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Quartier inondable de Cotonou : Vossa : La vie des damnés de la ville

Les actions enclenchées, ces dernières années, pour faire face aux inondations à Cotonou n’empêchent pas le retour des eaux dans les concessions. Loin de s’en plaindre, dans les quartiers inondables comme Vossa, les populations s’accommodent bien à la réalité, dans l’insalubrité.

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La devanture boueuse, verdoyante et glissante de l’école primaire publique de Vossa-Kpodji, n’empêche pas la balle de rouler à fond. Les enfants s’y plaisent bien, cet après-midi du 14 juin 2017. Les dribbles dans les flaques d’eau semblent être plus célébrés que les buts qui se marquent à compte-gouttes. Et à la fin, ils devront rejoindre leurs demeures respectives qui, pour la plupart, sont colonisées par l’eau. Celle d’Epiphane, construite en bambous soutenus par un pan de mur et des pneus, est située dans le marécage, au milieu des touffes d’herbe. Une vingtaine de briques alignées l’une après l’autre permettent d’y d’accéder. Un seul faux pas, et ce support vous bascule dans l’eau malsaine.
Le toit troué par endroits ne peut supporter les pluies de ces derniers jours, le bouclier de sable mélangé à des ordures non plus. Dame charlotte, la mère du garçon, la quarantaine, enceinte, sort de la douche réalisée avec des tôles rouillées pour nous accueillir. Pour elle, la situation n’est pas criante, le pire est à craindre les prochaines semaines. « C’est vers la fin du mois de juin que nous commençons vraiment à être submergés. Mais, nous y sommes habitués. Chacun essaie pour le moment de remblayer sa maison pour trouver une issue à l’eau », explique-t-elle. Pourtant, la maison à l’air inhabitable. Une bonne partie est sous l’emprise de l’eau. Mais ici, l’adaptation est la chose la mieux partagée. « La chambre de mon mari étant complètement inondée, le soir, on se serre dans un coin, en attendant un nouveau jour », ajoute-t-elle.

« Où voulez-vous que nous allions ? »
Impossible de marcher une minute sur la terre ferme, au-delà de la rue, bordée de lampadaires solaires, qui traverse, sur une distance de 3 à 4 km cette agglomération. En direction de la maison du chef quartier absent, 5 enfants âgés de 6 ans en moyenne, pataugent dans la mare. Ils s’effraient et se pourchassent sans état d’âme autour d’une touffe d’herbe près du dépotoir. Cakpo Sogoe, un proche de l’élu local réagit et les renvoie des lieux. Il se confie ensuite : « Certes, nous sommes dans un bas-fond. Mais où voulez-vous que nous allions ? Si l’Etat a mieux pour nous, nous sommes preneurs ». A en croire certains résidents, ce quartier non habitable est aussi concerné par les lotissements. Mais, les travaux peinent à être finalisés, sinon ils auraient permis à chacun de connaître ses limites.
Occupation interdite, et pourtant
De toutes les façons, les habitants de cette zone, environ 6.000 personnes, ont du mal à faire des propositions pour sortir Vossa de l’eau. L’Etat ne peut rien, en dehors de l’aménagement de la voie. C’est un milieu naturellement inondable », se désole Pierrette Hodonou, hésitante. Certains s’attendent désormais à ce que l’Etat décide de les dégager. Les plaques installées non loin du collecteur construit dans le cadre du Projet d’Urgence de Gestion Environnementale en Milieu Urbain (Pugemu), semblent attester de cette éventualité. Elles portent l’inscription : « Il est formellement interdit d’occuper ce site inondable ». La question qui taraude alors les esprits, c’est comment l’Etat peut-il arriver à le faire, si tant est que les gens se réclament chefs de terres. « Les gens sont venus implanter les plaques, mais personne ne nous a sommés de quitter les lieux. L’Etat ne peut pas nous chasser d’ici sans nous dédommager », avertit Théophile Zohoun, résidant à quelques mètres d’une des plaques.
Mais à Vossa, la vie n’est pas si triste et précaire. L’agglomération s’anime à merveille. Et ce n’est d’ailleurs pas toutes les habitations qui sont déplaisantes. Il y en a en béton, coiffées de tuiles, et dont les clôtures sont surmontées de fils de fer barbelés.
Fulbert ADJIMEHOSSOU

15-06-2017, La rédaction


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