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En vérité : Exit la grève !

Elle était très attendue sur ce coup. Et elle est restée droit dans ses bottes. La commission des lois de l’Assemblée nationale fait encore parler d’elle comme elle sait si bien le faire. Depuis le mois de janvier 2018, où la Cour constitutionnelle présidée en son temps par le Professeur Théodore Holo a mis fin aux velléités du législateur de supprimer le droit de grève à certains corps de métiers, les Béninois attendaient vivement que les élus du peuple revoient leur copie. Ils viennent de le faire, du moins en partie. Fidèle à ses habitudes et conformément au règlement intérieur de l’institution parlementaire, la Commission des lois a rendu son verdict. Pour un encadrement, c’en est vraiment un. Il faut croire qu’à l’avenir, à moins que la plénière en décide autrement, les grèves ne seront plus vraiment d’actualité. Les syndicats qui avaient l’habitude de recourir à ce mode ultime de revendication sont priés de définir de nouvelles stratégies de lutte.
La proposition de loi modifiant et complétant la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin est sans équivoque. Dix jours par an. Ni plus, ni moins. C’est ce qu’accorde la commission des lois aux travailleurs qui ressentent la nécessité d’aller en grève pour exiger la satisfaction de leurs revendications. En effet, l’article 13 nouveau de cette proposition de loi dispose : « La durée totale de la grève ne peut excéder dix (10) jours au cours d’une même année, sept (07) jours au cours d’un même semestre et deux (02) jours au cours d’un même mois. Quelle qu’en soit la durée, la cessation de travail au cours d’une même journée est considérée comme un jour entier de grève ». Ainsi se résume l’encadrement proposé par les députés. Le dernier mot revient à la plénière qui se prononcera sous peu quant à cette réforme.
Retranchés dans leurs bases, les partenaires sociaux s’arrachent les cheveux. Ils ont eu le temps de jubiler après la décision de la Cour constitutionnelle intervenue en janvier 2018. A présent, de gré ou de force, il leur faudra se conformer à la volonté du législateur. Cette pilule amère qui leur sera administrée depuis le palais des gouverneurs est la conséquence des choix pas toujours pertinents qui ont été opérés par le passé. A une époque pas si lointaine, pour un oui ou un non, des pans entiers de l’administration pouvaient rester paralysés pendant de longs mois du simple fait de la volonté des syndicats. Le recours répété à l’exercice du droit de grève est à la base de la décision de la commission des lois. Point besoin d’être un devin, au vu de la configuration actuelle du parlement, pour affirmer que la plénière ne fera pas de protocole pour valider cette proposition, avec ou sans amendements.
Mais, une chose est de contraindre les travailleurs à être présents au poste toute l’année et une autre chose est de réunir les conditions de leur efficacité. L’obligation principale qui pèse sur le gouvernement est de motiver les agents de l’Etat pour qu’ils aient le cœur à l’ouvrage. Le respect des engagements devra être la principale qualité dont fera montre le gouvernement pour prouver sa crédibilité vis-à-vis des partenaires sociaux. Les travailleurs ne seront disposés à donner le meilleur d’eux-mêmes, chaque fois, toutes les fois que lorsqu’ils auront la certitude qu’une oreille attentive est prêtée à leurs doléances. L’encadrement du droit de grève ne saurait justifier une quelconque démission ou négligence des pouvoirs publics vis-à-vis de ceux qui prêtent leurs compétences à l’Etat. Maintenant que tout est remis à plat, que chaque acteur joue son rôle dans l’intérêt supérieur de la nation. Sans quoi, en dépit de l’encadrement proposé, le même marché de dupe entre les travailleurs et l’Etat sera toujours de mise.

3-09-2018, Moïse DOSSOUMOU


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