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Editorial : Plaidoyer pour l’hygiène publique

Pour René Descartes, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Mais au Bénin, la promotion de l’hygiène publique est une préoccupation subsidiaire. Le cadre de vie des populations importe peu. L’assainissement de l’environnement laisse de marbre les habitants de nos cités. Ils éprouvent même du plaisir à jeter les détritus n’importe où et n’importe comment. Paradoxalement, ils sont les premiers à se plaindre de l’état insalubre des villes, villages et hameaux. L’hygiène ne se limite pourtant pas aux domiciles. Encore que dans plusieurs maisons, les habitants vivent avec une insouciance incompréhensible sur des tas d’ordures. Au-delà des ménages et des habitations, la recherche de la propreté accompagne le citoyen où qu’il se trouve, en milieu professionnel et même dans ses faits et gestes le long de la journée. Hélas, ce réflexe qui va de soi met du temps à s’ancrer dans les habitudes.
Les pouvoirs publics, qu’il s’agisse du gouvernement, des autorités déconcentrées et des élus locaux, ont tous démissionné. C’est trop leur demander en effet d’être exigeants en matière d’assainissement de nos contrées. Parce qu’ils sont laxistes et complaisants, les populations ont développé, pendant des décennies, des pratiques malsaines. A titre illustratif, le recours aux structures de pré-collecte des ordures ménagères devrait être non négociable. Systématiquement, chaque ménage, sans aucune contrainte, devrait confier la gestion des ordures produites au quotidien aux structures spécialisées dans leur récupération et leur traitement. Au Bénin, c’est tout le contraire. Les populations préfèrent elles-mêmes se débarrasser de leurs ordures en les jetant à la nuit tombée dans les bas-fonds et les caniveaux. D’autres par contre optent pour une solution radicale : l’incinération ou l’enfouissement sans se soucier des risques auxquels ils s’exposent.
Des drames écologiques surviennent au quotidien sous nos yeux sans que ni les citoyens, ni les autorités à divers niveaux ne se sentent interpellés. Des tas d’ordures pullulent dans nos villes du simple fait de l’incivisme des populations qui n’ont pas la patience de se débarrasser des déchets tel que recommandé. Les peaux d’orange et de banane, les sachets plastiques, les emballages, les restes de nourriture se retrouvent dans la rue, sur les trottoirs, s’entassent et finissent par former des monticules qui polluent l’environnement. Disposer des poubelles publiques à des endroits stratégiques de nos villes n’est pourtant pas une tâche difficile pour les communes. La confection de ces dispositifs ne coûte pas grand-chose. Tout est une question de vision et de volonté. Les maires notamment qui ne peuvent rester indifférents au règne de la saleté dans leurs communes respectives sont responsables de ces atteintes perpétuelles à l’environnement. Ils disposent de tout l’arsenal nécessaire pour faire changer de comportement à leurs administrés.
Dans plusieurs villes africaines, les poubelles publiques sont visibles un peu partout. Les maires du Bénin qui ne boudent pas leur plaisir pour effectuer des voyages çà et là, ne perdent rien pour expérimenter chez eux ce qui se fait de bien ailleurs. De la même manière, l’éducation des populations à l’écocitoyenneté ne doit souffrir d’aucune négligence. En temps normal, lorsque l’on produit des ordures hors de chez soi, on ne s’en débarrasse pas dans la rue. On les conserve plutôt sur soi pour les jeter dans les poubelles dès qu’on en retrouve sur son chemin. A défaut, les poubelles domestiques se substituent aux poubelles publiques. Ce réflexe peut être inculqué aux plus jeunes à l’école. Mais là encore, la mayonnaise n’a pas pris. Les écoliers et élèves qui reçoivent pourtant des cours de civisme ne sont pas à proprement parler des modèles de protection de l’environnement. Cette démission généralisée fait le lit de l’insalubrité que dénoncent du bout des lèvres les autorités et les populations.

25-04-2018, Moïse DOSSOUMOU


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