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Norbert Fanou-Ako à propos du travail des enfants « Aucun enfant ne peut travailler s’il n’a 14 ans révolus »

Des enfants sont de plus en plus rencontrés sur des chantiers de construction, dans certains métiers tels que la mécanique, la menuiserie, la vulcanisation… comme des travailleurs. Ils mènent des activités dangereuses au risque de leur vie et de leur avenir. Pourtant, des lois ont été votées, des conventions ont été ratifiées pour les protéger. Norbert Fanou-Ako, président du Comité de liaison des organisations sociales de défense des droits de l’enfant (Close) parle de cette situation qui risque d’hypothéquer l’avenir de tout un pays.
Vous présidez un réseau d’Organisations non gouvernementales (Ong) qui œuvre pour le respect des droits de l’enfant. Comment est né ce réseau ?

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Le réseau d’Organisations non gouvernementales (Ong) que je préside s’appelle Close (Comité de liaison des organisations sociales de défense des droits de l’enfant). Ce réseau est né à l’issue du premier congrès mondial sur l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. J’ai participé à ce congrès en tant que Directeur de l’Ong Esam (Enfant solidaire d’Afrique et du monde). Ce congrès a eu lieu en 1996 à Stockholm en Suède et avait pour objectif de mettre à nu la question de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Vous savez que dans certains pays du monde, notamment à partir de la Thaïlande, on avait constaté qu’il y avait des enfants qui étaient impliqué dans les abus sexuels. Et cette exploitation sexuelle avait un lien étroit avec la traite des enfants. Lors de ce congrès, j’avais proposé qu’on travaille en réseau parce que les enfants, dans l’exploitation sexuelle à des fins commerciales ne sont pas toujours à l’intérieur des pays. Ce sont des enfants à qui les gens ont fait de fausses promesses pour pouvoir les faire voyager. Et c’est après les avoir déportés qu’on les soumet à cet abus sexuel. Du coup, quand ils sont en dehors de leur territoire d’origine, la situation est hors de portée d’une Ong nationale. Or, la mise en réseau pourrait constituer un système d’alerte. C’est ainsi qu’à mon retour de ce congrès, l’idée m’est venue de rassembler les grands acteurs de protection des droits de l’enfant. Bien sûr qu’on n’était pas nombreux à cette époque. J’ai travaillé avec des Ong, l’Unicef, le ministère des affaires étrangères et d’autres ministères impliqués dans la protection des droits de l’enfant. C’était une grande mobilisation car, les acteurs de protection des droits de l’enfant était très intéressés par ce travail.
C’est ainsi que Close est né et a suffisamment travaillé pour la protection des droits de l’enfant.

Parmi les points sur lesquels vous travaillez, il y a la lutte contre le travail des enfants. Que peut-on entendre par travail des enfants ?
Le travail qui est incriminé dans ce contexte est celui qui rentre dans l’exploitation de l’enfant. C’est le travail qui peut agir défavorablement sur la santé de l’enfant, qui l’empêche de se réaliser. Et tout cela a été bien défini dans les textes que l’Organisation internationale du travail (Oit) a fait ratifier par les Etats parties et le Bénin fait partie des premiers pays qui ont ratifié ces conventions. Je pense surtout à la convention 138 de l’Oit qui dit que « L’enfant n’a pas sa place au travail, il a plutôt sa place à l’école ». Le Bénin a aussi ratifié la convention 142 de l’Oit qui distingue les travaux que les enfants ne devraient pas faire même s’ils ont l’âge requis pour travailler. Le Bénin a donc pris des engagements au plan international qui ne sont pas respectés.

Et quel est l’âge requis pour autoriser l’enfant à travailler ?
Au Bénin, aucun enfant ne peut travailler s’il n’a 14 ans révolus. C’est-à-dire qu’en dessous de 14 ans, vous n’êtes pas autorisé à travailler. Et même à 14 ans, vous n’êtes pas autorisé à faire tous les travaux. La convention 182 et ses recommandations N°190 ont demandé à chaque pays d’énumérer les travaux acceptables et dangereux auxquels les enfants ne devraient pas avoir accès. Mais malheureusement, nous voyons dans notre pays de petits enfants qui sont sur les chantiers de construction. Ils portent sur leur tête des charges (briques, seau d’eau…) pour monter sur des maisons en construction. Vous voyez les risques qu’ils courent ? Même en tant qu’adulte, il faut faire beaucoup attention.

Quelles sont les actions que vous menez au sein de votre réseau pour lutter contre ce phénomène ?
Nos actions consistent à sensibiliser, à transférer la connaissance et la responsabilité que chaque communauté a vis-à-vis des enfants, faire en sorte que les autorités comprennent que le Bénin s’est engagé dans la lutte contre ce fléau en ratifiant plusieurs conventions. Et quand on dit l’Etat, c’est toutes les institutions qui sont concernées en commençant par le village géré par un chef, la commune décomposée en plusieurs arrondissements… tous les acteurs des structures décentralisées ou déconcentrées sont concernés par le respect des engagements pris par l’Etat. Les maires, dans l’élaboration de leur plan de développement communal (Pdc) devraient intégrer certaines actions budgétisées allant dans ce sens… Mais souvent, les gens incriminent l’Etat comme s’il était un individu dans un grand boubou assis quelque part qu’on peut aller chercher et interroger. Or, c’est toutes les composantes de l’Etat qui, dans leurs stratégies, devraient intégrer dans leurs politiques les voies et moyens pour appliquer les engagements pris par l’Etat. C’est ce que nous devons faire.
Notre réseau travaille à faire connaître les gaps qui existent entre les textes et la réalité. Nous avons l’habitude à cet effet de rédiger les rapports alternatifs qui expriment la position de la société civile par rapport à la réalité. Cette position est prise après une analyse indépendante des faits par la société civile. Nous faisons aussi des suggestions pour que ceux qui sont dans des organes de contrôle des Nations Unies ou autres institutions impliquées dans les conventions ratifiées puissent se rendre compte des comportements de l’Etat. Nous leur formulons aussi des recommandations afin qu’ils fassent mieux pour que les droits de l’enfant puissent être respectés. Nous ne saurions faire seuls ce travail dans notre réseau. Nous travaillons alors avec l’ensemble des acteurs afin d’avoir le maximum d’informations en vue de formuler des recommandations pertinentes qu’il faut soumettre au comité des droits de l’enfant qui a la compétence d’écouter tous les pays à partir de leur rapport.

Le Bénin fait-il des efforts dans ce sens ?
Des lois ont été votées certes, mais la prise de loi à elle seule ne suffit pas pour régler les problèmes. C’est à ce niveau qu’on rencontre toutes les difficultés car, les lois ne sont pas respectées. Ou dans la précipitation, on prend des lois qui ne sont pas applicables dans le contexte sociologique de notre pays.

Des lois sont votées, des conventions sont ratifiées, mais nous continuons de voir des enfants sur des chantiers de construction, dans la mécanique, la menuiserie, la vulcanisation… Que doit concrètement faire l’Etat pour que les enfants qu’on rencontre dans ces différents secteurs puissent retrouver le chemin de l’école ?
Moi, je dis souvent que le début et la fin d’un homme équilibré, c’est l’éducation, les connaissances reçues à l’école, le modèle auquel on veut ressembler. Mais dans tout cela, il faut l’éthique. Quelle est la politique du pays pour extraire les enfants qui ont peut être huit ans et qui sont dans des métiers à hauts risques ? Ce que nous voyons souvent est inexpliquable parce que cela dépasse l’entendement. Vous voyez les enfants de quelques années seulement qui sont dans la forge, sur les chantiers de construction… L’Etat peut faire beaucoup de choses. La première, c’est d’avoir une politique vraiment rationnelle et réaliste par rapport à l’ensemble des problèmes que vivent les enfants. La deuxième, lors qu’on a connaissance de ces problèmes, on devrait établir des priorités. Et de mon point de vue, les enfants sont prioritaires. Et quand ils sont prioritaires, il faut avoir des programmes appropriés et adaptés à la résolution des problèmes qui les concernent.
La situation que vivent les enfants est suffisamment grave. Car, l’école elle-même est devenue un problème dans la mesure où l’école d’aujourd’hui n’est pas forcément pour éduquer. De nos jours, l’école est devenue intentionnelle parce que ceux qui y sont n’ont pas forcément la vocation et la foi en ce qu’ils doivent faire. Du coup, l’orientation qu’il faut donner à l’enfant n’est plus forcément à l’école. Si l’Etat peut déjà commencer par mettre de l’ordre dans chaque partie essentielle de ce qui est dû à l’enfant, dans chaque institution qui devrait permettre la réalisation des droits de l’enfant, il aura fait quelque chose d’intéressant. Les efforts qui sont faits ne sont pas très visibles car, les gaps sont plus énormes que ce qui se réalise. En matière de budgétisation, l’Etat doit mettre en place un système qui tient compte de ces enfants pour que chaque secteur qui doit fournir des services de qualité aux enfants ait les ressources suffisantes. Si cela n’est pas fait, il y aura toujours des gaps. Il ne faut donc pas rester dans les intentions, les beaux discours et les déclarations pour lutter pour le respect des droits de l’enfant, il faut attaquer les choses à la racine.

Quelles sont vos relations avec les structures étatiques pour lutter contre ce fléau ?
Nous appartenons à la cellule nationale de suivi et de coordination qui est le bras opérationnel du gouvernement sur les activités qu’on doit mener. Et plus haut, il y a la commission nationale des droits de l’enfant qui joue un rôle de veille, signale à l’Etat à quel niveau les droits de l’enfant sont violés, qui en sont les auteurs et les actions à mener. Les mécanismes existent, mais on ne leur accorde pas d’importance. Si vous discutez avec ceux qui sont dans ces instances, ils vous parleront de problèmes financiers. Si les techniciens sont de bonne foi et n’ont pas les ressources, les lois seront votées mais ne seront pas appliquées. Cela présente l’air inachevé car, l’application qu’il faut par rapport aux problèmes identifiés, n’est pas faite.
Nous travaillons à rappeler à l’Etat ses engagements parce que si on néglige les enfants, c’est tout le pays qu’on néglige, car ils sont l’avenir de la nation. Si nous ne faisons rien aujourd’hui pour garantir un avenir radieux aux hommes et femmes de demain qui seront les répondants du pays, ce sera la cassure. Nous sommes tous au banc des accusés. Nous devons donc réfléchir pour changer les choses. Au niveau des Ong, nous faisons ce que nous pouvons pour faire agir l’Etat.

Quelles sont alors les mesures à prendre pour mieux lutter contre le travail des enfants ?
Il faut que la sensibilisation entre dans un système de prévention car, pour lutter contre ce fléau, il faut que les gens sachent l’origine des lois. Il faut aussi lutter contre l’extrême pauvreté car, c’est ça qui pousse les enfants à aller travailler et à exercer des métiers dangereux. La redistribution de la richesse ne prévoit rien pour les enfants. Pourtant, la convention dit au cas où les parents n’ont pas la possibilité, l’Etat devrait tout faire pour que les droits de l’enfant soient respectés. Nous sommes à un moment où on a comme l’impression que les parents ont démissionné. Pouvez-vous imaginer qu’un enfant préfère rester en prison parce que là-bas, il est sûr d’avoir au moins un repas par jour ? Donc, il considère que si vous le sortez de là, c’est comme si vous hypothéquez son avenir. Alors, il fait quelque chose pour qu’on l’arrête en flagrant délit afin qu’on puisse le conduire à nouveau en prison car, c’est là bas qu’il trouve à manger. J’ai aussi rencontré des enfants dans la mendicité qui me disent que c’est ça qui leur permet de vivre. C’est vraiment grave. Il faut donc que la lutte contre la pauvreté cesse d’être des discours et que la redistribution de la richesse soit une réalité.
Propos recueillis par Isac A. YAÏ

25-08-2015, Isac A. YAÏ


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