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Valorisation des recherches scientifiques : Une mine d’or rangée dans les placards

Les bibliothèques de l’Université d’Abomey-Calavi et d’autres établissements supérieurs privés sont bourrées de thèses, mémoires et autres recherches scientifiques. Mais force est de constater que très peu de ces documents scientifiques sont exploités.

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Il a pour nom Oloukoï Joseph, Docteur en Géographie et sciences de l’environnement. Sa thèse, dont l’intitulé est ‘’La télédétection des systèmes d’informations géographiques dans l’étude de la dynamique spatiale de l’occupation des terres au centre du Bénin’’, propose une approche novatrice de gestion durable des ressources naturelles. Mieux, Vianou Irénée Madogni, Docteur en physique, dans sa thèse « Modélisation Analytique de la photo-dégradation de la couche active d’une photo organique à hétérojonction volumique », entend récupérer l’énergie perdue sous forme de chaleur et la transformer en énergie renouvelable afin de combler le déficit énergétique du Bénin. Ces deux illustrations montrent combien le développement socio-économique d’un pays passe inéluctablement par la valorisation des recherches scientifiques et technologiques. Au Bénin, la préoccupation semble être reléguée au second plan, surtout dans les universités publiques et privées et dans les centres de recherches. Ce dernier ajoute : « Nous travaillons parce qu’il y a nécessité d’exploiter efficacement ses connaissances au service de notre nation et de rompre avec la théorie. Nous allons vers la révolution de l’énergie au Bénin. Aussi, avons-nous besoin des ressources financières pour réaliser nos projets, que l’Etat nous accompagne donc ». De ses propos, il ressort que la plupart des recherches scientifiques ne sont pas valorisées, bien que la plupart de ces documents regorgent d’idées novatrices pour la relance du développement socio-économique béninois. De la Faculté des sciences de la santé (Fss) à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) en passant par la Faculté des sciences agronomiques, la Faculté de droits et sciences politiques, et autres, les thèses foisonnent dans les bibliothèques. Mais pour l’heure, presque aucune action n’est entreprise pour l’exploitation de ces documents.

Des documents inaccessibles !
La non exploitation des recherches scientifiques n’est pas propre au Bénin, dit Cyriaque Edon, Enseignant chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi. Selon lui, « Cela s’observe dans la plupart des pays, surtout pour ce qui concerne la recherche en sciences sociales, en économie, en anthropologie...Parce qu’on suppose que les chercheurs sont dans un monde qui est complètement différent de celui de la réalité et qu’on ne comprend pas leur langage ». Autrement dit, cet état de choses, poursuit-il, est dû à la façon dont ces recherches sont mises en place et exécutées. « Si on faisait des recherches participatives, avec des gens sur qui on veut faire la recherche, cela brise déjà la barrière du mythe du chercheur et cela facilite les choses », argue-t-il tout en ajoutant que le chercheur doit s’efforcer de porter les résultats des recherches à la connaissance du public, mais aussi des décideurs. Et ce faisant, dit-il, il doit adapter son langage au milieu dans lequel il se trouve. Le Professeur Dodji Amouzouvi pense le contraire. Pour lui, ce problème est réglé depuis les temps anciens, parce que « le langage de la science est typique à la science. Et une fois que le scientifique a fini de travailler, l’opération de vulgarisation suit automatiquement. C’est pourquoi, je disais que si le mécanisme est bien huilé et mis en place, cette passerelle sera trouvée très facilement. Donc, ce n’est pas une question de langage. Il y a derrière chaque découverte ou chaque résultat probant tout un dispositif, tout un arsenal qui permet de le mettre à la disposition opérationnelle et pratique de l’utilisateur ». A l’en croire, le problème de langage ne se pose pas du tout, car ce n’est pas le scientifique qui est au bout de la chaine qui est l’utilisateur premier. C’est un ensemble d’acteurs, chacun jouant son rôle, pour que le système fonctionne.

Qualité peu appréciable des travaux
Le Pr Dodji Amouzouvi, Sociologue, évoque la question de la qualité des travaux scientifiques qui sont publiés. Il y en a qui sont de très bonne qualité, il y en a qui sont de qualité moins bonne. Il faut d’abord que soit réglé le problème de la qualité. « Je crois que les responsabilités sont partagées. Par rapport aux travaux de moindre qualité, il faut questionner le contexte, l’impétrant, l’encadreur, les étudiants et même l’Etat. Quelles sont les conditions qui sont mises en place pour que chacun joue effectivement son rôle ? A des niveaux différents, chacun de nous est responsable. Est-ce que dans l’accompagnement de l’encadreur, du directeur de mémoire ou directeur de thèse, tout est mis en place pour qu’il donne le meilleur de lui-même ? Est-ce que l’encadreur ne se trouve pas seul responsable de tout ce qui peut se passer ? Est-ce que l’étudiant lui-même se donne à fond ? …C’est donc tous les acteurs, en premier lieu le propriétaire du document qui doit tout faire pour produire un travail de qualité », a-t-il souligné.

Timide décollage du financement des recherches
L’autre talon d’Achille de la valorisation des recherches scientifiques et technologiques, c’est la question du financement. D’après Cyriaque Edon, cette question touche plus le Bénin, « parce que, les recherches ne semblent pas être la priorité. Or, la recherche a besoin de moyens, il faudrait les trouver d’une manière ou d’une autre pour mener à bout les travaux. Ce que nous faisons la plupart du temps, c’est de monter des projets, et malheureusement, nous nous trouvons dans l’obligation de courir après le financement qui, souvent vient de l’extérieur. C’est aussi pour cela que les résultats sont plus valorisés à l’extérieur », ajoute-t-il. Ainsi, il interpelle non seulement l’Etat central, mais également les auteurs de ces documents et les facultés. « C’est plusieurs personnes qui doivent intervenir. La diffusion des résultats d’une recherche a un prix. Dans ce cadre, certains professeurs d’universités se servent des travaux scientifiques de leurs étudiants pour pouvoir capter des financements extérieurs. Et le Prof Dodji Amouzouvi n’y trouve aucun inconvénient. « C’est d’ailleurs l’idéal. C’est ce qui est attendu de tout universitaire. C’est de valoriser le travail de l’étudiant afin qu’il poursuive ses recherches pour des résultats plus grands. Le problème n’est pas que le Professeur utilise les travaux de recherches des étudiants pour chercher de financements. Le problème, c’est ce qu’on fait de l’argent, une fois que c’est disponible… », explique-t-il.

Les Ong en milieux récupérateurs
Même si l’Etat semble avoir des difficultés à soutenir les recherches, certaines Ong et autres associations de développement, prennent la mesure de la situation. Au Collectif des structures non gouvernementales de gestion des ordures et d’assainissement dans la commune d’Abomey-Calavi (Cosgac), la plupart des recherches scientifiques menées au sein de l’organisation dans le cadre des soutenances de thèses et de maîtrise sont mises à la dispositions de l’institution, mais toutes ne sont pas exploitées. « Tous les mémoires des étudiants qui font des stages chez nous ne nous parviennent pas. Pour les documents qui nous parviennent, nous organisons des réunions afin de découvrir de nouvelles propositions. Le secteur dans lequel nous avons surtout exploité les mémoires, c’est la gestion financière et administrative. Il s’agit de ceux qui ont travaillé auprès du Prof. Yves Quenum. Ces mémoires nous servent beaucoup, car le problème du Coscag aujourd’hui est la gestion financière de l’organisation. Notre seule source de revenus, ce sont les cotisations », raconte Claude Ahla, président du Cosgac, joint au téléphone. Aussi, poursuit-il : « Ce que j’ai fondamentalement lu dans les mémoires, c’est qu’il nous a manqué un manuel de procédures. Nous suivons rigoureusement toutes les recommandations que ces étudiants ont faites. Aujourd’hui, nous sommes en train d’élaborer ce manuel de procédures avec le Programme d’urgence environnementale en milieu urbain (Pugemu) », laisse entendre le Président du Cosgac.

Une vulgarisation s’impose
La plupart des soutenances de thèses sont, depuis quelques années, couvertes par les médias nationaux. Ceci, en vue de faire connaître le travail scientifique présenté aux fins d’intéresser les différents acteurs de la chaine du développement socio-économique. A en croire Cyriaque Edon, « Si les journaux aussi commencent petit à petit à s’intéresser à la diffusion des résultats de recherches, ce sera déjà un pas. Il y a les réseaux sociaux aussi qui constituent des canaux de vulgarisation », indique-t-il. Pour Dodji Amouzouvi, cette communication est moindre dans le processus de vulgarisation des travaux de recherche. Pour lui, il faut un dispositif permettant la sensibilisation des utilisateurs et des industriels.

17-03-2017, Patrice SOKEGBE


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