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Editorial : Le décret de toutes les polémiques

Pour le gouvernement, les étudiants sont imprévisibles. C’est pourquoi ils sont à surveiller de près, comme du lait sur le feu. Identifiés comme des fauteurs de troubles, ils font l’objet d’un marquage à la culotte. Il est vrai que dans un passé récent, les étudiants ont donné du grain à moudre à nos gouvernants. Défiant les limites du raisonnable, ils ont versé dans tous les excès. Mais ça, c’était avant. Cette attitude purement conjoncturelle est née d’un fait : celui de nourrir le désagréable sentiment d’être jeté en pâture aux enseignants et aux autorités de l’Université qui se souciaient très peu de leurs conditions de vie et d’études. Recrutés en masse dans les facultés, les apprenants qui sont quasiment au seuil de la vie professionnelle étaient traités comme des moins que rien. Victimes d’un système qui leur faisait payer chèrement les erreurs accumulées des décennies de gouvernance approximative, les étudiants ont franchi les frontières de l’irrationnel.
La manifestation du ras-le-bol a été excessive. Portant en eux les stigmates de l’oppression et de l’injustice, les étudiants, notamment ceux d’entre eux qui n’ont plus rien à perdre, ont basculé dans la violence. L’Université, notamment celle d’Abomey-Calavi, a fait les frais de cette exaspération collective. Pour couper court à cette rage et sans se donner la peine d’un diagnostic approfondi, le gouvernement aussi s’est dressé sur ses ergots. Résultat : les associations estudiantines ont été purement et simplement dissoutes. Un comble ! Une décision ultra excessive qui viole les libertés publiques. Le Bénin étant encore à bien d’égards un Etat de droit, la Cour constitutionnelle n’a pas boudé son plaisir pour remettre le gouvernement à sa place. Néanmoins, désireux coûte que coûte d’encadrer à sa guise l’expression des étudiants sur les campus, l’Exécutif a élaboré des normes susceptibles de relancer le bras de fer.
Le décret n°2017-485 du 2 octobre 2017 définissant les modalités de collaboration des organisations estudiantines avec l’Etat et les autorités des universités publiques en République du Bénin comporte des points à polémique. Selon les décideurs, l’élection des responsables estudiantins ne se fera plus chaque année. Désormais, ce scrutin aura lieu tous les trois ans. Cette périodicité décrétée n’a aucun lien avec la réalité sur les campus. Comme chacun le sait, le diplôme de Licence s’obtient au bout de trois ans et celui de Master 5 ans après le baccalauréat. Mieux, l’inscription en Master n’est pas systématique juste après la Licence dans certaines facultés. Or, pour mieux cerner les arcanes du monde universitaire, il faut avoir fait tout au moins deux années sur le campus. Ce n’est qu’après cette période d’immersion qu’on peut prétendre diriger un syndicat d’étudiants. En restant dans le schéma imposé par le gouvernement, l’étudiant qui réussit à se faire élire en fin de deuxième année et qui ne parvient pas à s’inscrire en Master, continue malgré tout de représenter ses pairs. Cela a tout l’air d’une mauvaise blague.
Les autres points majeurs de contestation se trouvent au niveau de l’article 4 dudit décret. Il convient de retenir désormais que seul le ministre de l’enseignement supérieur a les pleins pouvoirs pour fixer, de son propre chef, par arrêté, les modalités d’élection des organisations estudiantines les plus représentatives. Le second alinéa enfonce le clou en stipulant que « les modalités d’administration des structures créées par les étudiants sont convenues entre ceux-ci et les autorités de l’université ». En cas de désaccord, qui a l’ascendance pour s’imposer, si ce ne sont les autorités rectorales ? A voir de près, la volonté du gouvernement est d’encadrer au maximum les étudiants en les faisant marcher au doigt et à l’œil. Nul doute qu’ils ne se laisseront pas faire. Et si les choses restent en l’état, le calme qui prévaut à l’Uac restera indéfiniment précaire.

18-10-2017, Moïse DOSSOUMOU


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