisation et d’humiliation de la femme béninoise.
Le vrai antidote contre le mal demeure donc l’éducation du peuple, pas forcément celle que l’on reçoit dans les écoles, mais plutôt les actions concrètes et massives à mener pour aller imposer les lois de la République sur tout le territoire de la République, y compris dans les hameaux les plus reculés.
Parlez-en et on vous parlera de « manque de moyens ». S’il y a des moyens pour bombarder des voitures de luxe à la pléthore de ministres, de cadres, de politiciens et autres sycophantes du pouvoir qui se comportent comme en terrain conquis, il devrait y en avoir aussi pour défendre les droits des femmes, c’est-à-dire les droits de 52 pour cent de la population. Sinon, l’Etat de droit continuerait à symboliser la forte hypocrisie collective et devrait mettre la clé sous le paillasson.
Par Denis AVIMADJESSI

(Ecrivain. Téléphone 00229 97 29 44 99)

16-03-2017, La rédaction


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