Activités commerciales sur l’esplanade du stade de l’amitié à Cotonou : Astuces et ruse, la trouvaille des promoteurs

Bergedor HADJIHOU 1er avril 2020

Quelques heures après l’entrée en vigueur du cordon sanitaire mis en place dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, l’ambiance habituellement chaude dans les alentours du stade de l’amitié Général Mathieu KEREKOU de Cotonou s’est quelque peu éteinte. Toutefois, certaines activités ont décidé de s’adapter espérant tirer leur épingle du jeu malgré la morosité. Reportage

Ingéniosité. Deux tables voire trois, attachées l’une à l’autre pour permettre aux clients de respecter la distanciation exigée par les autorités. Une nouvelle façon de s’attabler devant l’un des restaurants les plus célèbres de l’esplanade. Ce mécanisme bien que prisé attire moins de personnes. « Regardez la scène là-bas ; des clients sont entrain de rebrousser chemin parce que je n’ai plus de place. Trois tables pour un couple. J’ai aménagé, mais j’en paie un prix fort. Plus de la moitié de la clientèle m’échappe ainsi ». En faisant le tour des boutiques situées le long de l’extérieur du stade, ce n’est plus la grande affluence et la musique à pleins tubes qui vous signalent qu’un commerce est ouvert mais plutôt la réverbération des lampes. Et dès que vous stationnez, les garde-vélos accourent : « Il faut garer. Tu veux manger non ? » A la crainte manifestée de me retrouver dans un périmètre trop exigu alors que c’est interdit par les autorités, les propositions affluent : « Non, il n’y a pas de risque. Si tu veux, on t’isole derrière là-bas pour que tu sois à l’aise. Il y a des tables pour ça ou bien tu veux aller sur la terrasse intérieure ; il y a une porte derrière qui donne accès au stade. »

Un impact économique sans précédent
22H30. Les pieds sur le comptoir d’un débit de boissons, Jacques passe la soirée à se tourner les pouces. Il ouvre la caisse, la referme aussitôt en se grattant la tête. Bientôt, l’heure de l’inventaire pour notre gérant : « En temps normal, à pareil moment de la nuit, je suis déjà à 150 mille Fcfa de chiffre d’affaires pour clôturer la soirée à 250 mille au moins. Actuellement, je n’ai vendu que pour sept mille cinq cents ». En effet, Jacques partage son commerce avec un restaurant ; ce qui lui permet de maintenir son débit de boissons ouvert malgré l’interdiction. Pour les commerces qui évoluent ainsi sur l’esplanade, c’est une opportunité relative : « Même s’ils en ressentiront l’impact, c’est déjà quelque chose contrairement à la majorité des enseignes ici qui ont carrément fermé. Si tu manges, tu vas accompagner ça de boisson même si c’est de l’eau minérale, » confie un client. Mais tous les commerçants n’ont pas la chance d’espérer quelque chose à la fin de la journée. Rodriguez est un vendeur ambulant d’accessoires d’appareils électroniques et de tondeuses. Il imite la statue du monarque Béhanzin à Goho pour exprimer le désintérêt des clients vis-à-vis du commerce ambulant en ce temps de maladie contagieuse. « Ils tendent la main comme un célèbre roi du Sud comme si j’étais un intouchable. ‘’Reste loin’’, disent-ils. ‘’Je ne veux pas acheter, attends que la crise finisse’’, m’a lancé toute à l’heure un client dans un fast-food, bien que je n’aie pas défié la distanciation prescrite. Je vous jure, je rentre ce soir avec zéro franc. » Des effets de la crise, tous les secteurs d’activités informelles le ressentent.

La galère des travailleuses de sexe et des bungalows
Après l’épicentre Jonquet, l’esplanade extérieure du stade l’amitié est devenue ces dernières années, le deuxième marché le plus animé de la prostitution à Cotonou. En parcourant ce lundi 30 mars les lieux, les belles de nuit se font rares. Une frêle silhouette munie d’un masque attire néanmoins l’attention. Elle agite incessamment les mains en ajustant son masque. Arrivé à sa hauteur, elle aguiche : « Tu veux faire ? Il y a des chambres de motel à côté d’un restaurant dans la vons d’en face là où il y a des lumières rouges là-bas ». Je lui demande où sont passées les autres. « Elles sont toutes rentrées ; les clients viennent à compte-gouttes. Il n’y a plus de mouvements ici comme avant tu vois non ? », répond-elle.
Le gérant du lieu indiqué réfute qu’il ne s’agit pas d’un lieu de plaisance mais d’un motel qui accueille des intermittents. Selon ce dernier, des gens peuvent circuler dans le cordon sanitaire pour diverses raisons et chercher où passer la nuit à Cotonou. « Ce sont ces cas qui nous intéressent ici », affirme-t-il. Il avoue tout de même ne pas s’attarder sur la provenance des clients, sous prétexte de l’efficacité du dispositif sanitaire mis en place : « Mon patron m’a demandé d’installer un système de lavage systématique des mains à l’eau et au savon. Je peux même prendre ta température. Maintenant, je ne peux pas accompagner les clients dans la chambre pour vérifier comment ils se tiennent. La protection à l’intérieur, c’est une affaire personnelle. Quand la chambre est libre, je m’assure que nos services de nettoyage désinfectent. Avouons qu’avant, les précautions d’hygiène n’étaient pas si strictes hein. Dans tous les cas, rien n’a changé ; j’ai délivré à peine deux reçus depuis que la soirée a commencé ».
Les Béninois en l’occurrence ceux qui fréquentent les lieux de plaisance semblent avoir bien intégré les mesures annoncées par le gouvernement. Et les personnes qui sentent quand même le besoin de s’évader au dehors refusent d’être servis comme si de rien n’était : « Tout à l’heure, j’ai fait trois allers-retours parce que le client estimait que ma main a touché la bouteille. Si tu ne mets pas la bière dans un panier que tu gardes soigneusement, ils refusent de prendre. Ils s’assurent même que le serveur principal ait mis un gant », confie Adèle, une serveuse harassée pas les va-et-vient incessants dans le restaurant situé en bas du motel.
Bergedor HADJIHOU





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